Les zoos sensibilisent-ils vraiment au bien-être animal?

Le débat a été relancé suite à la décision d’Ixelles d’exclure les visites des parcs animaliers de la liste des sorties scolaires soutenues par la commune.

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La polémique n’a aucun sens, mais la question qu’elle soulève si. Depuis hier, la toile s’offusque d’une « interdiction » de la commune d’Ixelles des visites scolaires aux zoos. Or, il n’est pas question d’interdiction dans cette affaire, mais simplement d’un choix de la commune de ne plus inclure les dites visites dans les sorties scolaires soutenues pas Ixelles. En dehors de l’école, la commune rappelle que chacun est libre de se rendre dans un zoo si bon lui semble.

Pairi Daiza s’est sans surprise senti visé par la mesure et a immédiatement réagi, décrivant la décision de « consternante », et rappelant « le rôle très important que les parcs animaliers ont à jouer dans la sensibilisation du public à la préservation de la nature et aussi dans les actions concrètes que les parcs animaliers peuvent mener pour protéger et conserver les espèces ».

« On n’est pas obligé d’envoyer nos élèves là-bas »

Suite à l’ampleur des réactions et aux mails virulents reçus par le bourgmestre Christos Doulkeridis (certains allant même jusqu’à parler de « dictature »), ce dernier s’est exprimé dans une vidéo publiée sur son profil Facebook: « Pairi Daiza, que nous n’avons d’ailleurs jamais cité, a décidé de réagir de façon très violente. À les écouter, on devrait envoyer toutes nos écoles chez eux. Chacun peut y aller s’il le souhaite, je n’ai aucune volonté de leur faire la guerre, mais on n’est pas non plus obligé d’envoyer nos élèves là-bas. On a fait le choix de ne pas privilégier des activités où il y a des animaux sauvages en captivité. Cela répond à des objectifs de bien-être animal. On ne dit pas que ces centres ne se préoccupent pas de ce type d’objectif et qu’ils n’ont pas non plus un programme pédagogique, mais on n’est pas obligé d’y aller et on n’est pas obligé de soutenir ce type d’action. Et je ne comprends pas qu’on puisse en faire une polémique aussi ridicule. Il y a actuellement des choses bien plus graves sur le plan écologique et social », soulignant par ailleurs que la Belgique n’a « toujours pas de gouvernement ».

Si la commune d’Ixelles est effectivement dans son droit et ne mérite pas un tel acharnement pour une décision d’ailleurs discutée sans le moindre esclandre en septembre 2019 et remise sur la table par un journaliste hier matin, le débat « pour / contre les zoos » a bien été relancé… et mérite qu’on s’y attarde.

Aménagement et conservation

© Belga ImageUn ours polaire au zoo d’Anvers en 1977. © Belga Image

On peut tout d’abord se réjouir de l’évolution des zoos ces cinquante dernières années. En Europe, on a dit adieu aux sols en bétons et aux cages de trente mètres carré où agonisaient des animaux amaigris et malades. Les zoos sont de plus en plus attentifs au bien-être de leurs pensionnaires et plusieurs lois européennes (et belges) les y contraignent de toute façon. On peut par exemple citer la directive européenne relative à la détention d’animaux sauvages dans un environnement zoologique, dont le but est de protéger et de conserver la faune sauvage « en renforçant le rôle des jardins zoologiques dans la conservation de la biodiversité ». C’est d’ailleurs avec cet argument que se défendent souvent les parcs animaliers, Pairi Daiza le premier: « Pairi Daiza consacre des millions d’euros en faveur de la conservation de la Nature en Belgique et dans le monde. Il serait intéressant de savoir ce que fait Ixelles en ce sens », a déploré son porte-parole. Du côté de Gaia, l’association de défense des animaux la plus influente en Belgique, on nous précise que « la contribution des zoos à la biodiversité et, plus particulièrement, à la conservation d’espèces en voie de disparition, est extrêmement limitée ». L’asbl s’appuie ici sur une étude de l’Association américaine des zoos et des aquariums (Aaza, 2000) indiquant que, d’une manière générale, « les zoos ne dépensent que 0,1 % de leur budget opérationnel à la sauvegarde des espèces en voie de disparition ».

