Qu’est-ce que le syndrome du choc toxique et comment s’en prémunir?

Le SCT fait à nouveau la une des journaux suite à la mort tragique d’une Belge de 17 ans, diagnostiquée beaucoup trop tard…

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Lundi dernier, Maëlle a de la fièvre et des vomissements. Le lendemain, sa température a augmenté. Le médecin de garde suspecte une gastro et donne un traitement à l’adolescente. L’état de Maëlle continue pourtant de se dégrader et sa famille appelle une ambulance. Même diagnostic à l’hôpital où l’on parle de gastro-entérite. Malgré un nouveau traitement, la jeune fille ne va pas mieux et est transférée aux soins intensifs d’un autre hôpital. Le SCT, syndrome du choc toxique, est enfin diagnostiqué. Mais trop tard. Maëlle décède de l’infection. « Notre Maëlle, 17 ans et grande sportive, pleine de vie et de projets, vient de nous quitter en moins de 48 heures (…) Elle avait été vue 5h après les premiers symptômes par un médecin de garde. C’est inacceptable. Maëlle connaissait le danger et était doublement vigilante. Ça ne l’a pas épargnée… », expliquent les parents de la jeune fille dans la presse.

Une réaction exceptionnelle

Le syndrome du choc toxique (SCT) est une septicémie causée par une toxine bien particulière: la TSST-1 provenant du staphylocoque doré. Le staphylocoque doré est une bactérie qui n’est pas rare. 10 à 40 % des êtres humains en sont porteurs et elle n’est habituellement pas dangereuse. A contrario, seuls 4 % des femmes sont porteuses de la souche particulière de staphylocoque produisant la toxine TSST-1. Parmi ces 4 %, seule une femme sur dix ne dispose d’aucun anticorps pour l’éliminer. C’est ce 0,4 % qui est à risque.

Le SCT reste donc « exceptionnel », comme le souligne le Professeur Philippe Simon, gynécologue à l’hôpital Érasme. En 35 ans de carrière, il n’a jamais rencontré un tel cas. La nature étant parfois bien faite, 90 % des femmes produisent naturellement des anticorps leur permettant de se défendre contre cette toxine. En France, on recense environ 20 cas de SCT par an. Sur base de ce chiffre, on peut déduire qu’il s’agit approximativement de « quatre cas par année en Belgique«  selon le gynécologue qui reste prudent, puisqu’aucun chiffre officiel n’existe à ce sujet chez nous.

L’ennemi intime

Lorsque le sujet du SCT est abordé, les tampons sont très vite pointés du doigt. Pour ses règles, on estime qu’une femme en utilisera environ 11.000. Leur rôle dans le SCT n’est pas clair. En avril 2017, le documentaire Tampon, notre ennemi intime, d’Audrey Gloaguen révèle la présence de résidus toxiques dans la plupart des protections périodiques. Mais pour certains médecins, ce n’est pas la composition des tampons qui cause le SCT, mais bien le dispositif en lui-même : « Avec les tampons et les coupes menstruelles, le sang ne s’écoule pas librement. Les germes restent donc à l’intérieur du vagin pendant un certain temps, et c’est cela qui peut favoriser le développement de l’infection », explique le Dr Simon.

Le flou qui entoure la composition des tampons mène cependant en 2015 Mélanie Doerflinger à lancer une pétition pour rendre visible la composition des tampons de la marque Tampax, et qui recueille 307.838 signatures. La firme annonce qu’elle rendra cette liste d’ingrédients publique au printemps 2017. Déception : il s’agit en fait de la même que celle figurant déjà sur son site et sur les prospectus à l’intérieur des packs, et qui manque cruellement d’information. Si les matières premières sont citées (coton, viscose, plastique), les colorants, encres, additifs et parfums parfois utilisés ne sont pas détaillés.

Une étude décriée

Pour comprendre dans quelles conditions le staphylocoque doré se met à produire la « méchante toxine » TSST-1, le Dr Gérard Lina, lance en 2016 une collecte de tampons usagés. 3.000 femmes répondent à l’appel, et 700 tampons de différentes marques sont récoltés. Mais lorsque les résultats tombent, c’est l’incompréhension. « La coupe menstruelle serait plus dangereuse que les tampons dans le cas du choc toxique », lit-on dans la presse. Les adeptes de la cup, réputée plus écolo, économique et moins néfaste pour la santé, paniquent. La journaliste Élise Thiebaut, qui avait rencontré le Dr Lina, s’insurge. Intitulée : « Choc toxique lié aux règles: 1ers résultats et lancement d’une grande enquête nationale », l’étude scientifique dérange rien que par son titre erroné*. « En effet, le choc toxique n’est pas lié aux règles. Aucune femme ne s’est retrouvée à l’hôpital, à la morgue ou handicapée à vie juste parce qu’elle avait ses coquelicots«  ironise Élise Thiebaut. Car c’est le port d’un dispositif intravaginal qui peut enclencher la réaction inflammatoire, et non les règles en elles-mêmes.

Le schéma qui accompagne le communiqué de presse de l’étude fait apparaître une innocuité quasi totale des tampons conventionnels testés (Tampax, OB et Nett) alors que les coupes menstruelles et les tampons bio sont présentés comme favorisant la croissance du staphylocoque et la production de la toxine TSST-1. Pourtant, la suite de l’étude déclare : « Aucune protection testée ne favorise la croissance et la production de la toxine »… Cherchez l’erreur.

Les résultats du Dr Lina contredisent aussi les travaux du microbiologiste Philip Tierno qui travaille sur le SCT depuis 37 ans et dont l’expertise est mondialement reconnue. Dans une étude réalisée en 1994, cet expert préconisait déjà l’utilisation de tampons 100 % coton (c’est-à-dire la plupart des tampons bio) au lieu des autres tampons (composés de viscose, une fibre artificielle). Selon lui, la présence de fibres synthétiques dans les tampons offrirait un milieu favorable à la production de la toxine TSST-1.

Manque d’études

En ce qui concerne la coupe menstruelle, les cas sont plus rares, mais deux ont tout de même été recensés dans le monde. Après la « polémique » autour de son étude, le Dr Lina fait marche arrière et déclare qu’elle « a été mal comprise », et que « les coupes menstruelles ne sont pas dangereuses ». À ce jour, on ne sait toujours pas si la composition des tampons et des cups joue un rôle dans le SCT. Et comme ce choc toxi-infectieux n’est pas une maladie à déclaration obligatoire, les scientifiques manquent de statistiques et d’information… Un manque d’études que l’on ne peut s’empêcher de lier au tabou qui entoure encore les règles. Dans son livre Ceci est mon sang, Élise Thiébaut dénonce un « double tabou » : « C’est en même temps ce par quoi on vous dit que vous êtes une femme et c’est quelque chose d’honoré et de sacré. Et en même temps, on devrait en avoir honte et le cacher, car c’est perçu négativement ». Et les fabricants de protections jouent le jeu du tabou dans leurs publicités en continuant à colorer de bleu le sang menstruel…

Pour éviter d’être victime du SCT, on conseille souvent aux femmes de ne pas porter un tampon et une cup plus de 4 à 6 heures (les avis divergent), ce qui implique donc de ne pas en porter la nuit. Pendant celle-ci, mieux vaut porter une serviette hygiénique (en coton bio ou réutilisable), voire une culotte de règles, un produit de plus en plus commercialisé.

Les symptômes du choc toxique sont: nausées, vomissements, fièvre et rougeurs cutanées pendant les règles.

*Depuis, celui-ci a été changé en « Choc toxique : enquête sur l’usage des tampons périodiques » sur le site du CHU de Lyon. 

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