Il y a 75 ans, ce mortel hiver en Ardennes…

Le 16 décembre 1944, Hitler surprend les Alliés dans le sud de la Belgique. Un mois plus tard, les derniers soldats allemands battent en retraite. Dans la région, on se souvient...

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Celui qui ne connaît pas suffisamment son histoire n’a pas assez de clés pour envisager l’avenir. » Pour Mathieu Billa, historien et depuis 2004 directeur du Bastogne War Museum, les commémorations du 75e anniversaire de la Bataille des Ardennes sont autant d’évocations qui sonnent comme des garanties de paix. Il en est convaincu : « La Seconde Guerre mondiale est le conflit qui a fait le plus de victimes dans notre histoire. On parle de 50 à 60 millions de morts. Il a généré le génocide des Juifs et aussi des homosexuels, des handicapés, des Tziganes. Vingt millions de Soviétiques sont morts pendant ce conflit, des millions de Chinois aussi dans la guerre du Pacifique. Sachant qu’on assiste à la résurgence de certains extrémismes, les commémorations et le tourisme de mémoire sont importants.

L’historien fait aussi remarquer que durant cet hiver 44 et 45, époque où Adolf Hitler, humilié par le débarquement des Alliés en Normandie, espère reprendre la main en traversant la Meuse pour foncer sur Anvers, plus d’un million d’hommes se sont battus en Ardenne. Hitler ne traversera pas la Meuse. Mais toutes les familles, à La Roche, à Saint-Vith, à La Gleize, à Stoumont, à Manhay, connaissent quelqu’un qui a souffert de cette Bataille des Ardennes. Bastogne, endroit stratégique s’il en est, où 18.000 GI américains ont été encerclés jusqu’au 26 janvier 45, a frappé les mémoires, notamment celle des Américains, principaux arpenteurs de lieux ardennais, où beaucoup de leurs pères, oncles ou cousins sont tombés ou en sont revenus traumatisés.

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Bastogne War Museum – © Belga Images

Les “enfants de” ou “neveux de” débarquent en Ardenne et veulent savoir. Bastogne est devenu mondialement célèbre. Au Bastogne War Museum, on peut découvrir la complexité du conflit en suivant le parcours de quatre personnages: Hans, lieutenant allemand de 26 ans, Mathilde, institutrice, Émile, 13 ans, qui ne se sépare jamais de son accordéon, Robert Kean, caporal américain au sein de la 101e division aéroportée. Même si des documents et bornes interactives aident beaucoup à la compréhension, le plus touchant reste cette attention apportée aux civils, à des individus qui se confient, racontent leur guerre, leurs peurs. Passer par là, c’est “savoir et comprendre pour oser se projeter dans l’avenir” dit Mathieu Billa.

Après ce premier week-end de commémoration à Bastogne, voici d’autres pistes pour se souvenir : une allée de cimetière militaire, découvrir une stèle au milieu d’un champ ou d’une forêt, là, tant de jeunes ont dû abandonner leurs rêves…

Mémorial du Mardasson

Érigé dès 1950 sur la colline du Mardasson, à proximité de l’actuel Bastogne War Museum, ce monument en forme d’étoile rend hommage aux soldats américains morts au combat. Au sommet, la terrasse offre une vue panoramique sur les champs de bataille. La crypte est décorée de mosaïques signées par le grand artiste cubiste Fernand Léger.

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Commémoration au Mémorial du Mardasson – © Belga Images

Band Of Brothers au Bois Jacques

Pour s’abriter de la violence des combats et des tirs ennemis, les paras américains ont creusé ce qu’ils ont appelé des “fox holes”, c’est-à-dire des trous de renard. Ces trous sont creusés à même le sol et coûtent une énergie folle aux hommes… Ces “fox holes” sont évoqués dans la célèbre série Band Of Brothers (“Frères d’armes”) créée par Tom Hanks et Steven Spielberg. Le site du Bois Jacques est très visité par les Américains et par les fans de cette fiction. Même si la scène n’a pas été tournée sur les lieux! 

Les cimetières de la Bataille…

Nombreux sont les cimetières où sont inhumés les soldats tombés dans l’avancée vers l’Allemagne ou durant la Bataille des Ardennes. Un des plus impressionnants: le cimetière américain d’Henri-Chapelle (près d’Aubel). 7.992 Américains y sont inhumés. Des croix de marbre blanc forment un arc devant un archange de bronze offrant une branche de lauriers aux morts. La vue sur le pays de Herve et la vallée de la Berwinne y est exceptionnelle. Et apaisante. D’autres cimetières militaires, comme celui de Neuville-en-Condroz (5.329 soldats) valent aussi le détour. À Recogne, près de Bastogne, ce sont 6.807 combattants allemands qui y reposent. Le plus jeune avait à peine 17 ans. Le plus âgé, 52 ans.

On en parle peu et l’histoire les a lâchement oubliés, mais des centaines de “natives” – Indiens d’Amérique – ont participé à la Bataille des Ardennes en l’hiver 44-45. Beaucoup y ont trouvé la mort. À Recogne, non loin de la Ferme aux bisons, une stèle – Le Monument aux Indiens – leur rend hommage. Ces soldats étaient généralement spécialisés dans la transmission des messages codés. 

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Cimetière américain d’Henri-Chapelle – © Belga Images

Pour repérer ces lieux et d’autres, souvent situés dans un environnement invitant à la balade, télécharger gratuitement la carte “1944-1945 – La Bataille des Ardennes” sur www.walloniebelgiquetourisme.be

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