Souffrances psychiques insupportables et euthanasie, le malaise

Les trois médecins accusés du meurtre de Tine Nys en 2010 ont été acquittés par la cours d'assises de Gand. Mais le malaise concernant l'euthanasie en cas de souffrances psychiques insupportables demeure. On fait le point.

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Une enquête révèle que plus de sept médecins sur dix considèrent que le procès d’un cas d’euthanasie devant la cour d’assises de Gand doit être l’occasion d’exiger une évaluation de la législation en la matière. C’est ce que dévoile ce vendredi le Journal diu médecin. Quelque 80% des 776 professionnels interrogés en ligne par la revue spécialisée estiment que cette affaire provoque une insécurité juridique pour le corps médical. Plus de la moitié des médecins craignent qu’à l’avenir leurs confrères ne soient plus disposés à donner un avis ou à réaliser une euthanasie lors d’une demande pour des souffrances psychiques dans une situation non terminale, à l’image de Tine Nys, euthanasiée en avril 2010.

Une problématique sensible

Jacqueline Herremans, qui préside l’Association belge pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), reconnaît que la problématique des « souffrances psychiques insupportables » est plus sensible que les cas de maladies psysiques comme des cancers en phase terminale. Mais elle réfute totalement le fait qu’il faudrait pour autant revoir la loi comme le suggère le ministre Koen Geens (CD&V).

Un processus déjà plus contraignant

En réalité, le corps médical a déjà mis au point un processus plus contraignant que la loi pour les cas de patients atteints de maladies psychiatriques. Mais le conseil national des médecins estime dans le même temps que la demande d’euthanasie des patients psychiatriques doit être évaluée avec la plus grande prudence. Actuellement, le conseil national des médecins prévoit une réunion physique des trois médecins dans ce cas précis. « Il est recommandé que touts les prestataires de soins en contact régulier avec le patient psychiatrique soient impliqués lors de cette concertation physique. Outre l’équipe de soignants, il est recommandé que les psychologues et psychothérapeuthes qui coréalisent le trajet de soins participent à la concertation.»

Une tâche complexe

Dans son avis, les médecins reconnaissent que déterminer l’incurabilité ou le manque de perspectives d’une pathologie psychiatrique est une tâche complexe pour le médecin. « La pathologie psychiatrique en soi n’entraînera pas la mort du patient et l’évolution de la pathologie est très difficile à apprécier.» Mais « il peut quand même être question d’incurabilité ou d’absence de perspectives pour certains patients psychiatriques ». Les médecins devront s’assurer que tous les traitements ont été utilisés. Et si le patient a recouru à son droit de refuser pour certains traitements reconnus scientiphiquement, le médecin ne peut pas pratiquer l’euthanasie. En outre, ce cas de souffrance psychiques insupportables ne doit pas trouver une issue rapide vers l’euthanasie.

Le délai légal d’un mois est trop court, disent les médecins. Il s’agit d’une maladie qui a dû être traitée durant plusieurs années. De plus, les proches doivent être impliqués dans le processus. Enfin, l’ordre des médecins soulève la délkicate question dans ce cas de la capacité de discernement et de la conscience du patient. Les troubles psychiatriques peuvent nuire à la capacité du patient à exprimer sa volonté. Mais une pathologie psychiatrique n’implique pas automatiquement que le patient ne puisse pas formuler une demande d’euthanasie réfléchie et valide.

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