Chants nazis à Liège : un exemple de la hausse inquiétante de l’incitation à la haine

La Belgique fait face à une augmentation des actes de xénophobie et de racisme dont l’incident du Café Lequet en est une parfaite illustration. Face à ce phénomène, la réaction de l’État se fait attendre et les associations luttant contre le racisme sont de plus en plus pressantes.

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Ce dimanche 16 janvier, dans un bar liégeois, une musique militaire allemande résonne, puis un chant hitlérien. Certains commencent à faire des saluts nazis, suivis par d’autres qui répètent le même geste. La présence d’enfants n’a en rien freiné un déversement de propos racistes et homophobes qui a surpris les témoins de la scène. « Je n’ai jamais vu ça en 20 ans », fait d’ailleurs savoir le bourgmestre Willy Demeyer à Sudpresse.
Cet épisode entre ce mardi en résonance avec une nouvelle étude du MRAX (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie) qui alerte sur la répétition de ce genre de fait.

Cette étude note une augmentation des plaintes pour incitation à la haine de la part des victimes et des témoins, notamment sur les réseaux sociaux. Ces signalements s’élèvent au nombre de 400 pour 2019, contre 318 en 2018. Si la majorité de ces actes relève d’une xénophobie globale ne visant pas une seule communauté, les personnes d’origine africaine et les musulmans représentent des groupes particulièrement visés. Ils sont respectivement concernés par 22 % et 21 % des plaintes. On note ensuite des plaintes particulièrement nombreuses concernant le racisme anti-migrant puis celui anti-francophone.

« Le contexte électoral belge de 2019, avec l’activisme sur les réseaux sociaux du Vlaams Belang notamment, n’est pas vraisemblablement pas étranger au phénomène », fait remarquer le président du Mrax, Carlos Crespo. « On remarque aussi l’influence des élections européennes avec la montée du racisme dans des pays tels que l’Italie ou la Hongrie », précise-t-il. Il ajoute d’ailleurs que 2020 ne commence pas très bien avec une explosion du nombre de plaintes concernant des propos anti-asiatiques à cause de l’arrivée du coronavirus.

Un État belge peu actif en la matière

Cette étude n’est pas la première alerte rouge lancée par le Mrax ces derniers jours. Le 27 janvier dernier, le mouvement a aussi dénoncé la politique fédérale en la matière. « Les sanctions actuelles [en Belgique] contre les discours de haine sont parmi les plus faibles d’Europe », fait-il savoir après une multiplication des messages racistes sur les réseaux sociaux envers les migrants d’un bateau ayant fait naufrage à La Panne fin janvier.

Le MRAX pointe notamment le fait que la Belgique a promis à la Convention de Durban de 2001 contre le racisme de mettre en place un plan d’action national sur cette problématique. « 19 ans plus tard, ce plan n’existe toujours pas », dénonce un de ses membres, la juriste Nimat Bennacer. Depuis plusieurs années pourtant, une « coalition NAPAR » créée pour faire aboutir ce projet donne des pistes de recherche, sans que cela aboutisse pour l’instant.

Cette augmentation des plaintes pour incitation à la haine va-t-elle faire bouger les lignes ? C’est ce que l’on pourrait croire au vu d’une déclaration de la Première ministre Sophie Wilmès. Fin janvier dernier, celle-ci s’est prononcée pour accélérer la perspective du fameux plan national.

Bonne nouvelle pour les associations de lutte contre le racisme ? Carlos Crespo reste sceptique sur le sujet : « Je doute que cet acte de bonne volonté se concrétise sous un gouvernement en affaires courantes. Je me réjouis de cela évidemment mais il faudra voir par la suite. Charles Michel avait par exemple dit que la peur devait changer de camp mais rien n’a changé depuis  ».

 

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