Le suicide assisté, l’ultime liberté?

Décider soi-même du moment de sa mort parce que la vie n'aurait plus rien à nous apporter? C'est le mantra des partisans du "suicide assisté", qui militent pour l'extension du droit à l'euthanasie aux personnes en bonne santé.

adobestock_281936608

En 2022, New-York est devenue une mégalopole de 44 millions d’habitants. Il y règne en permanence une température élevée de 33°C. L’eau est rare. La faune et la flore ont quasiment disparu. Pour échapper à ce quotidien effroyable, les citoyens fatiguées de vivre se rendent au « Foyer », un endroit où ils peuvent se faire euthanasier.

Ce qu’ils ignorent, c’est que leur corps est ensuite récupéré et transformé pour fabriquer le « « Soylent Green », un sorte de tablette carrée servie aux populations depuis que la nourriture issue de l’agriculture a disparu. Mais ce n’est pas ce qui nous occupe. Anthropophagie mise à part, le monde décrit dans Soleil vert – roman de SF rédigé par Harry Harrison et publié en 1966 avant d’être porté au cinéma sept ans plus tard dans un film éponyme avec Charlton Heston – n’est pas tellement éloigné de notre réalité de 2020… 2019 a été la deuxième année la plus chaude enregistrée (après 2016) depuis que les températures sont mesurées (c’est à dire 150 ans). L’eau devient un bien économique: l’Australie, qui brûle depuis des mois, en revend déjà à des investisseurs. Aux quatre coins du monde, la biodiversité est menacée et des espèces disparaissent. Et, pour prolonger les similitudes avec le livre d’Harrison, un nouveau courant de pensée, symbolisé en France par l’association Ultime Liberté (2.800 membres), milite pour que le droit de mourir volontairement en ayant recours à l’euthanasie soit reconnu dans la législation.

Seniors hors-la-loi

C’est ce qu’on appelle le « suicide assisté ». Jacqueline Herremans, avocate et présidente de l’Association belge pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), le définit comme un recours utilisé par « des personnes qui ne présentent pas d’affections médicales, mais qui estimeraient qu’ajouter des jours, des semaines, des mois ou des années à leur vie n’a plus aucun sens. » Le problème est celui-ci : quel médecin accepterait de poser un tel acte pour une personne en bonne santé ? « Il y a vraiment un obstacle de la part du corps médical, ne fût-ce qu’au niveau de la prescription des médicaments. Pour l’instant, on n’en est vraiment pas encore là. »

>> Lire aussi : Dans quelles conditions peut-on pratiquer l’euthanasie en Belgique

Alors, les partisans de « l’ultime liberté » contournent le problème. Une centaine de perquisitions menées mi-octobre en France ont levé le voile sur un commerce illégal de pentobarbital (nom commercial : Nembutal), un puissant barbiturique qui, selon la dose, provoque une somnolence, le coma et peut entraîner un arrêt respiratoire. La substance est interdite à la vente dans l’Hexagone depuis 1996… Sauf pour les vétérinaires qui l’utilisent pour euthanasier les animaux. Le principal argument de ces seniors hors-la-loi: échapper à la déchéance irréversible de la vieillesse, et éviter de finir, faute d’autonomie, dans un hôpital ou un home.

Souvent considéré comme un acte égoïste, le suicide peut, de l’avis des concernés, être considéré comme « altruiste » dans ce cas. Anne (86 ans), qui a mis fin à ses jours avec son époux en 2014, nous l’expliquait avant de passer à l’acte : « Nous sommes trop nombreux sur Terre. Il n’y a plus d’argent pour payer les pensions des retraités. Pour les jeunes, il n’y a pas assez de travail. Et aujourd’hui, même les petits sont atteints: les écoles manquent de place. Alors pourquoi ne pas nous laisser partir quand, de nous-mêmes, nous le demandons? » 

>> Lire aussi : Ils s’appelaient Anne et François, ils expliquent leur choix de se faire euthanasier

« La mort la plus douce possible »

Dans la foulée des perquisitions, une pétition a été mise en ligne sur le site Change.org par Ultime liberté. Elle demande que la mort volontaire (appelée « suicide rationnel » par l’association) soit reconnue en droit comme « une liberté du citoyen et en particulier au moment de choisir les conditions ultimes de notre fin de vie » et qu’en conséquence « tout citoyen majeur et juridiquement capable qui en fait la demande, puisse accéder légalement à une dose létale ou un moyen de mort volontaire, permettant la mort la plus « douce » possible, dans des conditions de sécurité pour tous les autres membres de la société, c’est-à-dire que cette dose ou moyen ne puissent être utilisés que par la personne concernée pour se donner la mort. » La pétition recueille un peu plus de 10.000 signatures. Il en faut 500.000 pour être présentée à l’assemblée concernée…

Comme nous le déclarait Jacqueline Herremans, la question du « suicide assisté » n’en encore actuellement qu’au stade du débat. Elle a en tout cas déjà dépassé le cadre de la science-fiction.

Sur le même sujet
Plus d'actualité