Patrick Roegiers “Et là, je me suis dit: ça suffit…”

Son livre La vie de famille fait passer un sale quart d’heure à ses parents. Interview “je n’ai rien oublié”.

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Votre livre raconte comment, le jour de vos 20 ans, vos parents vous mettent brutalement à la porte. Qu’aviez-vous fait pour qu’ils vous foutent dehors?

Rien. C’est un acte sans raison et sans explication. Et je ne donne pas d’explications psychologiques car si on donne des explications psychologiques, on commence à excuser. Si on excuse, tout redevient normal. Or ce que j’ai vécu n’est pas une situation normale.

Traiter ses parents de tous les noms, ça fait du bien?

Il y a une jubilation… Si vous racontez comment vous êtes chassé de chez vos parents le jour de vos 20 ans, comment vous commencez le chapitre suivant? En écrivant “Mon père est un con”. Quand il appelle les flics pour me foutre dehors, il leur délègue sa fonction parentale. Ce jour-là et toute sa vie, il a été instrumentalisé par ma mère. Il est mort seul comme un rat. Il a perdu sur toute la ligne, c’est un con.

Votre mère ne vous aime pas?

Elle a dit un jour à la sœur de mon père: “Je ne peux pas être une mère car je n’ai pas eu de mère”. J’ignorais l’enfance de ma mère jusqu’au moment où je rencontre sa demi-sœur qui m’a appris que ma mère n’a pas eu d’enfance, qu’elle a été abandonnée par son père et que sa mère, dont je n’ai jamais vu une seule image, a été internée. Ma mère s’est vengée sur ses enfants au nom de l’enfance qu’elle n’a pas eue.

Vous n’auriez pas osé publier ce livre du vivant de vos parents…

Je ne l’ai pas écrit à ce moment-là car je n’avais pas besoin de l’écrire. Le temps venant, on fait le point et c’est sans doute, comme on dit, un livre dont je devais me délivrer et je dois bien avouer que je l’ai écrit dans une jubilation intense et, ça peut paraître bizarre, en m’amusant…

Vous écrivez “Personne ne s’aime dans la famille”. Votre famille est-elle à ce point détestable?

Il y avait ce démon dans ma famille: ma mère. Méchante, mauvaise et malfaisante. Ça a déréglé l’ensemble.

Vos frères et sœur vont peut-être réagir. Vous ne serez plus jamais invité…

Je n’étais déjà pas invité avant. (Rire.) Ils ne sont jamais venus voir mes pièces de théâtre, je n’ai jamais reçu le moindre mot sur aucun de mes livres. Le livre n’est pas contre eux, je ne suis pas fâché avec eux – nous sommes dissociés… Mais la destruction de la famille par mes parents les a marqués…

Dans le livre, vous publiez un très beau dessin signé par votre fils Antoine. J’espère que vous avez été un meilleur père que votre père ne l’a été…

J’ai veillé à ne pas reproduire avec mes enfants, que j’adore et qui sont la prunelle de mes yeux, le séisme que j’ai vécu. J’ai veillé à ce que mes enfants, Aurore et Antoine, soient une réussite vécue dans le bonheur du couple que je forme depuis longtemps.

Le récit est ponctué de paroles de chansons populaires – Sardou, Claude François, Delpech, Sheila… Vous aimez ces chanteurs?

Je suis un fou de variétés. Depuis toujours, je suis un admirateur des chanteurs. Ça a commencé avec Johnny Hallyday que j’ai vu chanter à l’époque de L’idole des jeunes… Le jour où j’étais invité chez Ruquier, j’étais à côté de Michel Sardou pendant deux heures, j’étais fier comme Artaban…

Avez-vous fait la paix avec la Belgique?

Je n’y reviendrai pas. J’ai beaucoup écrit sur la Belgique… Quand j’ai publié L’autre Simenon en 2015, j’ai vécu une cabale, j’ai été trahi par des amis avec violence… Et là, je me suis dit: ça suffit, je me fais naturaliser en France, je ne reviendrai pas en Belgique.

LA VIE DE FAMILLE, Grasset, 178 p.

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