Somnolence au volant: une menace insoupçonnée ?

Les habitudes de conduite des Flamands entrent frontalement en collision avec leur horloge biologique. Pas de raison que les chiffres diffèrent du côté francophone.

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Elle s’appelle mélatonine. Peu de chance que le grand public connaisse le nom de l’hormone de l’obscurité. Son impact sur les chiffres de la sécurité routière s’avère pourtant bien réel. Faire le bob et ne pas avoir bu le moindre verre de vin ne suffit pas au final à prévenir tous les risques. Voilà ce qu’explique ce lundi le professeur et coordinateur du centre de sommeil de l’hôpital universitaire d’Anvers, Johan Verbraecken, dans le quotidien flamand De Standard. Contacté par Moustique, l’expert confirme ses propos et explique. Le principe est simple : la mélatonine, également connue sous le nom d’hormone de l’obscurité, indique à notre cerveau d’être moins vigilant une fois la nuit tombée. Une histoire d’horloge biologique. « La mélatonine dit à notre corps quelle heure il est. Une fois que la nuit approche, le niveau de mélatonine augmente naturellement dans le corps», indique Johan Verbraecken. «Au final, dès que ce taux arrive à un certain niveau, cela influence de différentes manières notre cerveau et notre corps  Notre corps arrive dans sa « nuit biologique » et perd de la vigilance. Le risque d’accident augmente ».

Un conducteur sur trois concerné ?

Les chiffres relayés par le journal flamand font froid dans le dos. Ils concernent certes la Flandre, mais il n’y a aucune raison qu’ils soient sensiblement différents à Bruxelles ou au sud du pays. 379 conducteurs ont été contrôlés entre 22h et 2h30 du matin à huit endroits différents au nord du pays. Un tiers d’entre eux ont présenté un taux de mélatonine équivalent au mode « sommeil ». Avec donc des conséquences importantes au niveau de leur capacité à conduire avec vigilance. Une autre étude est relayée dans l’article. Elle met en évidence le risque trois fois plus élevé d’accident de la route pour ces conducteurs au taux de mélanine « stade sommeil ».

Des accidents souvent plus graves

Pour l’ex-Institut belge pour la sécurité routière, Vias, un trajet en voiture sur 20 serait effectué par un conducteur somnolent. Précisons qu’il ne s’agit pas tout à fait de la même problématique que la mélanine, qui agit invariablement dès qu’il fait sombre. L’étude à laquelle plus de 3.500 personnes ont participé date de 2018. Elle s’avère riche en enseignements. D’abord parce qu’elle indique que la somnolence joue un rôle dans près d’un accident grave sur cinq. « Soit autant que l’alcool au volant ! Les accidents impliquant un conducteur somnolent sont souvent très graves. Le scénario présentant le plus grand risque de conduite en étant somnolent est une jeune personne qui a dormi moins de huit heures et qui a causé au cours des 12 derniers mois un accident ou un quasi-accident, conduit vers minuit sur une longue distance », expliquent entre autres les auteurs de l’étude. « Elle n’a pas bien dormi avant de prendre la route et se sent souvent fatiguée durant la journée ». Le porte-parole de Vias, Benoît Godart, confirme que de manière générale, le dérèglement de l’horloge biologique accroît fortement les risques : « Conduire vers 2 ou 3h du matin est généralement beaucoup plus risqué ».

La solution ? Un café + une sieste

Pour le professeur Johan Verbraecken, il ne faut absolument pas hésiter à boire un café et faire ensuite une sieste d’une dizaine de minutes. Combiner les deux s’avère même idéal. « Cela peut aussi bien être utile un samedi soir avant de rentrer d’une fête que le soir tard après une journée au travail. Une sieste n’est en tout cas pas incompatible avec un café juste avant. En général, le café n’empêche pas de dormir quelques minutes quand on est fatigué », explique le médecin anversois. L’Institut Vias délivre pour sa part 10 conseils pour éviter la somnolence en voiture : 
1) Dormir au moins huit heures la veille.
2) Ne pas hésiter à faire une petite pause ou une étape.
3) Essayer d’éviter de conduire la nuit.
4) Ne pas fixer d’heure d’arrivée précise. 
5) Manger léger et boire beaucoup d’eau. 
6) Ne pas oublier que la café a un effet de courte durée. 
7) Faire une pause toutes les 2h. 
8) Faire une petite sieste de 15 à 20 minutes dès qu’on se sent fatigué.
9) Changer régulièrement de conducteur si c’est possible.
10) Veiller à ce que le passager à côté du conducteur soit toujours éveillé. C’est plus difficile pour le conducteur de rester éveillé si la personne à côté dort.

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