Ce que dit la méfiance des Belges envers les politiciens

Une étude publiée dans le Morgen ce vendredi révèle l'aversion des citoyens vis-à-vis de leurs représentants politiques. Ils seraient déconnectés, incompétents et corrompus. Qu'implique ce ressentiment pour notre pays ?

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Il y a fort à parier que si l’étude était réalisée aujourd’hui, près de neuf mois après les élections, les résultats seraient encore bien plus alarmants. Pourtant, avec près d’un Belge sur deux qui estime que les représentants politiques sont corrompus, le taux de méfiance semble déjà impressionnant. « Il faudrait le mettre en relation avec des chiffres provenant d’autres pays et je pense qu’on observerait un peu la même chose, mais il est évident que ces résultats ne sont pas encourageants, signale Jean Faniel, directeur général du Crisp. Le manque de confiance envers la politique est à l’image de la complexité du paysage belge et de l’opacité qui règne entre les différents niveaux de pouvoir. » 

Les différents scandales ayant touché le pays ont également participé à la morosité ambiante. « Les affaires comme celles de Nethys ou du Samusocial ont d’abord jeté le discrédit sur une partie du monde politique puis, par ricochet, sur son ensemble. Dans une situation économique compliquée pour tout le monde, cela marque de voir des gens s’en sortir en magouillant. »

L’étude menée par des politologues des cinq grandes universités belges (Anvers, KU Leuven, VUB, UCLouvain et ULB) révèle également que 44% des Belges considèrent qu’aucun parti ne parvient à prendre en compte leurs préoccupations et que 60% voient chez les politiques l’incapacité de comprendre leur quotidien. « Il y a une forme de réaction du monde politique. Certains députés essaient d’impliquer la population, de partir à sa rencontre. Mais le blocage actuel renvoie cette image de gouvernants enfermés dans leur bulle. On a parfois l’impression que l’on assiste surtout à un jeu de personnes. Pour moi, ce n’est pas complètement vrai. Ce qui coince, c’est la confrontation des programmes, mais la manière dont on analyse la situation donne le sentiment de problèmes personnels qui augmente la méfiance des citoyens. »

Constat d’impuissance

Fait-on également passer la politique pour quelque chose de plus complexe que ce qu’elle est réellement, accentuant encore la fracture entre le peuple et ses représentants ? « Je ne pense pas. Pour moi, la politique est fondamentalement compliquée. Est-ce bien ou mal ? Je ne sais pas, mais c’est un fait. Par contre, le problème apparait quand il y a un constat d’impuissance. On se dit alors que ce sont nos représentants ou le système qui ne sont pas bons. Quitte à envisager un régime dictatorial où tout serait plus simple. Mais éminemment moins démocratique… »

Se pose enfin la question d’exemplarité de nos mandataires politiques. Ils doivent en effet composer avec ce paradoxe schizophrénique : servir de modèle pour les citoyens tout en s’identifiant à eux. « On touche là aux fondements de la représentation. Nous vivons dans un système qui se veut démocratique mais dont la structure est en fait oligarchique. Elle provoque un certain élitisme et donne l’impression que les politiques peuvent tout se permettre. Mais en réalité, la barre est-elle mise si haut en matière d’exemplarité quand il leur est simplement demandé de respecter la loi ? »

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