Pendant ce temps, Julian Assange se meurt dans l’indifférence

Le fondateur de WikiLeaks, emprisonné dans des conditions indignes, risque d'être extradé aux Etats-Unis. Pour quel motif ?

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En février, Julian Assange risque d’être extradé vers les Etats-Unis pour avoir révélé, notamment, la torture à laquelle s’adonne(ait) l’armée américaine ou les écoutes de la NSA. Les Etats-Unis l’accusent, eux, d’espionnage. En attendant, le fondateur de WikiLeaks se meurt dans l’indifférence dans une prison de haute sécurité près de Londres. Comment en est-on arrivé là ?

Qu’est-ce que WikiLeaks ?

Fondé en 2006 par l’Australien Julian Assange, WikiLeaks est juridiquement une organisation non gouvernementale qui se donne comme mission de transmettre des informations et documents pour partie confidentiels. Ce qu’a surtout permis WikiLeaks, c’est d’assurer l’anonymat des lanceurs d’alerte. Cela grâce à une technologie qui lui permet de rester en-dehors des radars de la NSA et autres services de sécurité des Etats.

Julian Assange et ses associés ont ainsi permis que soit révélées au grand jour des choses aussi notables que les tortures infligées aux prisonniers par les autorités américaines en Irak, en Afghanistan ou à Guantanamo, des bavures de l’aviation américaine en Irak tuant des civils, les écoutes par la NSA de chefs d’Etats alliés des Etats-Unis, le scandale de la multinationale Trafigura qui a déversé des résidus chimiques dans plusieurs décharges d’Abidjan en Côte d’Ivoire, contaminant la population ou les fameux e-mails de Hillary Clinton durant la campagne présidentielle américaine de 2016.

Pour cela, Julian Assange est poursuivi pour espionnage aux Etats-Unis. Selon Mike Pompeo, secrétaire d’Etat de l’administration Trump et ancien directeur de la CIA, il n’est qu’un « hackeur » et « WikiLeaks n’est pas un média, mais un service de renseignement hostile » aux intérêts des Etats-Unis. En clair, il est une menace. Les défenseurs d’Assange rappellent quant à eux qu’il a reçu seize grands prix de journalisme.

De l’ambassade d’Equateur à la prison de Belmarsh

Au fil des années, l’image de Julian Assange a été ternie. En août 2010, il est accusé en Suède de viol et de harcèlement sexuel. L’affaire, qui sera classée sans suite, pousse Assange à se réfugier à l’ambassade d’Equateur à Londres. Il y restera sept ans, de juin 2012 au 11 avril 2019 quand le nouveau président équatorien « offre » Assange à la police britannique.

Depuis, il attend son extradition probable à Belmarsh, une prison de haute sécurité connue comme le « Guantanamo anglais ». Il est soumis à l’isolement 23 heures sur 24, a perdu 15 kg depuis son incarcération, faisant des allers-retours au service médical. Selon Nils Melzer, le rapporteur de l’ONU sur la torture qui l’a visité, Julian Assange est en train de mourir en prison. Il ajoute dans un communiqué : « Julian Assange présente tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique, une anxiété chronique et des traumatismes psychologiques intenses (…) Ce que nous avons vu du gouvernement britannique est un mépris total des droits et de l’intégrité de Julian Assange ». Selon lui, le traitement qui lui est infligé peut être considéré comme de la torture.

Ce mercredi, « Carta Academica », une association belge d’académiques, rendra hommage à Julian Assange (ainsi qu’aux lanceurs d’alerte Edward Snowden, Chelsea Manning et à la collaboratrice de WikiLeaks Sarah Harrison). Ce même jour, l’ association FreeJulianAssange organise une journée dédiée au fondateur de WikiLeaks.

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