D’où viennent les « gens du voyage »?

La récente affaire du « Châtelain de Ferrières » a remis sur la sellette la communauté des gens du voyage. Aux racines aussi diverses que fascinantes.

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« Dehors ! On ne veut pas de Romanichels, ici  ! ». Dans certaines communes d’Europe, à la vue d’une caravane, c’est ce que l’on peut entendre. À Hénin-Beaumont, la place forte du Rassemblement National de Marine Le Pen,  ce fût d’ailleurs, un temps, une « plaisanterie ». Dans les bistrots, pour se chambrer, les habitués s’interpellaient de cette manière. Un client franchit la porte, un « Pas de Romanichels, ici ! » fuse du comptoir, l’ensemble des consommateurs se met à rire. Humour local. Il ne faut, cependant, pas aller dans le nord de la France pour constater les froncements de sourcils – c’est un euphémisme – vis à vis de la communauté des gens du voyage. Chez nous, un échevin a perdu son mandat parce qu’il avait comparé celle-ci à des « spécimens parasites » dans un message incroyablement haineux. Ou encore, une radio publique a sanctionné l’un de ses animateurs pour avoir tenu des propos incitant à la discrimination au sujet des gitans, « des voleurs ». Régulièrement, des membres de la communauté s’illustrent, comme à Ferrières, par des faits divers plus ou moins désolants. C’est un fait, les gens du voyage n’ont pas bonne réputation. Mais, il ne faudrait pas que les préjugés l’emportent sur une réalité partagée d’ailleurs par toutes les communautés : un comportement individuel n’est pas représentatif de toute une collectivité. Celle des gens du voyage est par ailleurs hétéroclite. Leurs origines sont, en effet, différentes, mystérieuses voire légendaires.

D’Inde

« Rom » est un terme générique et comprend trois grandes branches  : les «  Roms  », les Sintis et les Kalés. Les «  Roms  » (terme générique) est une population originaire du nord de l’Inde, précisément de la ville de Kanauj, qui fût mise à sac en 1018 par un Empereur d’origine turc qui régnait dans une région dont l’épicentre actuel est l’Afghanistan. Les « Roms » fuient l’envahisseur et ainsi prennent la route pour une longue errance. La présence du Gange situé à l’Est de la ville semble être la raison pour laquelle ces réfugiés cheminent vers l’Ouest. Le mot « Rom » dériverait du dieu «  Rama  », l’un des avatars de Vishnou. Les Roms parlent le romani, une langue indo-aryenne. Cette langue est, par conséquence, parlées les différents groupes qui migrent vers l’ouest, par la route du nord (Kazakhstan-Crimée) ou la route du Sud (Anatolie) : Bohémiens, Gitans, Romanichels, Tziganes, Manouches…

D’Egypte

Une légende veut qu’un peuple ait dû fuir l’Egypte pour ne pas devoir adjurer la foi chrétienne. Le mot «  Gitan  » a, par ailleurs, pour origine «  Egypte  » tout comme le mot anglais «  Gypsy  ». D’où la croyance selon laquelle les Gitans seraient originaires du pays des pyramides. En réalité, il n’en est rien. Il existait, au Moyen Age, un lieu-dit «  Petite Egypte  » habité par des Roms, en Grèce, sur une côte du Péloponnèse. Un certain nombre de ceux-ci ont continué leur lente migration vers l’Espagne. Ou ils se sont installés dans toute la péninsule. Et une partie de ces Gitano (egiptano) « espagnols » sont ensuite remontés vers la France où ils ont installés leurs campements et sont alors « devenus » des « Gitans français » et vers l’Angleterre ou ils ont été appelés « Gypsy » (egyptian). Les Gitano « espagnosl » sont également appelés «  Kalés  » et les Roms s’étant installés dans les régions germaniques « Sintis ». Les « Sintis » installés en France sont appelés « Manouches ».

Les « voyageurs locaux »

Ces populations de souche «  indienne  » ne sont pas les seuls nomades sur le continent européen. De tout temps il y a eu des populations «  locales  » sur les chemins et les routes d’Europe. Des saisonniers louant leurs bras de village en village, des personnes chassées par les nombreuses guerres qu’a connues le continent… La communauté la plus intrigante des gens du voyage «  autochtones  » est sans doute celle des Yéniches. Qui semble à première vue proche des « Sintis », les « Roms » germaniques. Mais leur langue est différente. La langue yéniche comporte, certes, des emprunts au romani. Mais sa grammaire est allemande et son lexique – l’ensemble de ses mots – dérive de l’allemand, de l’hébreu et du yiddish. Plusieurs hypothèses existent quant aux origines des Yéniches. Certains pensent qu’ils seraient les descendants de tribus celtes rendues nomades par l’invasion des Romains au premier millénaire. Une autre thèse voudrait qu’ils proviennent de groupes de commerçants juifs itinérants. D’autres encore considèrent qu’ils sont issus d’un mélange de réfugiés, de déserteurs, de fugitifs, d’orphelins et de laissés-pour-compte  des guerres du Moyen Age qui auraient intégré un même groupe itinérant… Et que ceux-ci auraient pu se mêler à des tribus helvétiques et à d’autres groupes nomades. Mystères. De nombreux chemins mènent aux Roms…

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