Coronavirus: en Belgique, comment on évite l’épidémie?

Les Belges rapatriés de Chine ou présentant des symptômes sont testés. Les cas positifs sont envoyés à Saint-Pierre à Bruxelles. Sortis, les patients ne présentent plus de risque.

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La chambre ressemble à toutes les autres, à l’exception de deux éléments. D’abord, pour entrer dans cette salle “à pression négative”, il faut franchir une première porte, attendre dans un sas et en traverser une seconde. Ensuite, six à dix-huit fois par heure, un léger bruit électrique, celui d’un filtre, se fait entendre. Pour éradiquer les risques de contamination, l’air est remplacé régulièrement. Les germes dangereux sont éliminés. C’est dans cette chambre de l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, l’un des deux centres de référence pour les maladies infectieuses, avec l’hôpital universitaire d’Anvers, que logeait jusqu’au 15 février Philip, le patient belge porteur du Covid-19. Lorsqu’un patient est autorisé à sortir, rassure le docteur Deborah Konopnicki, chef de clinique des maladies infectieuses, c’est qu’il ne présente plus aucun risque.

Depuis que l’OMS a décrété le coronavirus “urgence de santé publique de portée internationale”, la Belgique teste systématiquement les personnes en provenance de Chine. Elles passent pour cela par un isolement à l’hôpital militaire de Neder-over-Heembeek ou à domicile pour 14 nuits. À ce jour, ils sont une centaine à avoir été testés et une vingtaine à avoir été mis en quarantaine. En attendant les résultats d’examen pour ces malades potentiels, un seul, Philip, a déjà dû passer par Saint-Pierre. À l’échelle mondiale, la Chine qui compterait selon les chiffres officiels 78 497 cas, dont 2 747 décès et l’inquiétude en Italie (453 cas détectés avec déjà 12 morts), l’épidémie touche de plus en plus de pays dans le monde et particulièrement en Europe (on en trouve en Autriche, Suisse, Croatie, Grèce, Macédoine du Nord, Roumanie, Géorgie, Norvège, et jeudi en Estonie).

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Doté d’une quarantaine de chambres à pression négative, l’hôpital Saint-Pierre est prêt à faire face à de nouveaux cas. Ici, depuis les années 90, tout est prévu pour traiter les maladies infectieuses hautement contagieuses. C’est-à-dire le coronavirus, mais aussi les cas de tuberculose, de rougeole ou de varicelle. À partir du moment où un cas est confirmé, la personne reste jusqu’à ce qu’on ait la preuve plusieurs fois d’affilée qu’il n’y a plus de virus. La durée de l’hospitalisation dépend donc d’un patient à l’autre”, explique le docteur Konopnicki. La procédure est solide. Dans le cadre de la tuberculose, par exemple, les particules émises par les patients sont extrêmement fines et planent dans l’air. Pour une pneumonie ou une grippe, elles sont plus lourdes et tombent. C’est moins contagieux. On pense que le coronavirus est de cette sorte. La contagion ne se ferait pas par les gouttelettes, mais uniquement par transmission respiratoire. Cela reste à confirmer. En attendant, les patients positifs sont régulièrement testés par prise de sang et par frottis dans le nez et la gorge. Ce qui peut provoquer des quintes de toux ou des éternuements. Par conséquent, en plus d’une blouse et de gants, le personnel médical doit porter un masque FFP2 qui adhère complètement à la peau et filtre les micro-particules.

Atteindre le risque zéro

Avant le Covid-19, la Belgique a connu d’autres cas sérieux du coronavirus: le SARS et le MERS. Le SARS se transmettait davantage chez le personnel soignant, rappelle le médecin. Les professionnels utilisaient bel et bien des précautions vestimentaires et d’équipement, mais se contaminaient en les enlevant. Si vous avez un masque, des gants et une blouse, mais que vous les retirez n’importe comment, il reste du virus sur les mains. Si vous vous frottez l’œil, le virus peut entrer dans le corps. C’est comme la grippe. Ces erreurs ont permis de développer de nouvelles normes d’habillage et de déshabillage. Parfois il y a une charlotte et des lunettes en plus. On les retire de manière particulière. Tous les médecins, toutes les infirmières, les soignants, les étudiants en médecine… passent par des formations au niveau de l’équipement.

Les hôpitaux ne font évidemment pas ce qu’ils veulent. Chaque établissement est obligé par la loi d’établir une équipe d’hygiène comprenant un médecin et des infirmiers. Leur rôle est d’écrire les procédures pour leur clinique et de définir les notions en se basant sur les recommandations internationales, la littérature médicale, les expériences de terrain, etc. La procédure est donc, globalement, la même à Saint-Pierre et à Anvers. Celle-ci date évidemment d’avant le coronavirus, précise la chef de clinique. On a eu plusieurs cas suspects du MERS, notamment. On est prêt à traiter toutes les maladies infectieuses et respiratoires.

Même logique pour les examens effectués par le laboratoire de l’université de Louvain (KUL). Au lieu de procéder à une culture virale, qui permettrait d’évaluer la quantité de virus et le risque de contamination, la Belgique utilise la biologie moléculaire afin de détecter la présence du virus même en quantité très faible et possiblement non transmissible entre les individus. Cela reflète mal la contagiosité, mais permet d’atteindre le risque zéro. Si un patient ne présente aucune trace du virus, il n’est pas contagieux.”Le docteur Konopnicki conclut: Il y a pour l’instant beaucoup de choses rassurantes comme le taux de mortalité dans les villes qui ne sont pas de la province de Wuhan. De plus, le taux de contagiosité semble faible. Sur base de ça, on a le sentiment que dans nos pays on peut contenir une épidémie. En se basant sur les autres coronavirus qu’on connaît, on peut aussi dire qu’en général ce sont des maladies relativement peu dangereuses à l’exception parfois d’une fraction de la population plus fragile et vulnérable comme les personnes âgées, les petits enfants, les personnes dont l’immunité est diminuée en raison d’autres maladies ou de traitements et les femmes enceintes”. Cependant, la maladie reste nouvelle et le corps médical attend des informations plus précises.

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