Éduquer

Les zoos rappellent également souvent leur rôle éducatif auprès du public. Dans le cas de Pairi Daiza, celui-ci propose plusieurs activités pédagogiques comme des stages pour enfants, des projets scolaires, le programme « soigneurs d’un jour » et les panneaux explicatifs devant chaque enclos. « L’efficacité des programmes éducatifs mérite d’être remise en question, explique Rafal Naczyk, porte-parole de Gaia. Les études le prouvent : leur impact sur la prise de conscience des visiteurs serait trop limité. Les zoos devraient enseigner l’empathie envers les autres, en considérant l’animal en tant qu’individu disposant de facultés cognitives et affectives qui témoignent de sa personnalité ». Plutôt que de visiter un zoo, l’association préconise de se rendre dans un des nombreux refuges présents en Belgique comme Animaux en Péril« là il y a vraiment moyen de faire de la conscientisation. Ce n’est pas le cas dans les zoos où les animaux sont exposés et retirés de leur contexte ».

© Belga ImageEn 2018, Pairi Daiza a accueilli 2 millions de visiteurs © Belga Image

Réinsertions ?

Enfin, certains parcs animaliers se targuent de réinsérer certaines espèces sauvages dans leur habitat naturel. C’est le cas de Pairi Daiza et sa Pairi Daiza Foundation qui indique sur son site vouloir « aller plus loin en rendant à la nature ce qu’elle nous a confié et ce, à travers des programmes de réintroduction ». Or, les études tendent à montrer que ces réintroductions sont rarement un succès. Sur son site, la Pairi Daiza Foundation ne donne d’ailleurs aucun chiffre ou données sur ces prétendues réinsertions et l’onglet de ses « rapports annuels et financiers » est étrangement vide. L’organisation indique tout de même la réinsertion en septembre 2015 d’un Vautour moine femelle près de Castellane, dans les Gorges du Verdon (Sud de la France). En 2020, nous ne savons pas ce qu’est devenu le rapace.

La nécessité de changer

Si le zoo a évolué ces cinquante dernières années, il devra donc continuer sa métamorphose .« S’ils veulent sauver des espèces, les zoos devront se transformer davantage en centres d’accueil. Et pourquoi pas en sanctuaires pour des animaux sauvages rescapés de cirques, de zoos insalubres ou saisis légalement auprès de particuliers ? Face à la disparition accélérée des espèces et de leurs habitats, il devient urgent de changer de modèle. Et de passer, enfin, de l’exposition à l’observation », indique encore Rafal Naczyk.

Certains parcs ont déjà entamé cette transformation. Au Danemark, le zoo de Givskud a mis en place un projet baptisé Zootopia. Le but est de supprimer tous types de cages et de murs pour offrir aux visiteurs une expérience immersive. En Espagne, un projet d’envergure internationale et baptisé ZOO XXI prévoit de reconvertir les parcs zoologiques en refuge pour animaux blessés, victimes d’exploitation ou abandonnés. Le projet mise par ailleurs sur les avancées de la réalité virtuelle pour confronter le visiteur à l’animal, sans que celui-ci soit enfermé et privé de son habitat naturel. La solution ne serait donc pas de supprimer les zoos, véritables lieux de rencontre entre l’être humain et l’animal, mais bien de les transformer en profondeur pour éviter au maximum la captivité de bêtes sauvages. Et que les petits écoliers ixellois se rassurent, une multitude d’activités les attendent comme des visites de fermes pédagogiques ou encore de zones naturelles, comme l’a promis leur bourgmestre. 

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