Attaque américaine à Bagdad : une déclaration de guerre à l’Iran?

Le puissant général iranien Qassem Soleimani est mort ce vendredi 3 janvier à Bagdad dans un raid américain déclenché sur ordre de Donald Trump. L'Iran et ses Gardiens de la Révolution appellent à la vengeance. Le point sur les forces en présence.

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La réplique ne s’est pas faite attendre. Trois jours seulement après l’assaut contre l’ambassade des Etats-Unis par des milices pro-iraniennes à Bagdad, Donald Trump a ordonné une frappe aérienne sur une base militaire de l’aéroport de la capitale irakienne. L’attaque a fait mouche, tuant le général iranien Qassem Soleimani, ainsi que son lieutenant irakien depuis des décennies, Abou Mehdi al-Mouhandis. L’AFP n’y va pas par quatre chemins et écrit que l’opération menée par Washington « a décapité la chaîne de commandement des forces pro-Iran en Irak: le premier était le chef de la force Al-Qods des Gardiens de la Révolution, spécifiquement en charge des affaires irakiennes. Quant au second, il était le véritable patron du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires désormais intégrée à l’Etat irakien.« 

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Qassem Soleimani – © Belga Images

Les Gardiens de la Révolution (GRI) – également appelé Pasdaran – sont une organisation paramilitaire dépendant directement du Guide suprême de la révolution, le chef de l’Etat iranien, l’ayattolah Ali Khamenei. Quand l’armée régulière s’occupe de la défense des frontières et du maintien de l’ordre dans le pays, les GRI sont chargés de protéger le système de la République islamique. 125.000 hommes composent ses rangs, répartis entre une armée de terre, de l’air et une marine. Ils possèdent aussi leurs propres espions. La création de ce corps militaire remonte à 1979, quand l’ayatollah Khomeyni redoutait un coup d’Etat de l’armée et a décidé d’établir une force de contre-pouvoir en Iran. Depuis que le Premier ministre iranien, Hassan Rohani a pris la succession de Mahmoud Ahmadinejad en 2013, la puissance des GRI a décliné au sein des frontières iraniennes. Ils détiendraient toutefois 20 à 40% de l’économie du pays (via les aéroports, les télécoms, le secteur pétrolier ou les industries agro-alimentaires et pharmaceutiques) et restent très influents dans le monde arabe en général, et surtout en Syrie, au Liban et donc en Irak. Les Etats-Unis les ont placés l’an dernier sur leur liste noire des organisations terroristes étrangères… La force Al-Qods, dont Qassem Soleimani était le commandant, est une unité d’élite des GRI spécialisée dans le renseignement et en charge des opérations extérieures.

Les Hachd al-Chaabi regroupent quant à elles 60 à 70 milices, en majorité chiites et formées en 2014 en réponse à la menace de l’Etat islamique. Fin 2017, leurs effectifs ont été recensés à 110.000 combattants. Des brigades majoritairement financées et armées par l’Iran. Accusées de nombreux crimes de guerre au cours des dernières années, les Hachd al-Chaabi aspirent à jouer un rôle politique en Irak depuis la défaite de Daesh en 2018. Le président des milices, Faleh al-Fayadh, est conseiller à la sécurité nationale, mais c’était bien le numéro 2, Abou Mehdi al-Mouhandis, plus proche de l’Iran, qui était leur véritable homme fort selon l’AFP.

Déclaration de guerre ?

Intime du guide suprême de l’Iran Ali Khamenei, le général Soleimani, était « vu par certains comme un futur leader potentiel de l’Iran » a précisé le New-York Times. Selon le gouvernement américain, il « préparait activement des plans pour attaquer des diplomates et des militaires américains en Irak et dans la région« . Le Pentagone a également accusé le militaire iranien d’avoir “orchestré les attaques contre les bases de la coalition en Irak ces derniers mois” ainsi que l’assaut de cette semaine contre l’ambassade des États-Unis à Bagdad.

Pour Hillary Mann Leverett, ancienne responsable de la sécurité nationale à la Maison-Blanche, interrogée par Al-Jazira, le meurtre du général Soleimani est une “déclaration de guerre” faite à l’Iran. “Les Américains de toute la région doivent être sur leurs gardes. Nous sommes maintenant dans une situation incroyablement dangereuse. Tuer Soleimani, cela équivaut à assassiner le ministre américain de la Défense ”, a-t-elle estimé. Le guide suprême iranien a menacé de « venger » la mort de Soleimani et décrété un deuil national de trois jours. « Le martyr est la récompense de son inlassable travail durant toutes ces années […]. Si Dieu le veut, son œuvre et son chemin ne s’arrêteront pas là, et une vengeance implacable attend les criminels qui ont empli leurs mains de son sang et de celui des autres martyrs« , a publié l’ayatollah Khamenei sur son compte Twitter. Sur le réseau social, tandis que Donald Trump a fièrement épinglé le drapeau américain sur son compte officiel, le #WWIII (Troisème Guerre Mondiale) est devenu numéro 1 des tendances…

Le gouvernement US, qui envisage le déploiement de 4000 soldats supplémentaires dans la région (ils sont 5200 actellement), a appelé tous ses ressortissants à quitter l’Irak « immédiatement« . Le ministère néerlandais des Affaires étrangères a également invité ses ressortissants à quitter Bagdad s’ils peuvent le faire dans de bonnes conditions de sécurité. Les Affaires étrangères belges ont de leur côté fait savoir vendredi qu’elles opéraient un suivi de la situation.

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