La vérité sur les camps, 75 ans après la libération d’Auschwitz

L’humanité célèbre le 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Mais sait-on aujourd’hui tout du symbole absolu de la folie meurtrière nazie?

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Ving-sept janvier 1945. Dans le sud de l’actuelle Pologne, l’Armée rouge libère – par hasard – Auschwitz-Birkenau, le plus grand camp de concentration et d’extermination du Troisième Reich. Plus d’un million de Juifs, plusieurs milliers de Polonais, de Tziganes, de prisonniers de guerre soviétiques et de ressortissants de plus de treize pays sont décédés à l’intérieur de cette immense enceinte barbelée, usine de mort la plus impensable de l’histoire. Septante cinq ans plus tard, et alors que de nombreux chefs d’État ont tenu à assister aux commémorations organisées pour célébrer l’anniversaire de l’événement, les réalités de l’univers concentrationnaire nazi demeurent pourtant complexes et méritent aujourd’hui encore des éclaircissements.

Quelle différence entre camp de concentration et camp d’extermination?

En soi, le camp de concentration – outil inventé au tournant du XXe siècle – n’a pas pour vocation d’assassiner les personnes qu’il abrite. Son but est d’abord d’isoler de manière totalement arbitraire des individus jugés dangereux. C’est donc un instrument de contrôle social. Les nazis ont créé des centaines de camps de concentration, dans lesquels le taux de mortalité pouvait avoisiner les 40 %. Mais Belzec, Chelmno, Sobibor, Treblinka, ces quatre sites spécifiques situés en Pologne où furent systématiquement assassinés les Juifs, ne ressortissent pas à cette catégorie. Selon l’historien de l’ULB Joël Kotek, “c’étaient juste des terminaux ferroviaires, des usines à fabriquer des cadavres. Il n’y avait même pas de baraquements pour assurer une survie de 24 h, pas de nourriture! La plupart des déportés n’y étaient pas enfermés ni même immatriculés. Et les rares épargnés y servaient uniquement d’intendants pour la gestion du site et des cadavres”. Les cas d’Auschwitz-Birkenau et de Majdanek sont, eux, plus complexes, puisque ces deux implantations servirent à la fois de camp de concentration et de centre de mise à mort.

Auschwitz était-il le pire de tous les camps?

Auschwitz, c’est le symbole absolu de l’horreur. Pourtant, le camp n’a gagné ce statut que tardivement. Après guerre, dans un contexte avant tout antifasciste, c’était plutôt les camps allemands de Buchenwald ou Dachau qui symbolisaient la barbarie nazie. Il faudra attendre de longues années, et de nombreuses études sur la Shoah, pour qu’Auschwitz incarne le mal absolu. Notamment grâce aux nombreux témoignages recueillis. “Parce que si ce centre d’extermination fut le plus meurtrier, il fut aussi celui qui eut le plus de rescapés, du fait qu’il était tout à la fois centre, camp de concentration et de travail. Seuls 75 % des Juifs y étaient gazés à l’arrivée contre 99,99 % pour tous les autres camps, Majdanek excepté. Sur les 500.000 Juifs déportés à Belzec, on ne compte par exemple que trois survivants.

L’extermination des Juifs, une priorité?

Au départ, l’intention des nazis, comme dans de nombreux régimes totalitaires, était d’isoler les éléments “nocifs” de la population civile. Les Juifs étaient considérés comme nuisibles au même titre que les opposants politiques, les Tziganes, les Slaves, les homosexuels et autres inadaptés. Mais “il est clair que la volonté d’éliminer les Juifs de la société allemande existait chez Hitler dès son premier écrit en 1919. Il les y décrit comme étrangers à l’Europe, sinon à la race humaine. Non pas une race inférieure mais une antirace”.

Initialement, cette élimination devait être comprise en termes sociaux et géographiques: “Les nazis voulaient une épuration raciale, via l’émigration ou l’expulsion. Ils envisageaient même une déportation de masse vers Madagascar… Ce seront les circonstances, notamment le fait qu’aucun pays démocratique n’était prêt à les accueillir, qui traduiront cette volonté programmatique et pragmatique finalement en génocide.

Les détenus servaient-ils de main d’oeuvre?

Les camps nazis n’avaient, à leur création, aucune visée productive, aucun dessein économique. Mais “en mars 42, l’Allemagne comprend que la guerre sur le front russe sera plus longue qu’espéré. Il faut faire appel à toutes les forces vives. Les Juifs les plus aptes sont donc sélectionnés pour travailler dans les usines et pallier le manque de main-d’oeuvre, partie au front.”. Ainsi, à Auschwitz, près de 40 camps satellites sont créés, dans un immense complexe concentrationnaire qui pouvait contenir 100.000 détenus. Ce phénomène s’étend à de nombreux camps de concentration et les entreprises allemandes en profitent largement: elles louent cette main-d’oeuvre bon marché aux SS, gestionnaires des camps: “Des sociétés comme Siemens, Daimler-Benz, Krupp, Volkswagen, Knorr, IG Farben, Dynamit Nobel, Dresdner Bank, BMW, AEG possédaient des filiales autour des différentes implantations concentrationnaires”.

Les alliés étaient-ils au courant?

Lors de l’ouverture du camp de concentration de Dachau en 1933, Himmler a convoqué la presse. Mais l’extermination était, elle, tenue le plus secrète possible. Pas de survivants, pas de témoins directs.” Les raisons de ce silence? Éviter les complications, bien sûr. Les Juifs débarqués sur les quais des camps d’extermination ignoraient réellement tout de leur sort. D’ailleurs, certaines photos d’archives montrent des familles rassemblées dans le plus grand calme, “armées de cet optimisme sans faille que gardent indéfectiblement les hommes”. Par contre, les Alliés, eux, savaient. En 42, des résistants polonais ont envoyé aux gouvernements anglais et américain des photos des crémations à Auschwitz-Birkenau. Cette même résistance qui suppliera ensuite vainement les Alliés de détruire les voies de chemin de fer menant à Auschwitz-Birkenau. En 44, deux Juifs slovaques s’en évaderont, soumettant un rapport à l’Autorité hongroise qui transmettra le document à l’Occident.

Les Juifs furent-ils surtout victimes des chambres à gaz?

Les estimations les plus récentes font état de 6 millions de victimes juives lors du second conflit mondial. Parmi celles-ci, 2.600.000 exécutées dans les centres d’extermination, 300.000 dans les camps de concentration, et 800.000 de faim, de maladie et de mauvais traitements dans les ghettos. En fait, “les récentes recherches tendent à mettre en évidence l’importance de la Shoah “par balles” lors des offensives allemandes à l’Est dès 1941”. Comme un préambule à la solution finale, des troupes spéciales, les Einsatzgruppen, étaient chargées de balayer les lignes arrière et d’exécuter les Juifs au fur et à mesure des avancées de la Wehrmacht. Deux millions d’hommes, femmes et enfants furent systématiquement abattus.

Article initialement publié dans le Moustique du 28/01/2015

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