Destitution : Trump fait le ménage à la Maison Blanche après son acquittement

Depuis la fin de son procès mercredi dernier, le président américain a déjà licencié plusieurs témoins clés ou leurs proches.

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Il fallait rincer les tuyaux. Voilà comment un proche de Donald Trump cité par CNN a présenté le récent licenciement de plusieurs membres de l’administration américaine. La majorité des observateurs parleront plutôt de vengeance ou d’intimidation. Les deux ne sont d’ailleurs pas incompatibles. De quoi parle-t-on ? Du limogeage d’un collaborateur de la Maison Blanche et de l’ambassadeur US auprès de l’Union européenne. Leur faute ? Avoir livré un témoignage embarrassant pour le président lors de son procès de destitution. Le premier, le lieutenant-colonel Alexander Vindmann, était conseiller sur les affaires européennes au sein du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche. Ce haut gradé, qui a été décoré à la suite d’une attaque d’engins explosifs qui l’a blessé en Irak, a été mis escorté vendredi jusqu’à la porte du bâtiment par les services de sécurité. Le second s’appelle Gordon Sondland. Il habitait Bruxelles jusqu’à la semaine dernière. Il a également été sanctionné pour son témoignage vis-à-vis de Donald Trump.

Un procès à l’épilogue attendu

La presse s’en est fait écho depuis des mois et peu de personnes sur Terre ignorent que Donald Trump a fait l’objet d’impeachment. Rappelons toutefois les grandes lignes de ce mauvais feuilleton. L’absence de suspense rend en effet le synopsis particulièrement insipide. Accusé d’abus de pouvoir et d’entrave à la bonne marche du Congrès, Donald Trump était sûr d’être innocenté. C’est le Sénat américain, dominé par le camp républicain, qui instruisait la procédure. L’homme qui tweete plus vite que son ombre était accusé d’avoir fait pression sur le gouvernement ukrainien pour que celui-ci enquête sur le fils de Joe Biden, son possible futur challenger lors de la présidentielle. Il s’agit seulement du quatrième président à faire face à un procès de destitution dans l’histoire américaine. Les trois autres sont Richard Nixon (1974 : Watergate), Bill Clinton (1998 : Monicca Lewinsky) et Andrew Johnson (1868). Ce dernier fut contesté au sortir de la Guerre de Sécession pour une politique jugée trop conciliante vis-à-vis des États du Sud. À l’instar de Clinton et Trump, il a pu conserver son poste. Seul Nixon a finalement sauté. Comprenant sa condamnation inévitable, il a toutefois démissionné avant le verdict final. 

Vengeance et intimidation

Une fois le procès bouclé mercredi, la colère de Donald Trump vis-à-vis des officiels qui ont osé contredire ses affirmations ne s’est pas faite attendre. Au sein du Conseil de sécurité nationale (NSC), Alexander Vindman n’est pas le seul à avoir perdu son poste. Son frère jumeau, le lieutenant-colonel Yevgeny Vindman, avocat au NSC, a également été remercié, soudainement et sans explication. Les deux frères ont déjà été réaffectés au sein de l’armée, a indiqué un porte-parole de la Maison Blanche, sans vouloir toutefois donner plus d’informations. « On m’a informé aujourd’hui que le président entendait me rappeler, à effet immédiat, en tant qu’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne », a indiqué vendredi, pour sa part, l’ambassadeur Gordon Sondland, dans un communiqué. Sans surprise, cette vague de licenciements a suscité les réactions indignées d’élus démocrates et le silence du côté de l’appareil républicain. Une certitude : l’issue du procès ne fera pas perdre à Trump son sentiment d’impunité. « Je pourrais être au milieu de la 5e Avenue et tirer sur quelqu’un, je ne perdrais pas d’électeur », avait-il lâché, durant sa campagne en 2016.

Nouveau témoignage explosif

Hasard du calendrier, c’est cette semaine que la version française d’un nouveau livre sur les coulisses navrantes de la Maison Blanche sous l’ère Trump. Ce n’est pas la première publication d’un témoignage sur l’arrière-cuisine du pouvoir exercé par le magnat américain. Les livres Le Feu et la Fureur : Trump à la Maison Blanche (Michael Wolff) et Peur – Trump à la Maison Blanche (Bob Woodward) ont déjà montré l’instabilité et les caprices de celui qui sera candidat à sa réélection. Le nouvel ouvrage intitulé Alerte. Un haut responsable de l’administration Trump parle et publié par la maison d’édition Grasset devrait pourtant faire du bruit. Il a également la particularité d’être d’auteur inconnu. L’identité du haut fonctionnaire de son administration à la base du livre reste en effet cachée. Une discrétion qui peut se comprendre au regard de la récente vague de licenciements. Le livre présente Trump « comme un enfant de 12 ans dans une tour de contrôle, qui appuie sur tous les boutons ». Pas rassurant. Son auteur s’adresse aux Américains qui n’ont pas fait leur choix pour le scrutin de novembre dernier. Son message : personne ne cherche plus à contrôler le président, ni à l’orienter dans la bonne direction. 

Il affirme, même s’il est impossible de le vérifier, que plusieurs membres de son administration ont envisagé de démissionner collectivement pour alerter sur la conduite du président. Ils auraient finalement renoncé, estimant qu’un tel acte aurait déstabilisé une administration déjà mal en point et chancelante. Qui est l’auteur anonyme? Il explique « avoir voté pour Trump parce qu’ils aiment leur pays, qu’ils voulaient secouer l’establishment et qu’ils pensaient que l’alternative [Hillary Clinton] était pire ».  Il semble avoir changé d’avis. Le point de non-retour aurait été atteint quand l’actuel président a refusé de saluer la mémoire de l’ancien candidat à la présidentielle et héros de guerre, John McCain, décédé en 2018. Selon le New York Times, il s’agirait d’un « membre de l’establishment » républicain.

Ultra populaire chez ses électeurs

L’ultra majorité des médias s’est fait l’écho, la semaine dernière, du caucus démocrate de l’Iowa. Il faut dire que tout le monde rêve de savoir qui sera le challenger de Donald Trump en novembre prochain. S’intéresser au processus républicain (si si il existe) n’est pourtant pas dénué d’intérêt. L’actuel locataire de la Maison Blanche a littéralement écrasé ses deux concurrents. Il a remporté 97%, ne laissant que des miettes à ses deux concurrents Bill Weld (1,3%) et Joe Walsh (1,2%). Le second a d’ailleurs annoncé se retirer de la course. Ancien élu au Congrès en 2010 dans la foulée de la vague ultra-conservatrice Tea Party, l’homme ne peut pas être qualifié de gauchiste.Il a pourtant annoncé que n’importe quel démocrate ferait mieux que le président sortant. Il avait auparavant indiqué s’être lancé « pour qu’il y ait un républicain qui, chaque jour, rappelle au président à quel point il n’est pas à sa place ». Il ne reste plus que l’ancien gouverneur du Massachusetts Bill Weld face à Donald Trump dans le processus des primaires du Parti républicain. Et le suspens s’avère une nouvelle fois proche de zéro.

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