Couper Internet, l’arme ultime des gouvernements autoritaires en 2019

À travers le monde, les coupures d'Internet organisées par les gouvernements sont de plus en plus fréquentes. Une atteinte à la liberté d’expression et de la presse très inquiétante.

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« Vous n’êtes pas connecté à Internet ». Le message s’est affiché sur les téléphones et ordinateurs de millions de manifestants et habitants d’Iran, du Venezuela, d’Irak, de Turquie ou encore d’Hong Kong au cours des trois derniers mois. Accès aux réseaux sociaux supprimés, Internet couché : c’est la stratégie 2.0 utilisée par les gouvernements de ces pays pour mater les rébellions qui couvent, ou simplement empêcher des informations de quitter le territoire. Mais elle viole par la même occasion l’article 19, paragraphe 3 de la Convention internationale des Droits civils et politiques des Nations unies, qui indique justement que l’accès à Internet doit être assuré par les États en tous temps, y compris ceux de dissensions politiques.

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Qu’importe. Depuis que l’’Égypte a suspendu toutes les connexions durant une semaine en 2011 afin d’empêcher les manifestants de communiquer durant la révolution, la technique a gagné en « popularité » auprès des gouvernements autoritaires, et le nombre de « shutdowns » a dramatiquement augmenté. À tel point qu’en 2018, ce sont pas moins de 196 coupures qui ont eu lieu à travers le monde, d’après Access Now, une organisation qui défend les droits numériques des populations à risque. Mais 2019 devrait marquer l’année la plus noire, avec 114 épisodes rien que pour les six premiers mois de l’année.

Le black-out indien

Dernière interruption en date ce 12 décembre : la région d’Assam, au nord-est de l’Inde, a été privée plusieurs jours d’affilée de connexion, à la fois sur les réseaux mobiles et filaires, en plus de se voir imposer un couvre-feu. Une information confirmée par le site de surveillance NetBlocks, qui traque ces évènements. En amont de cette coupure, des images de dizaines de milliers d’Indiens descendant dans les rues pour protester contre une nouvelle loi, qui rendrait plus facile les conditions d’accès à la citoyenneté indienne pour les immigrants, mais est discriminante pour les musulmans du pays. Pour de nombreux Indiens, et plus particulièrement la minorité de musulmans, il s’agit d’une stratégie pour retirer peu à peu leurs droits à ces derniers. Et à Assam, où les protestations ont donné lieu à des épisodes de violence avec la police, les autorités ont choisi de couper l’accès à Internet, laissant la région dans un black-out communicationnel.

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Pour le gouvernement, qui avait reconnu la manœuvre en août dernier au Kashmir, il s’agit d’apaiser les esprits et d’éviter la propagation de fausses informations sur les réseaux sociaux. Depuis 2018, des rumeurs de kidnappings d’enfants, propagées notamment via la messagerie en ligne WhatsApp, avaient donné lieu à plusieurs lynchages. Ce type d’actions menace néanmoins grandement la liberté d’expression des Indiens, en plus de leur couper parfois les vivres : au Kashmir, de nombreux artisans sont dépendants d’Internet pour vendre leurs marchandises. Qui plus est, selon une étude de l’Université de Stanford relayée par le New York Times, le manque d’information créé par ces coupures encourage davantage la violence qu’elle ne l’enraye. C’est également une grave atteinte à la liberté de la presse, souvent privée elle aussi de sa couverture médiatique des évènements, au moment-même où interviennent des décisions importantes.

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La riposte des parapluies

Même si les « shutdowns » ne sont pas généralisés à tout le pays, l’Inde est sans conteste devenue la championne du sujet, suivie directement par le Pakistan. Mais le phénomène s’étend également aux pays subsahariens, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. En novembre 2019, c’est l’Iran et le Venezuela qui se sont vu privés d’Internet ou de réseaux sociaux. Le premier après l’annonce d’une hausse du prix de l’essence d’au moins 50% et le second le matin d’une manifestation planifiée pour la tenue de nouvelles élections. L’Irak et la Turquie ont quant à eux été touchés en octobre. Les coupures sont le plus souvent le fait de demandes explicites du gouvernement auprès des fournisseurs d’Internet et de télécoms. 

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Mais à Hong Kong, quand les autorités ont menacé de couper les accès à la population dans l’espoir de faire taire la vindicte des manifestants pro-démocratie, les « parapluies » ont immédiatement déployé leur défense : une technologie appelée « réseau en maillage », qui permet de communiquer de proche en proche via Bluetooth. L’application Bridgefy, qui utilise cette technique, a été téléchargée plus de 60 000 fois en sept jours, suite à la menace du gouvernement. Il en faudra encore manifestement beaucoup pour faire taire Hong Kong.

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