La troisième maternelle obligatoire : qu’est-ce que ça va changer ?

La mesure est positive mais encore insuffisante, selon la Ligue des Familles, pour empêcher les inégalités sociales de se transformer en inégalités scolaires.

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Fini le vendredi chez mamie et les vacances au ski une semaine avant Carnaval. Dans la logique du Pacte pour un enseignement d’excellence, tous les enfants scolarisés en Fédération Wallonie-Bruxelles devront se rendre à l’école dès l’âge de cinq ans, et non plus six, comme c’était le cas jusqu’à présent. Malgré son adoption à l’unanimité l’an dernier par la commission de l’Éducation de la Chambre, cette loi, qui entrera en vigueur en septembre 2020, continue de susciter un vif débat.

Sur papier, l’objectif de cette mesure est pourtant louable : scolariser les enfants le plus tôt possible, afin d’assurer une meilleure transition entre les maternelles et les primaires, mais aussi de réduire les inégalités dès le plus jeune âge.

Cet abaissement de l’âge de l’obligation scolaire a également pour but d’enrayer une tendance à l’absentéisme qui ne concerne pas seulement les professeurs : en Belgique francophone, 98% des enfants âgés de 5 ans sont inscrits à l’école maternelle, et 88% d’entre eux la fréquentent de manière régulière. Ce qui signifie qu’un enfant sur dix est insuffisamment présent en classe.

L’apport positif des maternelles

La maternelle est pourtant une étape cruciale. C’est en tout cas que nous affirmait en janvier Éric Etienne, porte-parole de la Ministre de l’éducation de la FWB : « On considère que les maternelles sont capitales et influencent l’ensemble du parcours scolaire. Lors des premières années de vie, les enfants sont véritablement des éponges : ils intègrent énormément d’informations. » Selon lui, l’obligation de la troisième maternelle est tout simplement nécessaire au bon développement de l’enfant.
 
Même son de cloche du côté de la Ligue des Familles. « Plus les enfants sont placés tôt dans des lieux de socialisation, que ce soit la crèche ou l’école, plus cela va avoir un effet bénéfique sur la réduction des inégalités qui sont initialement présentes dans le milieu familial”, applaudit Maxime Michiels, chargé d’études en charge de l’enseignement, même s’il émet tout de même quelques réserves à l’égard de cette nouvelle mesure. “On la soutient, mais il y a aussi les bémols et les risques qui se présentent plutôt dans la manière dont cela va se mettre en place.

Qui dit obligation dit sanction et discrimination

Ce nouveau système imposerait une fréquentation minimale de 80% en troisième maternelle, comme préalable à l’inscription en première primaire. Les enfants auront ainsi droit à un quota de demi-jours d’absence tolérés – neuf pour toute l’année, comme en primaire -, sous peine de sanctions.

En d’autres termes, si vous ne scolarisez pas votre enfant, vous serez puni. Or, aujourd’hui ce 2% qui ne scolarise pas leurs enfants très tôt, ce sont justement les familles les plus éloignées de l’école”, explique Maxime Michiels, craignant une inadéquation avec la réalité des familles défavorisées. “Cela n’a pas beaucoup d’intérêt de les punir, puisque cela va une fois de plus stigmatiser ces mêmes familles, qui ont justement besoin qu’on les accompagne dans cette école, qui n’est elle-même pas toujours accueillante envers toutes les familles.
 
Le système éducatif de la Fédération Wallonie-Bruxelles reste en effet fortement inégalitaire et les difficultés scolaires, en grande partie liées à l’origine sociale et culturelle des élèves, se manifestent très tôt. “Selon le milieu social dans lequel on va naître, on va avoir plus ou moins de chances de réussir à l’école”, regrette le chargé d’études pour la Ligue des Familles. Un enjeu essentiel consiste donc à éviter que, dès l’entrée en maternelle, les inégalités sociales se transforment en inégalités scolaires. Ce que l’obligation, assortie de sanctions, ne respectera pas forcément. Pour un enseignement égalitaire, dès le plus jeune âge, la Ligue des Familles défend également une école gratuite, pour qu’elle soit accessible à tous, avec un encadrement adapté, et “que l’argent ne vienne pas polluer les relations pédagogiques et qu’elle permette vraiment d’apprendre dans un cadre sain”.

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