« Allonger le congé de deuil parental en Belgique, c’est une évidence »

Après la France, la Belgique se penche elle aussi sur cette question pour l'instant quasi uniquement assumée par les médecins. 

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« Quand le Français chavire, le Belge tangue » aurait toute ses chances au championnat mondial de proverbes — s’il en existait un —, tant l’actualité belge francophone a tendance à se calquer sur celle de sa voisine. Preuve en est une fois encore concernant le débat autour du deuil parental. Retour sur la polémique : la semaine dernière, l’Assemblée nationale française froissait l’opinion publique en rejetant une mesure allongeant le congé des salariés en cas de décès de l’enfant ; de 5 à 12 jours. Résultat des courses après une semaine de soubresauts outre-Quiévrain : les Belges se réveillent. Ce 6 février, cinq organisations — le Ligue des familles, le Gezinsbond, la CSC, le FGTB et le CGSLB — ont diffusé un communiqué conjoint demandant l’allongement de ce congé en Belgique.

« L’actualité française était l’occasion de se positionner ici aussi », fait savoir Lola Galer, chargée d’étude à la Ligue des Familles. Elle souligne toutefois qu’une proposition de la députée cdH Catherine Fonck concernant un allongement du congé de deuil parental avait bien déjà été déposée en octobre dernier. Mais qui de l’œuf ou la poule a finalement ici peu d’importance. La Ligue des Familles assure recevoir régulièrement des témoignages de familles dans cette « situation extrêmement douloureuse à laquelle viennent s’ajouter une série de démarches et d’obstacles à traverser. Allonger le congé de deuil parental en Belgique, c’est une évidence », estime Lola Galer.

Les médecins à la rescousse

À l’heure actuelle, ce « petit chômage » ou « congé de circonstance » est de trois jours pour les salariés, à prendre entre la date du décès et l’enterrement, et de quatre pour la fonction publique. Les indépendants, eux, ne bénéficient d’aucune allocation définie dans le cas de la perte d’un enfant. Le cdH souhaite le faire passer à dix jours pour les salariés — dont sept qui donneraient lieu à une intervention de l’assurance maladie-invadilité —, mais cette proposition n’a pas encore trouvé d’écho. Le fœtus mort avant terme, quand il a moins de 180 jours, n’a quant à lui aucune existence sur le plan légal.

Mais peut-on réellement quantifier la douleur d’un parent dont l’enfant décède ? Pour Lola Galer, c’est certain, « il n’y aura jamais vraiment de délai juste. Tout ce qu’on peut dire, c’est que trois jours, c’est fondamentalement ridicule ». Pour débroussailler la question, la Ligue des Familles s’apprête donc à lancer une étude qualitative, à la rencontre des familles, avec pour objectif final de relayer leurs demandes au politique. « Il s’agit de reconnaitre la douleur des personnes qui perdent leur enfant ou leur conjoint et de légitimer leur absence du travail sans qu’elles ne doivent effectuer de démarches  pour obtenir un arrêt maladie », appuient les cinq organisations. Car jusqu’ici, c’est le plus souvent un congé maladie qui assure que les parents puissent prendre le temps de vivre leur deuil. S’il semble légitime que ce soient aux médecins de reconnaitre cette douleur, cela revient à ôter la dimension sociétale qu’un tel évènement revêt, d’autant plus quand on a pour devise « L’union fait la force ».

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