Mary Higgins Clark est décédée

Celle qu’on surnommait «la reine du suspense», tête pensante d’une petite entreprise du best-seller, avait 92 ans.

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Ex-secrétaire, ancienne hôtesse de l’air, mère de famille exemplaire, Mary Higgins Clark affichait un look chignon-tailleur des plus respectables et cultivait les manières d’une tatie très à cheval sur la politesse. Derrière cette image d’Américaine chic et stricte se cachait pourtant un esprit malin capable d’imaginer de sombres histoires lui permettant de sonder les zones les plus reculées de l’âme humaine.

La preuve par son premier roman, La maison du guet paru en 1975, qui focalise sur une femme soupçonnée d’avoir tué ses deux enfants. Deux ans plus tard, elle livre La nuit du renard, best-seller qui installe la petite mythologie de Mary Higgins Clark – l’Amérique aisée, le New York stylé, les crises existentielles, l’angoisse, le suspense, les valeurs familiales et, ce n’est pas rien, un style simple dont la limpidité va faire l’unanimité. Traduit en français en 1979, La nuit du renard (récit d’un enlèvement) remporte un énorme succès, est couronné du Grand prix de la littérature policière et inaugure une très longue liste de best-sellers qui vont faire un malheur dans les gares et les aéroports du monde entier, en même temps que sa fortune.

Les « dames indignes du crime »

Considérée comme une des auteures les plus lues dans les années 80, Mary Higgins Clark rejoint le club des «dames indignes du crime» – cercle séduisant ouvert par leur mère à toutes, Agatha Christie, où l’on croise déjà Patricia Highsmith, Ruth Rendell, P.D. James. Ces écrivaines, qui plaisent tant au public, vont faire sortir le roman policier (noir, psychologique ou d’atmosphère) de sa niche pour connaisseurs et inspiraient d’autres femmes devenues gardiennes du temple polar – Patricia Cornwell, Patricia MacDonald, Elisabeth George…

À la tête d’un vrai business (accord béton avec sa maison d’édition – et notamment pour ses droits de traductions en français jalousement gardés par Albin Michel, séries télé, livres de Noël, livres à quatre mains avec sa fille Carol…), on dit qu’elle a obtenu en 2000 une avance de 64 millions de dollars pour la livraison de quatre livre. Elle aurait vendu autour de 150 millions de livres à un public à 70% composé de lectrices. Proche du clan Bush (elle était amie avec Barbara Bush), elle publiait un livre par an, parfois deux – le dernier, En secret, est paru chez Albin en novembre 2019!

Même si ses livres étaient devenus très conventionnels, même si son succès était depuis longtemps dépassé par celui de la jeune génération (Fred Vargas, Camilla Läckberg…), son aura est restée intacte, frôlant le statut de légende. Vendredi soir, son éditeur américain, Simon & Schuster, a publié un communiqué annonçant son décès, précisant qu’elle est «s’en est allé en paix à l’âge de 92 ans, entourée de sa famille et de ses amis.»

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