Maisons de repos: pourquoi vieillir coûte si cher?

La Wallonie va transformer 2.266 lits de maisons de repos en lits de maisons de soins. Une bonne nouvelle pour les personnes âgées qui payent cher ces établissements.

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La nouvelle mesure adoptée par le gouvernement wallon ne devrait pas coûter un centime aux personnes âgées qui vivent dans les maisons de repos. En revanche, elle améliorera considérablement leur confort de vie. C’est que nous vivons de plus en plus longtemps. D’ici 2070, un Belge sur quatre aura plus de 67 ans. Une évolution qui pousse le gouvernement wallon à préparer la transformation et adapter les établissements actuels pour qu’ils puissent accueillir davantage de nos aînés et dans de meilleures conditions. Dans cette optique, la ministre en charge de la Santé en Région wallonne, Christie Morreale (PS) a annoncé débloquer un financement de 22 millions d’euros, destinés à améliorer 141 maisons de repos. En plus de transformer 2.266 lits de maisons de repos en lits de maisons de soin, un praticien infirmier et un médecin coordinateur devront obligatoirement être présents jour et nuit et des locaux destinés à la kinésithérapie et à l’ergothérapie seront mis à disposition.

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Dans un communiqué, Christie Morreale détaille: « Le bénéficie de cette mesure est double. D’une part, les résidents vont bénéficier d’un accompagnement pluridisciplinaire plus approprié et, d’autre part, les conditions de travail du personnel soignant vont être allégés car ils seront plus nombreux pour assurer une charge de travail identique« . Des nouveaux projets rassurants quand on connaît les conditions de travail astreignantes du personnel soignant et le prix que les personnes âgées doivent débourser pour y séjourner. En novembre dernier, une étude menée par la Fédération des CPAS attestait de l’augmentation des prix en maison de repos en Wallonie entre 1998 et 2018. Au cours des cinq dernières années, la hausse nominale du prix de ces établissements a été de 26,4 % en moyenne et atteint même 32,1 % dans le secteur privé. Soit nettement plus que l’inflation (8 %) pour la même période.

Si les prix varient selon les provinces, l’étude dresse cependant une moyenne de ce que paie un résident par jour, selon les secteurs. Dans le public (les maisons sont gérées par le CPAS ou une intercommunale), le prix est de 43,80 € par jour. Dans le privé commercial (les homes sont gérés par des grands groupes internationaux tels Orpea ou Senior Assist), il faut débourser 51,70 € par jour. Enfin, dans l’associatif (les établissement sont gérés par des ASBL ou des plus grosses structures comme l’ACIS), comptez 51,50 € par jour. À ce forfait, s’ajoutent ensuite les suppléments (lessive personnelle, pédicure, manucure) et les dépenses pour compte de tiers (consultations du médecin, médicaments).

Grands groupes, gros rendements

La montée en puissance des grands groupes est l’un des facteurs explicatifs de la hausse des prix en maison de repos. “Ils ont des attentes en termes de rentabilité. En pratique, ça se retrouve dans le niveau des prix qu’ils fixent eux-mêmes. C’est d’autant plus vrai que dans certains cas on se trouve dans des montages avec plusieurs acteurs. Par exemple, une maison de repos appartient à un groupe immobilier qui la loue à un autre groupe international qui en assure la gestion courante”, nous explique Jean-Marc Rombeaux, conseiller expert pour les matières touchant aux aînés à la Fédération des CPAS et auteur de l’étude. Parmi les autres facteurs responsables de la hausse des tarifs, on trouve l’augmentation des prix de l’immobilier, l’adoption de nouvelles normes (chambres plus grandes, W.-C. privatif…) et l’ajout d’équipements liés à l’époque (télévision, frigo, Internet).

Avec des prix pouvant grimper jusqu’à 157 euros par jour dans le privé, on peut se demander ce qu’offrent de tels établissements. En consultant la brochure d’une maison de repos à 102 € la journée gérée par le groupe Orpea (8.000 lits en Belgique), on découvre des chambres dignes d’hôtels 4 étoiles où les repas sont méticuleusement préparés par “un chef expérimenté” et où l’on se fait chouchouter dans un salon de coiffure privé. Le rêve? Payer plus cher est-il forcément gage de qualité? Si l’on en croit les chiffres, certainement pas. “Les statistiques concernant les plaintes en maison de repos montrent qu’il y a plus de plaintes dans le secteur privé commercial que dans le public ou l’associatif, explique JeanMarc Rombeaux. Le fait de payer plus cher n’est donc pas une garantie d’avoir un meilleur service.” Les taux d’encadrement sont par ailleurs plus importants dans le secteur public que dans le privé commercial.

Pour combattre la hausse des prix, l’étude donne plusieurs pistes. Parmi celles-ci: renforcer les offres de services à domicile. Une solution certes mais coûteuse, mais qui s’accompagne de son lot d’inconvénients tels que la solitude. Aussi, tout dépend des soins dont la personne âgée a besoin. Certaines d’entre elles n’ont d’autres choix que d’être suivi de près par un infirmier, paramètre qui peut s’avérer très coûteux. Financièrement, les soins à domicile restent généralement plus abordables qu’une maison de repos, les forfaits journaliers allant de 17,80 € à 46 €. En Belgique, les soins infirmiers de la FASD bénéficient à 42.000 patients. Mais le personnel souffre d’une demande croissante et d’un sous-financement. Privé ou public, tout le secteur des maisons de repos s’accorde à dire qu’il faut rapidement trouver une solution. Il faudra agir vite, avant que vieillir en bonne santé ne devienne un luxe.

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