Julien Assange est loin d’être seul avant son procès d’extradition

Le premier procès du père de tous les lanceurs d'alerte débute lundi. Il sera question de son extradition ou non vers les Etats-Unis, où il risque 175 ans de prison. Ses partisans sont sur tous les fronts.

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« Ce procès ne tient pas debout. Depuis le début, nous dénonçons une persécution politique. » Ces mots sont ceux de Baltasar Garzon. L’ancien juge espagnol coordonne l’équipe d’avocats internationaux qui composent la défense de Julian Assange, fondateur de Wikileaks. Une véritable armée d’avocats belges, espagnols, américains et français prêts à batailler ferme pour aider leur client lors de l’audience qui doit à terme l’envoyer, ou non, face à une justice américaine qui a les crocs. Alors que le procès commence lundi à Londres, les défenseurs du lanceur d’alerte australien se font entendre pour dénoncer les pressions et les manquements aux droits humains. Julian Assange aurait notamment beaucoup de mal à entrer en contact avec ses avocats. A la veille de l’ouverture du procès, ils restent néanmoins optimistes. « J’ai confiance car je crois que toute cette affaire se base sur des accusations totalement infondées qui visent Julian Assange » a conclu Baltasar Garzon.

Tout confiants qu’ils sont, ils ne peuvent nier la possibilité de le voir rejoindre les Etats-Unis. C’est bien là l’enjeu, énorme, de ce procès en extradition pour Assange et ses partisans puisque s’il venait à être extradé vers les USA, il y risquerait jusque 175 ans de prison. Si tout commence lundi, une autre salve d’audiences et de témoignages est déjà prévue au mois de mai. Le procès devrait donc durer plusieurs semaines. Mais la procédure pourrait s’étaler sur plusieurs années. « Avec les procédures d’appel, on s’attend à ce que cela prenne entre deux ou trois ans, et possiblement plus longtemps encore » précise Jennifer Robinson, avocate et conseillère légale du fondateur de Wikileaks.

Attaque contre la liberté de la presse

Julien Assange n’est donc pas prêt de retrouver la liberté, lui qui vit en cage depuis qu’il a sorti des centaines de milliers de documents classifiés et compromettants autour des interventions américaines en Afghanistan et en Irak en 2010. Poursuivi par la justice américaine et visé par des plaintes pour viol en Suède (qui ont finalement été classées sans suite), le lanceur d’alerte s’est réfugié dans l’ambassade d’Equateur à Londres en 2012. Il y est resté jusqu’à ce que le gouvernement équatorien décide de lui retirer son droit d’asile le 11 avril dernier. Depuis, il est enfermé dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, craignant d’être envoyé aux USA. Selon ses proches, les conditions de détention sont déplorables, et Assange aurait déjà perdu quinze kilos. Il devrait malgré tout être présent à l’audience.

Jennifer Robinson et le reste de ses conseillers voient dans le procès une attaque plus générale contre la liberté de la presse. « On peut s’attendre à ce qu’il y ait des débats autour de la nature politique de ce procès, dans le contexte de la guerre de Trump contre le journalisme et la persécution des journalistes aux États-Unis et sur ce que ce précédent pourrait signifier pour les journalistes et les éditeurs partout dans le monde. »

Demande d’asile en France

De son coté, Eric Dupond-Moretti, qui a repris la défense d’Assange en France, a exhorté le président Macron à envisager l’asile pour le lanceur d’alerte. « Julian Assange a des critères de rattachement avec la France. Ceux-ci sont d’ordre professionnel puisque WikiLeaks a été hébergé pour partie en France, et puis des critères d’ordre privé, puisque Julian Assange a un enfant de nationalité française qui vit sur le sol français ». En 2015, une première demande avait été refusée par François Hollande, sous prétexte que sa situation « ne présentait pas de danger immédiat ».

L’audience qui s’annonce à partir de lundi aura un impact retentissant sur le statut et sur le destin des lanceurs d’alerte, à l’origine de nombreux scandales ces dernières années. Seize associations internationales de défense des droits humains ne s’y sont pas trompées, interpellant mercredi la commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović. Elles ont notamment basé leur argumentaire sur le fait que les charges retenues contre Assange sont en réalité identiques aux activités quotidiennes des journalistes d’investigation, « à savoir celles de publier des informations auparavant tenues secrètes ».

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