Faux viols à l’UCLouvain : l’auteur de la fiction choc explique sa démarche

Pendant une semaine, les étudiants de Louvain-la-Neuve ont été tenu en haleine par le récit de Sarah, qui racontait comment un gang de violeurs sévissait dans la ville. Tout était faux. Mais le récit visait à "sensibiliser les jeunes" d'après Louis Escouflaire, son auteur.

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« Voilà comment j’ai été contrainte de changer de kot après trois mois d’enfer. » C’est ainsi que Sarah débute son récit le 31 décembre sur la page Facebook UConfessions, un forum sur lequel sont publiés anonymement des anecdotes, blagues et états d’âmes des étudiants de l’UCLouvain. Avec un nouveau chapitre publié chaque jour (sept en tout), l’étudiante raconte comment elle a découvert que l’un de ses co-koteurs était membre d’un gang de violeurs qui se faisaient passer pour des gardes de sécurité et droguaient des filles en soirée avec du GHB pour les violer. Suspens, retournement de situations, cliffhangers… Près de 100.000 personnes ont suivi les déboires de Sarah en ligne jusqu’au 6 janvier, captivés par cette histoire qui a tout d’un thriller policier. Et pour cause : c’est en réalité une fiction.

Son auteur, un… étudiant en linguistique, a révélé la supercherie. « Je ne viens pas d’arriver à Louvain-la-Neuve, je ne m’appelle pas Sarah, je ne suis pas une fille. L’histoire que je vous ai racontée n’est pas une histoire vraie, même si elle se passe à Louvain et que beaucoup de détails la rendent réaliste. Mais cela ne veut pas dire que tout ce que j’ai raconté est faux« , écrit-il dans un post explicatif. Le jeune homme explique s’être notamment inspiré du viol – réel – d’une étudiante de l’ULB par un faux taxi Collecto à Bruxelles pour rédiger son récit, dont l’objectif est de sensibiliser les étudiantes. Dans les commentaires, la plupart des étudiants applaudissent le travail de sensibilisation, louent le style d’écriture de l’auteur et l’encouragent à écrire de vrais romans. Mais une minorité lui reproche au contraire une volonté de faire le « buzz » sur un sujet sensible. Nous l’avons interrogé pour savoir comme il vit tout ça… parallèlement à ses examens.

100.000, c’est plus de lecteurs que la plupart des auteurs belges peuvent espérer rassembler autour d’un ouvrage…

Louis Escouflaire : Je n’avais pas vu ça sous cet angle-là… C’est sûr que je suis très impressionné par rapport à l’ampleur que ça a pris, je ne m’y attendais pas du tout. Je suis content que ça ait pu toucher autant de monde parce que, du coup, la volonté de sensibilisation derrière l’histoire atteint plus de monde, même au-delà de la sphère estudiantine.

Pourquoi avoir choisi de publier votre histoire de cette façon ?

Je me suis dit qu’UConfessions était le canal idéal pour donner de la visibilité à mon histoire. J’ai choisi le format épisodique pour fidéliser le lecteur et j’ai utilisé un peu de humour et beaucoup de suspens pour le captiver. J’ai décidé de faire ça dans un temps limité où, à la fin, je révélerais que c’était une fiction. Le but était de jouer avec la frontière entre la réalité et la fiction pour interpeller mais aussi pour choquer. Les campagnes de sensibilisation les plus marquantes sont les plus choquantes. Après chaque publication, j’allais lire les commentaires et les réactions des gens pour voir ce qui avait plu ou pas et mieux rebondir dessus. Le blocus était le moment opportun de faire ça, quand les étudiants sont chez eux et ne sortent pas en soirée, je ne voulais pas non plus créer un climat de panique sur le campus… Mais j’ai finalement écourté mon histoire en sept chapitres eu lieu des huit prévus parce que des gens commençait tout de même à avoir peur et que ça prenait trop d’ampleur (des étudiants ont contacté l’université et la police locale, NDLR).

Les campagnes de sensibilisation les plus marquantes sont les plus choquantes.

Pourquoi avoir décidé d’écrire sur le viol ?

L’histoire du viol dans le taxi Collecto, je n’y ai pas prêté beaucoup d’attention dans un premier temps. Mais cet événement est arrivé en Belgique, à Bruxelles. Ça pourrait arriver à n’importe qui n’importe où, et les gens n’en ont pas forcément conscience. Il y a des monstres partout… J’ai reçu des dizaines de messages de personnes qui ont bien aimé l’histoire et qui m’ont dit qu’elles seraient plus vigilantes en soirée. Certaines internautes ne voient justement pas en quoi cette histoire peut les sensibiliser davantage qu’elles ne le sont déjà. Elles disent qu’il aurait été plus judicieux de sensibiliser les hommes à ne pas être des prédateurs sexuels… Je suis totalement d’accord avec ces commentaires. Le viol n’est pas du tout la faute des victimes, mais celle des violeurs, en général des hommes. C’est eux qui doivent être sensibilisés dès le plus jeune âge. Mais c’est difficile d’empêcher l’action des monstres. Et donc prévenir les filles et leur entourage que de telles personnes existent, ça pourrait permettre dans le futur que des crimes pareil ne soient plus commis. C’est ce que j’espère… Mais évidemment, les violeurs sont les premiers responsables.

Vous avez déjà publié un recueil de nouvelles en 2015, D’un Simple Regard (aux éditions Memory), est-ce que vous envisagez un avenir dans la littérature ?

J’écrivais beaucoup il y a quelques années, quand j’ai publié ce premier livre (après avoir remporté le premier prix de la Fondation Laure Nobels – NDLR). Mais, avec les études, je n’ai plus vraiment trouvé le temps de m’y consacrer. Je me suis dit qu’écrire les bouts d’une histoire une fois par jour sur une période déterminée pouvait être un bon moyen de s’exercer à nouveau. J’ai toujours aimé l’écriture et voir que mon style plaît, que ça a passionné beaucoup de lecteurs, ça fait plaisir. Est-ce que je pense à publier encore à l’avenir ? Je ne sais pas. On verra en fonction de l’inspiration !

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