Robby Rensenbrink, l’essence du grand Anderlecht

L'élégant ailier néerlandais est décédé samedi soir, à l'âge de 72 ans. Si la nouvelle n'émeut pas outre-mesure les jeunes supporters, elle bouleverse leurs parents, qui doivent les plus belles émotions du football belge à Robby Rensenbrink.

belgaimage-160761711

« Sérieux ? Oh non… Je vais mal dormir cette nuit. » Ce samedi soir, dans les buvettes, ceux qui ont vibré devant l’Anderlecht capable de rivaliser avec les plus grandes équipes d’Europe sont touchés au plus profond de leur amour du ballon. Pour eux, Rensenbrink était l’étendard d’une période en or. Leurs enfants, qui ont déjà beaucoup de mal à imaginer une équipe de notre championnat atteindre le dernier carré d’Europa League, ont été biberonnés aux exploits de Paul Van Himst, Wilfried Van Moer, Franky Vercauteren, Arie Haan et Michel Preud’homme.

Mais surtout, ceux de Robby Rensenbrink. Pour les jeunes générations, ce n’est pas qu’un nom qui claque, comme les plus de 200 buts qu’il a inscrits sous le maillot mauve en neuf saisons. Car si un jeune supporter bruxellois n’avait pas entendu parler de Rensenbrink avant samedi, c’est que celui qui lui a transmis l’amour du Sporting n’a pas bien fait son travail.

Avec le Néerlandais, le Sporting a vécu les plus belles heures de son histoire. Les deux titres de champion et les quatre Coupes de Belgique paraissent presque anecdotiques à coté des deux Coupes des vainqueurs de coupes remportées en 1976 et 1978. La tristesse et la nostalgie qui émanent des visages embués de larmes des supporters mauves de plus de cinquante ans témoignent de l’amour qu’ils portaient à l’élégant ailier néerlandais. Son toucher de balle en velours, son coup de rein affolant et sa course tout en déhanché ont martyrisé des dizaines de défenseurs tombés sur leur caisse.

belgaimage-120688836

Meilleur sans Cruyff

Reconnu il y a quelques années comme le meilleur joueur étranger de l’histoire du championnat de Belgique, Rensenbrink a laissé son nom en lettres d’or dans notre compétition. Mais pas seulement. S’il était notoirement introverti, il n’était pas Néerlandais pour rien. Il avait d’ailleurs l’habitude de tenir tête à l’icone Johan Cruyff lorsqu’ils devaient enfiler le maillot Oranje. Dans son éloge pour le site de la RTBF, Rodrigo Beenkens rappelle cette phrase lourde de sens : « Tout le monde lui donnait le ballon. Je jouais mieux quand il n’était pas là« . N’importe quel joueur passerait pour un fou en critiquant l’homme qui a révolutionné le football européen, mais Rensenbrink avait des arguments.

À la Coupe du monde 1978, à laquelle Cruyff décide de ne pas participer pour des raisons familiales, Rensenbrink porte son pays jusqu’en finale. Les Pays-Bas se retrouvent aux portes de la gloire pour la deuxième fois en quatre ans. Mais ils échouent une nouvelle fois. Cette année-là, le héros de la Coupe du monde aurait dû être l’ailier gauche du Sporting d’Anderlecht. Si c’est impensable aujourd’hui, il ne s’en fallut que de quelques centimètres.

On a dépassé les nonante minutes de quinze secondes quand Rensenbrink voit la passe de Johan Neeskens perforer la défense argentine. Il se contente de poser son pied gauche magique sur le ballon et croit enfin offrir le titre mondial à son pays. Mais le poteau, et l’Argentine en prolongations, brisent son rêve, celui de nos voisins néerlandais et probablement un peu aussi celui des supporters anderlechtois.

Un philosophe

Inscrire le millième but de la Coupe du monde, et ses places d’honneur aux classements du Ballon d’or de la fin des années septante, ne lui rendront pas la gloire qu’il a touchée du bout des doigts. Mais calme et réfléchi, Rensenbrink restait philosophe. « Si ma frappe avait eu une trajectoire différente de cinq centimètres nous aurions été champions du monde. Accessoirement j’aurais été meilleur buteur et peut-être meilleur joueur du mondial en effectuant le même match. C’est pourquoi je relativise. »

Malgré ses deux finales de Coupe du monde, Rensenbrink a toujours été davantage reconnu chez nous que dans son propre pays. Sa disparition aura donc probablement été largement plus commentée en Belgique qu’ailleurs. Pourtant, produit d’un football qu’il pouvait se permettre de « jouer en smoking » selon le grand Raymond Goethals, l’Anderlechtois doit être considéré comme l’un des meilleurs ailiers de l’histoire. Il faudra un peu de temps pour que les plus anciens supporters du Sporting d’Anderlecht s’en remettent. Et plusieurs siècles pour qu’un joueur pareil revienne arpenter les pelouses belges.

Sur le même sujet
Plus d'actualité