La descente aux enfers continue pour Boeing

Des suppressions de vols en cascade et des indemnisations record pour l’avionneur américain.

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Cet article a été publié le 8/01 et mis à jour le 13/01.

C’est la plus grosse catastrophe industrielle de l’histoire de l’aviation. Cloué au sol suite aux crashs du vol 610 Lion Air en octobre 2018 et du vol 302 Ethiopian Airlines en mars 2019 (346 victimes au total), le Boeing 737 Max risque-t-il d’entraîner dans sa chute tout un pan du secteur aéronautique? Ce lundi, la compagnie American Airlines annonce un premier accord avec Boeing sur les indemnisations que ce dernier doit lui verser pour compenser le manque à gagner subi par l’immobilisation du 737 Max. Si le montant exacte est tenu secret, la compagnie – qui exploitait 24 avions 737 MAX – indique qu’elle va redistribuer 30 millions de dollars à ses salariés dans le cadre du programme interne de répartition des bénéfices.

La première compagnie aérienne américaine emboîte ainsi le pas à sa compatriote Southwest qui a annoncé verser 125 millions de dollars à ses salariés après un accord avec Boeing. Des compagnies assaillies d’appels de passagers ne voulant pas embarquer sur cet avion depuis son immobilisation au sol. Et ce ne sont là que les premières indemnisations. Boeing ayant inscrit dans ses comptes une charge de 5.6 milliards de dollars pour les compensations prévues aux compagnies aériennes qui ont dû remplacer le MAX par d’autres modèles. Rappelons aussi que des centaines de milliers de vols ont déjà été annulés.

40 milliards sur un parking

Logiquement, Boeing annonce par ailleurs l’arrêt de production de son sulfureux modèle. Sur les aires de stationnement de son usine de Renton, au sud de Seattle, 400 appareils sont toujours en attente de livraison. A un coût unitaire d’environ 100 millions de dollars, on peut donc estimer que 40 milliards de dollars sont immobilisé sur ce parking.

Une «aubaine» pour l’aéronautique européen? Pas si sûr. Si Airbus dépasse pour la première fois Boeing en termes de commandes d’avions moyen-courriers, le secteur est aujourd’hui mondialisé. Les centaines de sous-traitants – dont de nombreux européens et belges – travaillant souvent pour les deux géants. La crise que traverse Boeing pourrait donc les mettre en difficulté, voire même en faillite, et compromettre également l’approvisionnement des Airbus A320neo, le concurrent du 737 Max. Sans parler de l’impact négatif sur les compagnies aériennes clientes de Boeing.

À l’instar de Ryanair, le premier client européen de l’avionneur américain. La compagnie low-cost a en effet commandé quelque 135 Boeing 737 MAX 8. Conséquence directe de la paralysie du modèle, Ryanair prévoit de transporter 5 millions de passagers en moins cette année. La compagnie irlandaise a par ailleurs annoncé qu’elle pourrait retirer un avion (sur 4) de sa flotte présente à Zaventem. Ce qui pourrait impacter un quart de ses effectifs à l’aéroport de Bruxelles.

Le Boeing 737 Max revolera-t-il un jour? Les compagnies américaines Southwest et American Airlines ont en tout cas annoncé qu’elles postposaient l’éventuelle remise en service de leurs B-737 MAX au mois de mars. Sans aucune certitude. D’autant que sous la pression exercée par les autorités de l’aviation civile européenne et canadienne, Boeing se résout finalement à recommander une formation des pilotes sur simulateur. Un entraînement – qui aurait pu contribuer à éviter les deux crashs – coûteux et susceptible de retarder davantage le redécollage du 737 Max. Car à l’heure actuelle, il n’existe que 34 simulateurs dédiés à cet appareil dans le monde. 34 simulateurs pour former les équipages des quelque 800 avion 737 max déjà commercialisés…

Un malheur n’arrivant jamais seul, on apprenait mercredi dernier le crash d’un Boeing 737-800 de la compagnie Ukraine International Airlines après son décollage de Téhéran. Faisant 176 victimes, principalement des Iraniens et des Canadiens. Un crash survenu peu de temps après les tirs de missiles iraniens sur des bases irakiennes utilisées par des militaires américains.L’autorité iranienne de l’aviation civile avait d’ailleurs indiqué dans un premier temps qu’elle ne remettrait pas les deux boîtes noires aux Américains. On comprend mieux pourquoi depuis que l’on appris que l’avion à été abattu « par erreur » par un tir de DCA iranien. Un mensonge d’état qui, même avoué, ne passe pas. La rue gronde à Téhéran, et l’occasion était trop belle pour Donald Trump qui n’a pas manqué d’apporter son soutien au peuple iranien sur Twitter…

Harold Nottet (avec AFP)

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