La ligue des familles plaide pour un congé de paternité de 15 semaines

Alors que le Parlement débat d'un congé de 20 jours pour les papas, la ligue des familles plaide carrément pour un congé de paternité de 15 semaines. Pour le directeur de la Ligue des familles, c'est aussi une question d'égalité dans le couple.

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Christophe Cocu a été pionnier dans sa vie privée. Il est resté pendant un mois et demi à la maison pour pouponner, en jouant avec les jours de récupération et les congés. Aujourd’hui directeur général de la Ligue des familles, il défend point après point pourquoi ce congé de paternité devrait être rendu obligatoire et équivalent à celui des mamans.

Vous voulez que ce congé de paternité soit allongé et obligatoire…

Les papas prennent aujourd’hui en moyenne dix jours. Il n’y a pas longtemps, ce n’était que deux jours. Mais dix jours pour changer un système de vie, cela reste peu. On veut que ce congé de paternité de 15 semaines devienne obligatoire pour diminuer la pression ressentie au travail. Quatre pères sur dix ne prennent pas de congé de paternité. Ces papas ne se sentent pas autorisés à prendre leurs congés de paternité. Il y a des critiques et des remarques même si l’employeur n’est pas autorisé à refuser ce congé de paternité. Et pour les indépendants, ils n’ont pas de solution de rechange. 15 semaines permettraient aux papas d’être remplacés dans leur poste de travail.

Le congé de paternité pourrait-il résoudre les problèmes de garde d’enfants?

Pas du tout. Pour nous, l’enjeu, c’est que le papa ou le second conjoint soit présent au tout début de la vie de l’enfant. C’est alors que tout un mode de vie s’installe et quand le papa est absent, l’inégalité s’installe et peut perdurer. Par la suite, les parents peuvent trouver des solutions pour garder leur enfant grâce aux congés parentaux. Mais d’une manière générale, ce sont les femmes qui prennent ces congés parce que c’est toujours la personne qui gagne le moins dans le couple qui sacrifie sa vie professionnelle. Pour que les papas prennent ces congés, il faudrait que ceux-ci soient mieux rémunérés.

Comme le système ne permet pas aux papas d’être là, une reproduction sociale de l’inégalité de genre se met en place

Qu’est-ce que le congé de paternité apportera en termes d’égalité hommes-femmes?

Deux choses. Plus d’égalité sur le marché du travail tout d’abord. Même si c’est interdit, le fait qu’une femme soit absente trois mois peut handicaper sa carrière ou une candidature. Si cette absence est la même pour les hommes que pour les femmes, il y aura plus d’égalité. L’autre aspect touche au couple. Quand un enfant arrive, particulièrement pour le premier enfant, tout un système de vie doit se mettre en place. Si les nouvelles tâches sont intégralement assumées par la femme, cela n’amène pas les conditions d’une répartition égalitaire des tâches entre les deux partenaires à long terme. Aujourd’hui comme le système ne permet pas aux papas d’être là, une reproduction sociale de l’inégalité de genre se met en place menant peut-être aussi à un manque de respect envers les femmes pouvant aller jusqu’à des violences. C’est un tout qui est lié.

L’enfant n’a-t-il pas plus besoin au départ de sa maman que de son papa?

Évidemment oui, pour les besoins physiologiques comme l’allaitement. Un attachement particulier se fait et est hormonal: c’est prouvé. Cela dit, c’est bien une famille qui se crée à ce moment-là. Ce n’est pas une femme qui devient maman et un papa qui débarque trois mois plus tard. Il faut partager la magie et les tâches du démarrage dans la vie. La maman n’a pas à assumer seule toutes les couches, tous les bains, tous les repas, toutes les attentions.

Est-ce que les esprits sont mûrs pour ça?

Il y a plusieurs propositions sur la table. Deux proposent d’allonger le congé de paternité actuel. Une autre propose de transférer des semaines du congé de maternité vers le papa. Au Parlement, il est possible d’avoir une majorité. Dans la population, c’est plus compliqué. On voit dans nos baromètres qu’il y a une forte demande des papas de pouvoir être plus présents au moment de la naissance. Mais ce n’est pas pour cela qu’ils le font. On le voit aussi dans les congés parentaux. Du côté des hommes, plus les travailleurs sont pauvres, moins ils ont de marge de manoeuvre pour accéder à ces congés.

S’arrêter de travailler pour ses enfants, ça reste un luxe pour les papas…

Cela l’est pour tous ceux qui prennent des congés parentaux, sauf que la maman n’a pas le choix, certainement pour le congé de maternité. Pour les papas, ce n’est pas une obligation et ils font le calcul entre le coût d’un arrêt de travail et la qualité de vie qu’ils pourraient avoir.

Ce n’est pas faire “à la place de”, c’est prendre une place spécifique

 

Mais le rôle du père n’évolue-t-il pas?

C’est une question qui arrive avec la génération des millennials avec la question du sens qu’on met dans sa vie, dans son travail. Il y a une forte poussée de l’égalité des genres au sein des jeunes couples. Il y a une envie des papas de pouvoir être présents dans cette aventure qu’est le début de la vie de famille.

Les papas deviennent maternels?

C’est autre chose. Ce n’est pas faire “à la place de”, c’est prendre une place spécifique. C’est un rééquilibrage au sein des familles parce que longtemps les tâches des femmes ont été disproportionnées, et continuent à l’être. Le monde du travail va devoir s’adapter aux nouvelles réalités des familles. Le modèle d’entreprise où on demande au travailleur de tout donner décline. On va vers le télétravail, les horaires flexibles, le management participatif. Après, je ne me fais pas d’illusion, le système est capitaliste et les employeurs doivent s’y retrouver. Mais si les employeurs veulent garder leurs talents, ils ont intérêt à développer des politiques qui font sens vis-à-vis des familles. Des choses très simples peuvent être mises en place comme l’interdiction des réunions avant 9h30 ou après 16h30. Cela permet au travailleur d’être aussi un parent épanoui qui a pu voir ses enfants le matin et le soir.

Est-ce que le congé de paternité, et une paternité active, modifie le rapport de l’homme à sa masculinité ou à sa virilité?

C’est une question que je n’envisage pas comme ça. Le papa qui prend sa place est tout aussi viril et masculin que lorsqu’il pleure devant un film ou joue au rugby avec ses potes. Il y a peut-être une nouvelle façon d’incarner le masculin, moins basée sur la force et la démonstration de la solidité, plus nuancé et correspondant plus à ce qui se passe à l’intérieur des personnes.

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