Bosser moins, vivre mieux : le futur du travail ?

Nouvelle utopie sociétale, la semaine de boulot de quatre jours — voire de quatre heures — fait rêver les travailleurs et parfois même les entreprises, qui pourraient bien y trouver leur compte.

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Ce sont des images qui marquent : des Japonais en tailleur ou costume, qui s’endorment façon poupées désarticulées dans une bouche de métro, contre un abribus ou à même le trottoir. Les symboles immortalisés d’une culture du travail extrême, qui ne laisse aucun répit. En Belgique, si la limite des 38 heures par semaine est une obligation légale, les travailleurs n’en sont pas moins surmenés. Heures supplémentaires, pression à la productivité, précarité de l’emploi, horaires peu flexibles : le pourcentage d’employés belges avec un risque accru de burn-out est passé de 10 à 17% en trois ans, selon une étude de Securex

Pas étonnant que certains rêvent d’un revenu universel qui leur permette de travailler pour mieux vivre, et non plus de travailler pour vivre. Mais ces dernières années, une autre utopie sociétale tend à émerger. Elle ne dépendrait pas de l’État, mais bien du bon vouloir des entreprises, voire des individus… C’est la journée de cinq heures ou la semaine de travail de quatre jours — pour un même salaire —, comme la plébiscitait en 2019 le Labour Party anglais dans son manifeste électoral. Après tout, si les chasseurs-cueilleurs du paléolithiques ne traquaient leur nourriture que quatre heures par jour, pourquoi devrions-nous en faire davantage ?

Certains sont si certains de l’intérêt du modèle qu’ils revendiquent même une semaine de quatre heures de travail, à l’image de Tim Ferris, dont le livre-méthode est un best-seller. Dans celui-ci, il déballe un plan semble-t-il génial : gagner en un mois l’équivalent d’un salaire annuel, en travaillent moins. Au programme : sous-traitance et assistants virtuels, pour ne plus avoir à se consacrer qu’aux 20% de nos activités qui rapporteraient vraiment de l’argent — le reste n’étant rien d’autre que ce qu’il appelle « le travail pour le travail ». 

La semaine de quatre jours en pratique

Arriver au bureau à huit heures, le quitter à treize, bref, travailler cinq heures par jour, certaines entreprises le proposent déjà. Et avec succès. En 2019, Microsoft Japon a par exemple mené avec 2 300 de ses employés une expérience afin de tester la semaine de quatre jours. Durant un mois, ils ont tous pu prendre leur vendredi pour faire du bénévolat, développer de nouvelles compétences ou simplement se reposer. Quelques autres petits changements ont également été appliqués : des réunions plus courtes et moins nombreuses, ou encore l’utilisation de plateformes en ligne pour faciliter la collaboration et la communication. Chez Rheingans Digital Enabler, une entreprise allemande qui est quant à elle passée à la journée de cinq heures, on décourage également les bavardages autour de la machine à café, l’utilisation des réseaux sociaux et de son téléphone, tandis que les e-mails ne sont relevés que deux fois par jour. Et les résultats sont encourageants : après cinq semaines de ce rythme de travail allégé, la productivité des employés de Microsoft a augmenté de 40%, tandis que la consommation d’énergie de l’entreprise a diminué de 23% et le nombre de pages imprimées de 59%.

Après avoir mené sa propre étude en comparant les chiffres d’entreprises avec une stratégie similaire, le média The Conversation s’est quant à lui aperçu qu’elles avaient réalisé des économies — de l’ordre de 2% de leur chiffre d’affaires — en adoptant ce nouveau rythme. En prime, la majorité d’entre elles ont noté moins d’absences maladie, une augmentation de la qualité du travail et de la productivité. Les employés sont également plus épanouis, puisqu’ils disposent de davantage de temps pour leurs enfants, faire du sport et poursuivre leurs passions. L’effet sur l’économie serait également positif, puisque 54% des travailleurs estiment passer leur temps libre à faire des courses, aller au théâtre ou au cinéma, ou encore manger dehors. L’environnement en bénéficierait aussi, avec une baisse de la consommation d’énergie de l’entreprise, comme dans le cas de Microsoft, mais également moins de trajets vers le bureau, et donc moins de pollution. 

Reste que la méthode n’est pas applicable à tous les métiers, surtout ceux du secteur des services. Certaines entreprises ne souhaitent pas non plus moins de disponibilité de la part de leurs employés. Elles peuvent néanmoins leur offrir davantage de flexibilité. En Finlande par exemple, cette agilité est plébiscitée depuis près de 25 ans et la mise en application du Working Hours Act. Depuis 1996, cette loi permet aux travailleurs d’ajuster leurs horaires de travail à leur bonne convenance en les autorisant à commencer ou finir leur journée trois heures plus tôt ou plus tard. Cette année, une nouvelle version du Working Hours Act devrait désormais leur permettre de décider eux-mêmes quand et d’où ils souhaitent travailler pour au moins la moitié de leurs heures. Reste qu’une autre recherche, menée par un sociologue de l’Université du Kent, Heejung Chung, prouve également qu’un emploi du temps plus flexible… pousse les travailleurs à trimer davantage que leurs heures. Pas forcément le but premier de la manœuvre, donc.

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