Attentat raciste en Allemagne : quand les terroristes d’extrême-droite veulent s’expliquer

Au lendemain de l’attaque de Hanau, en Allemagne, le corps du tireur a été retrouvé. Ainsi qu’un manifeste de 24 pages dans lequel le tueur détaille sa haine des étrangers et des non-blancs.

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« Le racisme est un poison, la haine est un poison. Et ce poison existe dans notre société » a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, au lendemain de la fusillade d’Hanau, près de Francfort. L’attentat, qui a visé mercredi soir deux bars à chicha, a fait neuf morts et plusieurs blessés graves. Peter Beuth, ministre de l’Intérieur du Land de Hesse, a indiqué que l’auteur présumé de la tuerie a été retrouvé mort jeudi matin à son domicile, à côté du corps de sa mère, âgée de 72 ans et elle aussi décédée.

La piste de l’extrême-droite est envisagée, puisque le parquet fédéral allemand, saisi de l’enquête, a annoncé disposer « d’éléments à l’appui d’une motivation xénophobe ». Parmi ces potentiels éléments, une vidéo et une lettre d’aveux ont été retrouvées. Peter Neumann, professeur au King’s College de Londres et spécialiste du terrorisme, dit sur Twitter avoir pu consulter cette lettre.

Dans ce manifeste de 24 pages, écrit en « excellent allemand, sans faute d’orthographe ou de grammaire », l’auteur fait part de « sa haine des étrangers et des non-blancs » selon Peter Neumann. Le suspect y appellerait notamment à « l’extermination de plusieurs pays en Afrique du Nord, au Moyen-Orient ou en Asie Centrale », la science ayant prouvé selon lui que « certaines races sont supérieures à d’autres ». Le tueur présumé expliquerait également avoir durant toute sa vie «  été sous surveillance des services secrets  », ou que des personnages célèbres comme Donald Trump ou l’entraineur de Liverpool Jürgen Klopp « lui ont volé toutes ses idées ».

Hélas, pas une première

D’autres tueurs apparentés à l’extrême-droite ont par le passé revendiqués et expliqués leurs crimes dans des manifestes plus ou moins longs. La palme du morbide et du glauque en la matière revient probablement à Anders Behring Breivik. Le Norvégien, auteur des massacres d’Oslo et d’Utøya qui ont fait 77 morts et 151 blessés en juillet 2011, avait rédigé un document de 1518 pages, intitulé «  2083- Une Déclaration d’indépendance européenne  ». Il y étalait sa haine du multiculturalisme, son attrait pour l’islamophobie ou pour le nationalisme blanc. Le tueur a déclaré par la suite que son objectif principal était de faire un maximum de publicité pour ses écrits, qu’il a d’ailleurs diffusés auprès de 1000 personnes quelques heures avant de passer à l’acte.

Dans la même veine, Brenton Tarrant, qui a revendiqué les attaques contre deux mosquées en Nouvelle-Zélande ayant fait 51 morts et 49 blessés dans la ville de Christchurch en mars 2019. Tarrant a lui aussi doublé son geste d’un attentat littéraire de 73 pages, dans lequel il écrivait vouloir s’en prendre à des musulmans. Le texte était intitulé «  Le grand remplacement  », en référence à la thèse du français Renaud Camus sur la prétendue disparition des peuples européens, censés être effacés par l’afflux d’immigrés non européens.

Autre tuerie, mais même envie de gâcher du papier : après l’attentat perpétré en octobre 2019 contre une synagogue à Halle-sur-Saale, qui a fait deux morts et deux blessés graves, un manifeste rédigé par le terroriste, Stephan Balliet était également retrouvé. Titré en japonais, le document était cette fois-ci dépourvu de toute pensée politique «  élaborée  » et faisait plutôt référence à la culture web ou au jeu de plateau Warhammer 40 000. Présenté comme «  un guide spirituel pour les hommes blancs mécontents  », le texte n’exposait, pour seul projet politique, qu’une exhortation à tuer des juifs, des musulmans, des communistes ou des «  traîtres  ».

 

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