Affaire Griveaux: quand le sexe entre en politique

Le scandale qui touche l’ex-candidat d’En Marche à la mairie de Paris n'est pas le premier où vie privée et vie publique font mauvais ménage.

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Les hommes politiques sont loin d’être des modèles de vertu. Sans revenir sur la sordide affaire DSK et d’autres qui relèvent d’abord de la justice, les aventures extra-conjugales de John Kennedy, Lyndon Johnson ou Jacques Chirac étaient, déjà à l’époque, de notoriété publique. Mais il existait jusqu’il y a quelques décennies une omerta (un « gentleman’s agreement », disent les Anglo-saxons) entre les médias et le pouvoir politique pour que les premiers ne dévoilent pas la vie privée des seconds.

Gary Hart

C’est en 1987 que le sexe est entré pour la première fois en politique aux yeux du grand public avec Gary Hart. Sénateur et candidat favori à la primaire démocrate en vue des élections présidentielles américaines, Hart avait la réputation d’être un « homme à femmes ». Quand les médias lui demandent de commenter ces rumeurs, il les balaie d’un « si quelqu’un veut me suivre à la trace, qu’il y aille. Il va très vite s’ennuyer ». Plusieurs médias le prennent au mot. Et très vite, le Miami Herald publie une photo où on le voit avec une certaine Donna Rice, sa maîtresse, sur les genoux. La jeune femme dément toute relation intime avec le candidat, les électeurs ne semblent pas lui en tenir rigueur, les sondages restant bons, mais les médias ne le lâchent pas. C’est ce qui le poussera à se retirer de la course. Pour l’auteur Matt Bai qui relate cette histoire dans un livre de 2014, All The Truth is Out, When Politics Went Tabloïd, c’est le moment où les médias ont commencé à s’intéresser plus à la personnalité et à la vie privée des politiques qu’à leurs idées.

Bill Clinton

Quelques années plus tard, alors qu’il est candidat à la Maison Blanche, Bill Clinton, soutenu par sa femme Hillary, doit répondre de rumeurs d’adultère dans l’émission 60 Minutes. Quelques jours plus tard, Gennifer Flowers révèle qu’elle a entretenu une liaison avec le candidat pendant près de 12 ans avant de faire écouter des extraits de conversation intime qu’elle a enregistrés et qu’elle vend à un tabloïd, Star Magazine. Le déballage de la vie privée de Bill Clinton ne s’arrête pas là. En 1998, le procureur Kenneth Starr dévoile aux médias tous les détails des relations sexuelles que Bill Clinton entretenait avec Monica Lewinsky. Mais c’est pour avoir menti devant la Cour que le président a dû faire face à un procès en destitution.

Anthony Weiner

En 2011, les scandales politico-sexuels entrent dans l’ère numérique avec le sénateur américain Anthony Weiner. Ce dernier a utilisé (malencontreusement) Twitter pour envoyer à une jeune femme une photo de son sexe en érection. Il était coutumier des photos suggestives et autres messages explicites qu’il envoyait à des femmes bien qu’il soit marié. Mais il a toujours nié avoir eu des relations sexuelles avec elles. Après avoir quitté le Congrès, Weiner s’est lancé dans la course à la mairie de New York. Une campagne durant laquelle plusieurs nouvelles photos suggestives ont été dévoilées par la presse. En 2016, il a été inculpé et condamné à 21 mois de prison pour avoir envoyé ce genre de clichés à une jeune fille de quinze ans.

Silvio Berlusconi

En Europe, les soirées orgiaques « bunga-bunga » de Silvio Berlusconi sont bien connues. C’est en 2010 que le public en prend connaissance avec le scandale du Rubygate. Berlusconi est accusé d’avoir incité à la prostitution une mineure, Ruby Rubacuori, de son vrai nom Karima el Mahroug. L’affaire éclate quand la jeune femme est arrêtée pour avoir volé sa colocataire. Berlusconi, alors chef du gouvernement italien, fait pression pour que la police la relâche. Ruby est libérée, mais les médias enquêtent et révèlent les liens entre la jeune femme et le chef de l’Etat et la teneur des soirées « bunga-bunga ». Ruby a été repérée dans une boîte de nuit par l’entourage de Berlusconi qui lui a proposé de participer à une soirée orgiaque contre de l’argent. En 2013, Berlusconi est condamné pour prostitution de mineurs, mais acquitté en 2014. La Cour conclut qu’il ne savait pas que Ruby était mineure au moment des faits. Il sera définitivement blanchi par la Cour de cassation en 2015.

John Profumo

Dans les années 60, le Royaume Uni vécu un scandale politico-sexuel digne des meilleurs films d’espionnage avec l’affaire Profumo. C’est en 1961 que John Profumo eut une liaison avec une call girl du nom de Christine Keeler. L’affaire prend un tour politique, en pleine Guerre froide, quand la presse investigue sur cette femme et découvre qu’elle a aussi eu une liaison avec un attaché à l’ambassade soviétique. Mais le fameux « gentleman’s agreement » garda ces informations sous scellés. Ce n’est qu’en 1963 que l’histoire fut publiée, après qu’un député travailliste, George Wigg, ait interpellé ses collègues à la Chambre des Communes sur les problèmes de sécurité nationale que devaient causer la supposée liaison entre Profumo et Keeler. Le ministre admit alors la liaison mais réfuta les accusations concernant d’éventuelles indiscrétions aux conséquences fâcheuses pour la sécurité nationale. Suite au ramdam médiatique, Profumo fut forcé de quitter le gouvernement. Le film Scandal de Michael Caton-Jones sorti en 1989 relate cette histoire.

Donald Trump

On l’aurait presque déjà oublié. Faute d’image ? Donald Trump et Stormy Daniels. Cette actrice pornographique a eu des relations sexuelles avec l’actuel président des Etats-Unis en 2006, soit un an après le mariage de celui-ci avec Melania. L’affaire est révélée par le Wall Street Journal en janvier 2018. Le 25 mars, Stormy Daniels explique tout sur le plateau de l’émission 60 minutes : les détails de sa relation avec Trump et le fait que ses avocats ont acheté son silence pour 130.000 dollars alors que ce dernier se lançait dans la campagne présidentielle. Stormy Daniels n’est pas la seule… Karen McDougal, elle aussi actrice, avait reçu 150.000 dollars pour ne rien divulguer de son affaire avec Trump. En décembre 2018, Adam Cohen, ancien avocat personnel du président, est condamné à trois ans de prison ferme pour avoir acheté le silence de ces deux femmes.

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