Alost : Israël voudrait interdire le carnaval, la Flandre refuse

Le carnaval d'Alost doit se tenir dimanche. Certains le jugent antisémite, d'autres crient à la censure et plaident leur droit au « folklore ».

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L’édition 2020 doit débuter dimanche, mais elle fait déjà parler d’elle. Alors que les chars et géants en tout genre sont prêts à arpenter les rues d’Alost (Flandre Orientale), son carnaval soulève une nouvelle fois la polémique. Jusqu’à Tel Aviv, où le ministre israélien des Affaires étrangères, Israel Katz, a appelé jeudi la Belgique à « condamner et à interdire » le carnaval, jugé « antisémite ». « Hors de question », a répondu du tac au tac Bart Somers (Open-VLD), le ministre flamand des Affaires intérieures et de l’Egalité des chances, refusant d’interdire les caricatures visant la communauté juive à Alost. Le ministre a toutefois demandé au bourgmestre de la ville, le N-VA Christoph D’Haese, de convaincre les participants « qu’il existe des choses avec lesquelles on ne rit pas ». « On ne rit pas de l’Holocauste » a-t-il insisté.

Rayé de la liste de l’Unesco

Cela fait maintenant plusieurs années que le carnaval d’Alost est pointé du doigt. En 2013, un char transformé en train de déportation des Juifs avait suscité la colère de plusieurs associations juives. L’année dernière, rebelote : un autre char défilait, caricaturant des Juifs orthodoxes, affublés de nez crochus et assis sur des sacs d’or. Dans la foulée, Unia, qui défend l’égalité des chances en Belgique, avait été saisi de plusieurs dizaines de signalements pour antisémitisme. Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2010, le carnaval d’Alost en a été rayé fin 2019 par l’Unesco, l’institution des Nations Unies estimant que « l’esprit de satire (…) et la liberté d’expression ne sauraient servir de paravent à de telles manifestations de haine ».

« Tout n’est pas permis à Alost »

La Belgique est depuis des siècles une terre de carnavals. Dendermonde, Ninove, Malmédy, Stavelot, Binche, la Ducasse d’Ath ou le Doudou de Mons…. On compte pléthore de cortèges chez nous ; tous s’ancrent dans des traditions centenaires. Avec, à l’origine, la fonction de briser, d’inverser les normes et conventions sociales. L’espace de quelques jours, les puissants laissaient la place au peuple, qui élisait son Prince. Le carnaval était vu comme une soupape de décompression, un moyen de désamorcer les tensions. Mais peut-on tout accepter, comme les caricatures antisémites d’Alost, sous prétexte de liberté d’expression et d’esprit carnavalesque ?

« Non, bien sûr, répond Patrick Charlier, directeur d’Unia. Mais de toute façon, tout n’est pas permis à Alost. Par exemple, il est interdit de défiler avec des animaux vivants. Et puis, le carnaval représente des thématiques variées, des dizaines de chars. Le carnaval d’Alost dans l’ensemble n’est pas par nature antisémite. Le char De Vismooil’n, avec ses caricatures de Juifs aux gros nez rappelant l’iconographie nazie, l’était bien, lui. »
Mais plutôt qu’interdire, Patrick Charlier veut appeler au dialogue entre les acteurs. Un dialogue qui a permis par exemple que la compagnie De Vismooil’n rencontre des associations et visite la caserne Dossin à Malines, mémorial et musée sur la déportation des Juifs en Belgique. Pour le directeur d’Unia, tout l’enjeu est d’adapter le carnaval au monde moderne. « Il est important de prendre conscience de l’époque dans laquelle on vit. Avec l’immédiateté, avec les réseaux sociaux, un élément peut très vite être sorti de son contexte et mal compris à l’autre bout du monde. Les carnavaliers doivent prendre ça en compte et adapter le folklore en conséquence ».

 

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