L’animation, le meilleur des outils pour sensibiliser petits et grands ?

L'association Greenpeace dévoile une courte vidéo d'animation pour attirer l'attention sur l'extinction des tortues. Le dessin animé serait-il la clef de la sensibilisation ?

©Greenpeace

Quatre petites tortues rentrent de vacances. Suite à des travaux sur la route, elles n’ont d’autre choix que d’en prendre une autre, plus touristique et plus polluée. Arrivée à bon port, la joyeuse famille doit affronter un terrible tremblement suivi d’imposants filets de pêche. Si la vidéo débutait sur une note joyeuse et enfantine, elle se termine sur la mort de la maman tortue. Il s’agit en réalité de la nouvelle campagne de sensibilisation de Greenpeace. En fin de spot on peut lire « Six des sept espèces de tortues marines sont menacées d’extinction. Nous avons besoin de sanctuaires dans un tiers des océans de la planète pour protéger les tortues et les autres animaux marins. Signez la pétition« .

Si les personnages de la capsule vous semblent familiers, c’est parce qu’ils ont été dessinés par les réalisateurs de Wallace et Gromit, Chicken Run ou encore Shaun le mouton. Intitulé Le voyage des tortues, ce court-métrage veut en réalité dénoncer la pollution des océans, le braconnage, le changement climatique, la surpêche et la destruction des écosystèmes. « Le studio de cinéma américain Aardman est venu nous trouver car il voulait faire quelque chose pour lutter contre les catastrophes environnementales, mais ne savait pas exactement quoi« , raconte Juliette Boulet, porte-parole de Greenpeace Belgique. Ce n’est pas la première fois que l’association internationale utilise l’animation pour dénoncer. En 2018, elle diffusait une vidéo dans la même veine contre la disparition des orangs-outans.

Utiliser l’animation pour faire passer un message a différents avantages. D’abord, un tel spot permet de sensibiliser petits et grands. « C’est aussi un moyent pour faire passer un message de façon esthétique et plus originale qu’à travers une simple photo. L’idée n’est pas de dissimuler une réalité, mais de toucher autrement« , analyse Juliette Boulet. « Le spot sera diffusé dans quatre cinémas Kinepolis avant le film. Les spectateurs ne pourront pas forcément signer la pétition sur le moment même, mais s’ils retombent dessus sur les réseaux sociaux, ils seront plus enclin à passer à l’action et à partager le spot. » Et c’est là que réside la force d’une telle vidéo animée : facile à partager, ce genre de capsule se diffuse rapidement sur les réseaux sociaux et peut être consultée à n’importe quel moment dans n’importe quel endroit.

La technique du Cheval de Troie

« C’est un peu la technique du Cheval de Troie« , analyse Daniel Bonvoisin responsable de l’équipe d’éducation permanente au sein de l’asbl Media Animation. « L’idée est d’intégrer un message militant dans un environnement connu. De mobiliser des symboles de la pop culture pour sensibiliser à quelque chose qui n’a rien à voir avec l’œuvre de base. » L’animation n’est pas davantage utilisée comme outil de sensibilisation qu’auparavant pour la simple et bonne raison qu’elle coûte cher. « En tant qu’ONG mondiale et indépendante, on a acquis une certaine crédibilité. Une confiance s’est installée et elle nous ouvre pas mal de portes« , confie la porte-parole de Greenpeace Belgique. Dans la version anglaise du Voyage des tortues, l’actrice Olivia Colman (The Crown, Fleabag) prête sa voix à la maman tandis que celle de la petite fille est incarnée par Bella Ramsey (Game of Thrones). Un casting trois étoiles qui sert considérablement à la diffusion du produit et lui donne davantage de poids. Toutes les asbl ne pourraient pas se permettre un tel court-métrage. « Par contre, si l’animation n’est pas davantage utilisée, les icônes de la pop culture le sont. Que ce soit en publicité ou pour les spots militants. Ces personnages sont devenus un moyen de faciliter la communication. Ils font circuler l’information« , détaille Daniel Bonvoisin.

En 2003, Nemo, petit poisson clown des studios Pixar était devenu une sorte de symbole de la lutte pour la protection des océans. 17 ans plus tard (oui déjà), personne n’a oublié les traits du poisson atrophié dont la maman a été tuée par l’Homme. Opter pour des images joyeuses et imprégnées dans l’imaginaire collectif peut donc s’avérer aussi efficace qu’une photo trash.

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