Racisme antiasiatique: la culture doit évoluer

De Tintin à Gad Elmaleh, les stéréotypes asiatiques sont banalisés dans la culture occidentale. Pour lutter contre ce racisme oublié, les médias, les artistes et les citoyens doivent aussi se remettre en question.

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Depuis la panique liée au coronavirus, un tas de dérapages racistes ont été dénoncés grâce au hashtag #JeNeSuisPasUnVirus. Le racisme antiasiatique est cependant bien plus ancré et banalisé dans notre société qu’on le croit. Le jeune rappeur bruxellois Korat l’exprime assez bien dans son titre Espèce de Chinois.

« Les clichés racistes se trouvent partout dans la culture, la littérature, le cinéma, la musique, les medias… », observe le fondateur Asia 2.0. , une association de lutte contre les discriminations à l’égard des Asiatiques en Belgique et en France. Renaud André cite, entre autres, la chanson « Les Menottes (Tching Tchang Tchong) » de L’Algerino qui véhicule de gros clichés de langage. « Dans les émissions de télé, il y a encore des représentations grotesques et grégaires d’un Chinois habillé comme en 1900 alors qu’ils ont évolué, sont devenus modernes et s’habillent désormais à l’occidentale. C’est redondant, c’est sans arrêt. C’est de ça qu’on abreuve le public à travers les médias et qui banalisent le racisme. » Renaud André pointe également le mauvais sketch de Gad Elmaleh et Kev Adams diffusé à la télévision.

Mais ces clichés ne datent évidemment pas d’aujourd’hui. Certes, Hergé se défendait d’être raciste sous le prétexte que les clichés contre les Asiatiques dans des opus comme Le Lotus bleu n’étaient pas véhiculés par le personnage principal. Tintin, en bon héros, y prend au contraire la défense des victimes. Certains comportements et certaines tenues ou relations entre les « Blancs » et les « Asiatiques » n’en demeurent pas moins parfois stéréotypées.

Tintin

Renaud André parle aussi de représentativité. « Non seulement, on remarque désormais que l’Asiatique a plus souvent la place du méchant, du gangster, du guerrier depuis qu’on fait attention à ne plus donner ce rôle à des Arabo-musulman ou des Africains. Mais en plus, de manière générale, l’Asiatique est sous représenté. »

Un manque de représentation à la télé

Les chiffres du Conseil supérieur de l’audiovisuel belge confirment. D’après le dernier baromètre « Diversité et Égalité » datant de 2017, seuls 0,82 % des intervenants des divers programmes télés ont été perçus comme « asiatiques ». Parmi l’ensemble des acteurs issus de la diversité, les Asiatiques ne représentaient en 2017 que 5,67 %. Soit une des seules minorités qui est moins représentée que lors du baromètre précédent en 2013 (-4,13 %). Le constat n’est pas tellement différent dans la communication commerciale. 0,79 % des intervenants y ont été perçus comme « asiatiques ».

Ce manque de représentativité pourrait participer à entretenir un certain nombre de clichés jusqu’à aujourd’hui. Certes, les choses commencent à aller un peu mieux. En 2018, le film Crazy Rich Asians a permis de donner un relatif coup de projecteur sur une production au casting entièrement asiatique.

Or jusqu’ici, les films mettant en scène une culture asiatique comme Death Note ou Ghost in the Shell présentaient des acteurs occidentaux dans les rôles principaux. Autrice d’une analyse pour l’ASBL Média Animation, Cécile Goffard écrit: « En l’absence de récits nuancés racontés par les auteur.rice.s d’origine asiatique eux-mêmes, les films entretiennent par exemple les clichés de la femme asiatique soit comme la geisha sexuellement soumise, soit comme la « dame dragon », tandis que les hommes asiatiques sont réduits au garçon de livraison ou au héros des arts martiaux. »  

Plus interpellant encore: des choix franchement moyens sont parfois faits dans les écoles. Le président de l’Association des Chinois en France Sacha Lin-Jung dénonçait notamment un poème enseigné dès la maternelle…

Dans une interview pour Konbini, l’acteur français Frédéric Chau assurait que le changement est en cours: « En France, la communauté asiatique n’est pas assez représentée dans le cinéma, les médias, mais je pense que les choses changent. Il y a des acteurs comme Steve Tran, Bun Hay Mean. Dans les médias Emilie Tran Nguyen, Raphäl Yem. Dans le sport, Alphonse Areola.. J’y vois quelque chose de positif. »

Pour en savoir plus, lisez notre article « Le racisme envers les communautés asiatiques ». Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android

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