Frugalistes : les nouveaux économes qui prennent leur retraite à 40 ans

Survivalistes, vegans, nouveaux nomades... Les étiquettes se multiplient pour ceux qui ont choisi d'expérimenter des modes de vie et de consomamtion alternatifs. Les frugalistes ont quant à eux décidé de vivre avec moins, mais mieux. Minimalistes, anti-capitalistes ou simplement stratèges, ils visent la liberté financière.

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Ils n’ont pas besoin d’un nouveau téléphone qui prendrait de meilleures photos. Pas vraiment envie de se payer une grande table non plus. Ils ne voient pas l’intérêt d’agrandir leur véranda cette année. Et honnêtement, ils ne veulent pas travailler jusqu’à l’âge de la retraite. Moins de besoins, moins d’argent, plus de temps pour soi : voici le frugalisme, un phénomène décroissant qui veut se libérer de l’argent. Une tendance qui prend plusieurs visages, entre les investisseurs malins, les ménages-fourmi et les millennials que la conjoncture contraint à vivre éternellement avec un petit budget.

Posséder moins, vivre mieux

Valentin, Bruxellois de 27 ans, travaille dans l’horeca. Bien qu’il ne soit plus étudiant depuis longtemps, il vit avec sa compagne dans une grande colocation. L’avantage : un jardin et un loyer par personne autour de 300 euros — une aubaine dans ce quartier attractif de la capitale. Ses dernières vacances, ils les a passées dans le Sud de la France, après un trajet en stop, chez une parfaite inconnue qui accepte des woofers. Il a donc effectué de petits travaux dans la maison en échange du gîte et du couvert. Dans sa poche, son fidèle Fairphone, un téléphone dont il peut changer les pièces pour lutter contre l’obsolescence programmée — même s’il est aujourd’hui moins performant que la moyenne des smartphones. Récemment, avec ses économies, il s’est acheté un van pour une bouchée de pain qu’il rénove pour pouvoir, à terme, se passer d’un loyer et vivre sur la route, au gré de ses envies. Comme tous les frugalistes, il vit avec moins, voire carrément en-dessous de ses moyens. Son mode de vie chiche est le fruit d’une réflexion plus globale sur l’environnement : « Le déclic s’est produit quand j’ai commencé à m’intéresser au zéro déchet. Vouloir produire moins de déchets, ça m’a fait m’interroger sur tout ce que j’achetais et possédais d’autre et dont je pourrais me passer ».

La croissance à l’infini, Valentin n’y croit pas, pas plus qu’un système de retraites dont il pense jamais pouvoir récolter l’usufruit. Dans un monde qui change, il ne veut pas porter la responsabilité personnelle d’un quelconque effondrement, ni être dépendant du reste de la société. « Je le fais dans une optique de décélération, doublée d’un rapport très fort à la terre. J’en suis venu à la constatation que je n’avais pas réellement besoin de beaucoup plus que ce qu’elle me donne. Mon motto, c’est ‘all you need is less’ », raconte celui qui a actuellement un petit boulot de serveur et économise la majorité de son revenu. « Ma stratégie, c’est d’acheter toujours moins. Je me pose sans arrêt la question : ‘Est-ce que je peux m’en passer ?’ Et je retire beaucoup de satisfaction du fait de pouvoir résister à des achats impulsifs. Les pulsions de consommation, en revanche, sont toujours là. Mais aujourd’hui, je sens que je ne pourrais plus faire autrement : c’est dans mes tripes, même si c’est effrayant de vivre différemment des autres ». 

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Valentin n’a pas pour autant l’impression de ne pas profiter de la vie : il fait du sport — principalement de la course à pied et de l’escalade —, n’a pas arrêté de côtoyer ses amis, avec qui il sort régulièrement boire un verre et voyage, mais dans une démarche de « slow travel ». Des plaisirs simples, sans dépenses superflues, en quête de plus de sens. « Maintenant que cette démarche pour le climat est intégrée, c’est devenu pour moi une question développement personnel ». Le jeune homme ne souhaite pas participer à la « rat race », comme l’appelle les anglais, cette course effrénée après… quoi, au juste ? « Je ne me vois clairement pas travailler toute ma vie. Attendre 65 ans pour profiter, ça m’angoisse. Je n’ai jamais compris le concept ».

« Feu » pour une retraite à 40 ans

C’est le cas d’une autre frange des frugalistes, adeptes du mouvement américain « Fire », l’acronyme de « Financial Independance, Retire early ». Leur but : l’indépendance financière et une retraite anticipée à 40, 35, 30 ans pour les meilleurs. Et pour y arriver, leur plan est précis et minutieux. Dans un premier temps, ils économisent autant que possible, parfois en restant vivre chez leurs parents ou en se délocalisant dans un pays moins coûteux, si leur activité le leur permet. L’argent épargné est ensuite investi pour leur permettre de dégager sur le long terme des revenus passifs, comme la location d’un appartement ou des bénéfices issus de placements boursiers. Année après année, avec une détermination sans faille, ils accumulent suffisamment de capital pour pouvoir arrêter de travailler, du moins en tant qu’employés à temps plein, et pouvoir profiter de leur nouvelle liberté financière. Les plus médiatisés profitent même de leur accomplissement pour générer de nouveaux revenus, en donnant des conférence, par exemple, où en animant des chaines youtube — très populaires depuis la crise économique de 2008 — dédiées au frugalisme.

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Valentin, lui, a des inspirations bien plus modestes. À bord de son van, il souhaite travailler et gagner en un trimestre ce qui lui permettra de vivre le reste de l’année, en dépensant avec parcimonie. Un jour, il imagine acquérir une petite maison d’hôte, où il appliquera le même mode de consommation frugal. « J’ai envie de montrer que c’est possible de vivre de la sorte », rêve-t-il.

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