Blasphème, menaces, harcèlement… Comprendre l’affaire Mila

Il y a quinze jours, une adolescente de seize ans critique vivement l'islam dans une vidéo. Depuis elle est harcelée, déscolarisée et la sphère politique s'en est mêlée. Elle revendique son « droit au blasphème ». Résumé.

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Acte 1. La vidéo blasphème

Le 20 janvier, Mila, une jeune lyonnaise de 16 ans, tourne une vidéo Instagram en direct quand elle reçoit des avances d’un passant. Elle le repousse en lui disant qu’elle est gay. L’individu la traite alors de « sale lesbienne ». Après quoi, la discussion s’envenime et dérive vers la religion.

La lycéenne rapporte ensuite ce conflit dans une autre vidéo postée sur les réseaux sociaux. Une vidéo dans laquelle elle critique vertement l’islam : «Je déteste la religion. Le Coran est une religion de haine, l’islam c’est de la merde, je dis ce que je pense! Je ne suis pas raciste. On ne peut pas être raciste envers une religion. J’ai dit ce que j’en pensais, vous n’allez pas me le faire regretter. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir».

Acte 2. La réponse et les menaces

La vidéo devient alors virale, faisant plusieurs millions de vues. Un internaute qui partage la vidéo sur Twitter note : « Je pense qu’elle se rend pas compte de ce qu’elle dit et de l’ampleur que ça va prendre ».

Cela ne tarde pas : insultes, menaces de mort, de viol, son identité, son adresse et le nom de son lycée sont dévoilés, elle reçoit près de 200 messages de haine à la minute. Résultat : elle porte plainte et est déscolarisée. Une nouvelle bataille a lieu sur les réseaux sociaux entre les #JeSuisMila et les #JeSuisPasMila.

Acte 3. Deux enquêtes judiciaires

Deux enquêtes sont ouvertes. L’une qui fait suite à la plainte portée par la jeune fille pour « menace de mort, menace de commettre un crime, harcèlement et usage de l’identité ou de données d’identification d’autrui en vue de porter atteinte à la tranquillité et à l’honneur ». L’autre est ouverte à l’encontre de Mila pour « provocation à la haine religieuse ».

La première investigation est toujours en cours, la deuxième est classée sans suite. Le procureur expliquant que « l’enquête a démontré que les propos diffusés, quelle que soit leur tonalité outrageante, avaient pour seul objet d’exprimer une opinion personnelle à l’égard d’une religion, sans volonté d’exhorter à la haine ou à la violence contre des individus à raison de leur origine ou de leur appartenance à cette communauté de croyance ».

Acte 4. La politique s’en mêle

L’affaire rebondit quand la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, déclare sur Europe 1: « L’insulte à la religion c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c’est grave ». Devant le tollé que cela cause, elle revient sur ses paroles, parlant de « maladresse », estimant qu’elle « n’avait pas à dire ça ». « On a des principes très clairs. On a le droit de critiquer mais on n’a pas le droit de menacer, car sinon on n’est plus dans la démocratie ».

Trop tard, l’extrême droite, par la voix de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, fustige la ministre : «Nicole Belloubet invente le délit de blasphème (…) Scandaleux! Ce gouvernement a lâché la liberté française de l’esprit «Charlie» pour la soumission à la terreur islamiste!»

Au sein du gouvernement, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur assure devant l’Assemblée qu’il « n’existe pas dans ce pays et il n’existera jamais sous l’autorité de ce gouvernement de délit de blasphème (…) Nous devons refuser qu’au nom d’une pseudo-dénonciation de l’islamophobie, on ne puisse pas dans ce pays critiquer une religion».

Loin de calmer l’affaire, le délégué général du Conseil français du culte musulman (CFCM), Abdallah Zekri, a estimé dans un entretien à Sud Radio, tout en dénonçant les menaces de mort, qu’ « elle l’a cherché, elle l’assume (…) Qui sème le vent récolte la tempête ».

Acte 5. La France divisée

Selon un sondage Ifop pour Charlie Hebdo, la société française est divisée sur la question du droit de pouvoir critiquer une religion. A la question « Etes-vous favorable à ce droit de critiquer, même de manière outrageante, une croyance, un symbole ou un dogme religieux ? », les personnes interrogées répondent à 50% y être favorables. Quant aux propos tenus par Mila, 58% considèrent qu’ils ne relèvent pas de la « provocation à la haine à l’égard d’un groupe de personnes, en raison de leur appartenance à une race ou à une religion déterminée ». 53% des Français soutiennent le hashtag #JeSuisMila contre 47% pour #JeSuisPasMila.

Acte 6. Mila se défend

Ce lundi, la jeune fille était sur le plateau de Quotidien sur TMC pour s’expliquer. Elle revendique son « droit au blasphème (…) J’ai toujours su faire la différence entre une religion et des personnes ». « Je n’ai pas à me cacher, je le sais, je n’ai rien fait de mal ».

Elle regrette par contre « de l’avoir dit sur les réseaux sociaux » et « la vulgarité (des termes employés) ». Enfin, elle a insisté sur un point : « Je ne regrette absolument pas mes propos, c’était vraiment ma pensée, mais je m’excuse, un petit peu, pour les personnes que j’ai pu blesser et qui pratiquent leur religion en paix. Je n’ai jamais voulu viser des êtres humains ».

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