La peur d’une troisième guerre mondiale met à mal l’empathie des jeunes

Le comité international de la Croix-Rouge publie un rapport qui fait froid dans le dos, mais n'étonne pas pour autant. Serions-nous à l'aube d'une catastrophe ?

©Chernobyl

« Troisième guerre mondiale ». Depuis le début des conflits entre l’Iran et les États-Unis ces trois mots et les inquiétudes qui les accompagnent sont sur toutes les lèvres. Plus que jamais, la tension est à son comble entre les deux puissances. Au lendemain du raid américain à Bagdad qui a tué le général iranien Qassem Soleimani, nous écrivions un article intitulé « La Troisième guerre mondiale, c’est pour bientôt ?«  s’interrogeant sur ce qu’il pourrait se passer si elle venait à éclater. Ce n’est pas la première fois au cours des dernières années que la tension monte entre plusieurs grandes puissances au Moyen-Orient. En octobre 2016, l’échec des négociations d’un cessez-le-feu entre Washington et Moscou sur le conflit syrien avait fait trembler la scène internationale. En janvier 2019, l’horloge de l’Apocalyspe – mécanisme censé prévenir d’un cataclysme planétaire – était figée à minuit -2 minutes. Son niveau le plus critique depuis 1953, quand le monde était plongé en pleine Guerre Froide…

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Au vu de l’actualité de ces dernières années, pas étonnant que les jeunes s’inquiètent pour leur futur. Le comité international de la Croix-Rouge (CICR) dévoile un rapport qui dresse le portrait d’une génération de jeunes inquiets et en perte d’empathie. Menée auprès de plus de 16.000 millennials issus de 16 pays (9 en paix et 7 en situation de conflit), l’étude les questionne sur les droits humains, la guerre et les relations internationales.

« Pour les membres de la génération Y, le risque qu’une guerre dévastatrice ait lieu de leur vivant est réel. Il est alarmant de constater que près de la moitié des personnes interrogées pensent qu’une troisième guerre mondiale éclatera au cours de leur existence, tandis qu’une majorité est convaincue qu’une attaque nucléaire se produira ces dix prochaines années« , détaille Peter Maurer, président du CICR dans les avant-propos de l’étude. Pour les jeunes interrogés, cette guerre sera certainement nucléaire. 54% d’entre eux estiment qu’il est probable qu’elle survienne dans les dix prochaines années. « Globalement, ces résultats traduisent une peur de voir les guerres se multiplier au lieu de se raréfier », poursuit le président.

Des chiffres inquiétants

Voire alarmants. La multiplication de ces conflits et la peur de connaître une grande guerre diminue l’empathie d’une importante partie des 18-35 ans. Ainsi, 36% d’entre eux estiment que les combattants ennemis capturés ne devraient pas être autorisés à contacter leurs proches. Le même pourcentage juge que la torture est acceptable dans certaines circonstances. Des constats aussi sévères que menaçants. « Ils témoignent d’une acceptation inquiétante du langage déshumanisant employé pour faire référence aux « ennemis » réels ou perçus et du traitement qui leur est réservé – une acceptation de plus en plus répandue à l’heure des fake news, de la désinformation et des points de vues polarisés« , analyse Peter Maurer. Des conclusions qui rappellent une fois de plus l’importance de l’éducation aux médias et le rôle que les métiers d’informations doivent jouer. Par contre, la génération Y reste majoritairement opposée à l’utilisation d’armes de destruction massive, mais elle concède que c’est un outil de dissuasion efficace.

Lueur d’espoir

Si certains des résultats de cette étude font froid dans le dos, reste quelques conclusions optimistes. « L’espoir est là. Et paradoxalement, il semble plus grand chez les personnes les plus touchées par la guerre. Les millennials dans les pays en situation de conflit sont plus disposés à défendre les principes d’humanité en temps de guerre. Les personnes interrogées en Syrie affichent les niveaux de désapprobation les plus élevés concernant l’utilisation d’armes de destruction massive. » Une majorité pense aussi que les guerres et conflits pourraient être évités et que ceux en cours devraient s’arrêter dans les cinq prochaines années. Les nouvelles technologies numériques ont également leur rôle à jouer et peu nombreux sont ceux qui jugent que l’intelligence artificielle augmentera le nombre de victimes civiles. L’étude du CICR rappelle aussi que les jeunes d’aujourd’hui sont aussi les combattants de demain et que la conduite des conflits est plus que jamais entre leurs mains.

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