Ciara: comment expliquer notre stress autour de la tempête?

La tempête Ciara, qui soufflera encore jusqu'à demain, a provoqué un élan de peur collective. Si la prendre au sérieux est évidemment essentiel, les réactions sont bien plus mouvementées qu'à l'époque. En cause, notamment, l'emballement des réseaux sociaux.

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Des rafales de vent allant jusqu’à 130 kilomètres heure en Belgique, des milliers de foyers sans électricité, des arbres qui tombent, 11.000 interventions de pompier en Fédération Wallonie-Bruxelles la nuit dernière… Chez nous, heureusement, pas de victimes létales. Ces chiffres, on le conçoit, peuvent effrayer. D’autant que la tempête Ciara devrait continuer à souffler jusqu’à au moins mardi. Selon l’Institut royal météorologique (IRM), le vent sera encore à 90 km/h aux alentours de 20h ce soir, puis descendra à 65 km/h à minuit et 50 km/h à 6h demain matin. S’il faut se montrer prudent jusqu’au départ de Ciara, il n’y a pourtant pas de quoi s’affoler non plus comme de nombreuses personnes le font sur les réseaux sociaux. On est loin du record historique pour la Belgique enregistré à Beauvechain le 25 janvier 1990. La rafale était alors de 168 km/h. À cette époque, la tempête Daria faisait certes déjà la Une des journaux télévisés en Belgique et en France en raison des malheureuses victimes, mais la panique ambiante était moins perceptible.

Les raisons de cette « psychose » ambiante ces jours-ci sont multiples. D’abord, la météo n’aurait globalement jamais autant fasciné. Il suffit de voir le trafic sur les sites de météo et les audiences des bulletins à la télé. Concernant les évènements plus à risque, la psychologue clinique de l’ULB Ariane Bazan a une hypothèse: « On a tous une part variable d’anxiété due à une histoire personnelle plus ou moins traumatisante. Mais il est complexe d’exprimer de telles émotions. Quand quelque chose de concret très visible dont on peut avoir objectivement peur apparaît, on peut avoir tendance à glisser ses émotions sur l’événement. C’est plus facile que de s’arrêter sur des peurs plus intimes qu’on n’arrive pas à pointer. Cela peut faire du bien même si ça reste une peur relative, canalisé et contrôlée. Les conséquences de la météo sont en effet limitées vu qu’on peut rester à l’abri à l’intérieur si on le souhaite. »

Le numéro d’urgence

Les nouvelles formes de communication pourraient également jouer un rôle dans cette psychose ambiante. En 1990, en effet, les responsables publiques ne communiquaient pas largement le numéro d’urgence 1722, dont personne ne doute aujourd’hui de l’utilité puisqu’il permet d’éviter des drames irréversibles. Il peut néanmoins laisser certaines personnes penser que vu qu’un numéro d’urgence existe, c’est qu’il y a des urgences probables. Ariane Bazan émet une autre hypothèse : « Le numéro existe, car on est tous un peu plus anxieux qu’avant. On vit dans un monde avec un avenir plus incertain et des prévisions parfois inquiétantes. Celles liées aux situations climatiques en particulier. Pour certaines personnes, voir que l’aide est disponible est donc au contraire très rassurant. D’ailleurs, si on était plus cools, personne ne remarquerait l’existence de ce numéro. La preuve qu’on a besoin d’être rassuré. »

Tous les accidents en même temps

Enfin, la psychose autour de Ciara est probablement amplifiée par les réseaux sociaux. Désormais, tous les internautes ont conscience des dégâts causés à l’autre bout du pays, voire de l’Europe ou du monde. Les mots-clés « Tempête Ciara » sont restés en tendances tout le week-end sur Twitter. Sur Facebook, Instagram ou Snapchat, le constat est le mêm Les gros titres de la presse sensationnelle pourraient aussi avoir leur part de responsabilité dans le fait de susciter des inquiétudes… Difficile cependant de faire des généralités tant les réactions et la psychologie diffèrent des individus. Ariane Bazan termine: « Grâce aux médias sociaux, il est possible qu’on communie plus facilement. L’être humain a besoin de catharsis, d’extérioriser ses crises émotionnelles. Si on ne les a pas d’une façon, on les aura d’une autre. Celle pour la météo est plutôt saine. »

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