Mais pourquoi c’est toujours à Noël qu’on se dispute?

Fête de famille par excellence, Noël peut vite devenir un véritable cauchemar quand les convives décident de régler leurs comptes. Et cette année, ça se passe comment chez vous?

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Maudites fêtes de Noël. Parce que, comme chaque année, une fois tous les convives installés autour de la dinde aux marrons un peu sèche, tonton Michel et papy Gérard sauteront sur la première occasion pour s’étriper… Il y a aussi les vannes bien senties que votre cousine Melissa, que vous détestez depuis l’enfance, réserve pour les grandes occasions. “T’as retrouvé du boulot ou t’es toujours au chômage?”, “T’aurais pu t’habiller un peu mieux, on a tous fait un effort”. Sans parler des habituelles bourdes de la nouvelle femme de cousin Henri, “Qu’est-ce que tu deviens, comme on ne te vois jamais…”, “Et Pierre, il ne vient pas? Ah oui, pardon, j’avais oublié…”.

Qui pense repas de famille qui foire pense automatiquement Festen. Souvenez-vous de ce célèbre film danois des années 90. Au cours d’un grand banquet organisé pour l’anniversaire d’un bon père de famille, le fils aîné révèle devant tous les invités éberlués que, durant son enfance, son père abusait de lui et de sa sœur, suicidée depuis… Bien sûr, on ne joue pas le remake de Festen dans toutes les familles et à chaque réveillon. Mais il suffit de tendre l’oreille pour comprendre pourquoi certains seraient quand même tentés de bouter discrètement le feu au sapin pour écourter le repas. “Chaque année, c’est la même histoire, se désole Katie. Ma sœur va me rappeler qu’elle a un fils surdoué, mon oncle et mon frère s’affronter parce qu’ils n’ont pas les mêmes opinions politiques, mon père réclamera certainement l’argent qu’il a prêté à mon oncle il y a des années et ma mère va reprocher à mon père de passer trop de temps au travail alors qu’il pourrait prendre une retraite anticipée! J’en passe et des meilleures!

Papy pète les plombs

Pascal, de Braine-l’Alleud, se souvient d’un réveillon avec sa belle-famille qui s’est terminé en bagarre sur le trottoir. “Ma belle-sœur, qui venait de se séparer de son conjoint, nous invite à Noël, moi et mon épouse, ainsi que son père, un bon vivant qui buvait autant de vin qu’il en vendait, puisque tel était son boulot. Après avoir sermonné ma belle-sœur sur sa séparation: “ça ne se fait pas…”, le papy s’est levé et a pris la porte. Il y a eu un grand bruit dans les escaliers puis des cris. On l’a découvert couché sur le dos, beuglant contre un type qui menaçait de l’achever à coups de poing et auquel il envoyait de la pierraille à la figure. Ma belle-sœur, elle, était en larmes. Plus tard, nous avons appris que mon beau-père avait croisé le voisin du dessous qui fumait tranquillement une cigarette à travers sa fenêtre ouverte. Et lui avait mis son poing dans la figure. Sans aucune raison. »

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On invite qui ?

Comme quoi Noël, parfois, ça fiche les boules ! Mais pourquoi est-ce toujours à cette époque très précise de l’année qu’on règle ses comptes ? Pourquoi certaines tensions (res) surgissent-elles alors que tout le monde est théoriquement présent pour se retrouver dans la joie et la bonne humeur ? Pour Marie-Thérèse Casman, sociologue de la famille à l’ULg, ces clashs saisonniers s’expliquent en partie par le fait que nous envisageons nos relations familiales de façon très différente qu’auparavant. Notamment parce que nous faisons de plus en plus partie de familles recomposées. Et que cette nouvelle configuration peut générer chez nous un certain stress. “La famille en tant que telle a changé, rappelle la scientifique. Elle s’est transformée en “les” familles. Dans le cas de ces familles recomposées, de nombreuses questions se posent: on invite qui? On passe le réveillon avec papa ou avec maman? Il y a aussi les jeunes qui vivent ensemble et doivent décider chez quels parents ils vont. Certains choisissent de se partager, d’autres d’aller une année chez l’un et l’année suivante dans la famille de l’autre, ou encore de passer le réveillon d’un côté et le jour de Noël de l’autre.” Un marathon festif dont certains sortent psychologiquement lessivés! D’autres angoissent avant même d’avoir lancé les invitations. Chaque année, à l’approche des fêtes de famille, le psychothérapeute Peter Cogen reçoit des patients venus spécialement se préparer à cette épreuve. “Ce qui leur cause un tel stress ? Tout ! Le repas, les cadeaux… Du motif le plus futile au plus profond. Souvent, il s’agit de parents ou de grands-parents qui organisent le repas. Ils viennent me voir parce qu’ils savent que ça va encore mal se passer. Ils cherchent des conseils pour éviter les disputes entre leurs enfants.

Mais, au final, est-ce si grave, un Noël qui part en vrille ? “Ça peut l’être si un véritable traumatisme est à l’origine de la dispute. Certaines histoires de famille sont vraiment très pénibles, poursuit Peter Cogen. Mais de manière générale, rien ne nous oblige à être gentils parce qu’on est réunis autour des croquettes. Je conseillerais peut-être juste de crever l’abcès avant le repas, afin d’évacuer le problème et de profiter de la soirée.” “De toute façon, conclut MarieThérèse Casman, même si la soirée a été épouvantable, la plupart des gens sont prêts à revenir l’année suivante.” Quitte à s’étriper à nouveau. C’est sans doute cela qu’on appelle la magie de Noël.

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