L’Australie victime du réchauffement climatique et dirigée par un climatosceptique

Depuis septembre, le pays est en proie aux flammes. Incapable de faire face, le Premier ministre Scott Morrison a longtemps semblé ne pas s'en préoccuper. Aujourd'hui, il est confronté à la colère de ses citoyens.

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Vous avez l’impression que l’on parle des incendies australiens depuis des mois ? Vous avez raison. Les flammes ravagent le pays depuis septembre, mais on n’en a jamais autant parlé que ces derniers jours. Et les mauvaises nouvelles pleuvent. La chaleur devient suffocante, l’équivalent de la Belgique est parti en fumée, certaines zones sont inaccessibles pour les secours, les problèmes respiratoires ont doublé, 17 personnes ont perdu la vie, 500 millions d’animaux ont été brûlés vifs ou intoxiqués, des émanations gigantesques de fumée atteignent aujourd’hui la Nouvelle-Zélande… À chaque jour son lot de désolation.

Mais Scott Morrison, l’homme le plus important du pays, reste calme. Cela pourrait être considéré comme une qualité sauf que le Premier ministre donne surtout l’impression de ne pas mesurer l’urgence de la situation. Juste avant les fêtes, alors que la crise des feux de brousse commençait à s’éterniser, il a décidé de partir en vacances à Hawaii. La COP 25, où il a confirmé son climatoscepticisme, l’avait probablement fatigué mais c’est sur ses enfants qu’il a transféré la faute lorsque la pression est devenue trop forte. « Ils voulaient que je sois là pour les fêtes de fin d’année. »

©Belga

« You’re not welcome »

Son retour en catastrophe n’a pas calmé les Australiens, au contraire. Il faut dire que Morrison ne transige pas. Il a affirmé sa volonté de continuer à miser sa production d’énergie sur le charbon, le combustible le plus polluant, et de loin. Un soutien qui a choqué en Australie, alors que les pompiers, quand ils ne risquent pas leur vie à éteindre des flammes flirtant avec le ciel, se joignent aux scientifiques pour lier ces incendies au réchauffement climatique. Des dérèglements qui favorisent notamment la propagation des feux. Les Australiens semblent perdre patience face à l’inertie du gouvernement de Morrison. Ce mercredi, il partait pour le canton de Cobargo, à la rencontre de résidents touchés par les incendies. Et son meet-and-greet a fait long feu, puisqu’il a décidé de quitter les lieux après avoir fait connaissance avec la colère de citoyens outrés par sa politique. « You’re not welcome ! » a notamment crié une habitante. « Certains leaders politiques trouvent leur autorité naturelle en temps de crise. Pas Morrison » a taclé Katharine Murphy, éditorialiste pour Guardian Australia.

Morrison n’est pas le seul chef d’Etat d’un pays en proie aux flammes, aux tempêtes ou aux inondations à négliger la situation. On pense évidemment à Donald Trump, qui continue à défier les scientifiques (et Greta Thunberg) malgré les feux qui ont ravagé la Californie en automne. Ses premiers jours en tant que président furent marqués par la sortie des Accords de Paris. Depuis, le président enchaîne les fausses vérités et prouve à chaque tweet à propos du climat son ignorance sur le sujet.

Il a été rejoint dans son combat contre la science par Jair Bolsonaro, le président brésilien qui a décidé d’annuler la COP prévue dans son pays avant de, lui aussi, s’amuser à dénouer les liens entre les incendies qui ont ravagé l’Amazonie et les changements climatiques. La forêt amazonienne pour laquelle il a de grands projets, à base de barrages et d’autoroutes…

Moins connu, mais tout aussi radical, le président philippin Rodrigo Duterte remet lui aussi régulièrement en question les conclusions des scientifiques. Pourtant, les catastrophes naturelles ont déjà poussé un habitant sur cinq à quitter le pays, et cela devrait s’aggraver.

L’argent pour faire réfléchir

L’ONG britannique Christian Aid a identifié en 2019 une quinzaine de catastrophes naturelles imputables au réchauffement climatique, et dont on évalue le coût des destructions à plus d’un milliard de dollars chacune. Pour sept d’entre elles, il dépasserait même les 10 milliards. Parmi ces catastrophes, les inondations dans le nord de l’Inde, le typhon Lekima en Chine, l’ouragan Dorian en Amérique du Nord, le typhon Hagibis en octobre au Japon et les feux de forêt en Californie. On pense également au cyclone Idai qui a dévasté une partie du Mozambique en mars. « Des phénomènes météo extrêmes, alimentés par le changement climatique, ont frappé tous les continents peuplés en 2019, entraînant la mort ou déplaçant des millions de personnes, et causant des milliards de dollars de dégâts » explique le rapport.

Un moyen relativement cynique d’objectiver les conséquences du réchauffement climatique. Mais la lutte pour l’environnement étant encore souvent perçue comme un frein à l’économie, c’est probablement celui qui parlera le plus aux dirigeants qui préfèrent nier l’indéniable.

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