« Interdire aux enfants l’accès à certains films, c’est d’abord pour les protéger »

Les films "interdits aux moins de 16 ans", c'est fini à partir de ce mercredi! À la place, les autorités ont importé des Pays-Bas un tout nouveau système de recommandations de contenus : Cinecheck. Une bonne idée?

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Cet article a été publié le 10 décembre 2019 et mis à jour le 8 janvier 2020.

À partir de ce 8 janvier 2020, une nouvelle classification s’appliquera pour tous les films projetés au cinéma en Belgique – en dehors des projections de festivals. Les différentes entités fédérées du pays se sont mises d’accord pour adopter le système de classification hollandais Kijkwijzer, décliné sous le nom Cinecheck en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Ce système de classification comprend 6 pictogrammes de contenu (violence, angoisse, sexe, discrimination, abus de drogues/alcool, langage grossier) et 7 catégories d’âges (tout public, 6, 9, 12, 14, 16 et 18 ans), le but étant de guider parents et enfants dans le choix d’un film approprié à l’âge et la sensibilité de chacun lors d’une sortie cinéma. Il ne s’agit donc plus d’un système de contrôle refusant aux mineurs l’accès aux salles de cinéma pour certains films. Jusqu’à présent et depuis le 1er septembre… 1920, les films étaient classés enfants non-admis (interdits aux moins de 16 ans) ou enfants admis. Ce système de contrôle – presque centenaire – était jugé obsolète depuis de nombreuses années, inadapté aux évolutions technologiques et impraticable (en raison de l’achat de billets sur internet et via des bornes automatiques, notamment).

« Au lieu d’une interdiction simple, cette nouvelle classification invite à l’échange et au dialogue face aux films proposés » a réagi Bénédicte Linard, Ministre de la Culture de la FWB. « En effet, les films nous ouvrent au monde mais peuvent aussi éveiller des questionnements dont il est important de parler. L’éducation aux médias est essentielle. Elle doit accompagner les enfants et les jeunes tout au long de leur parcours et les armer pour mieux décoder les films et le monde qui les entoure. Cette classification en fait partie.« 

Concrètement, les distributeur doivent répondre à un questionnaire sur le contenu de leur film. En fonction des réponses introduites, un logiciel attribue automatiquement au film une catégorie d’âge et, éventuellement, une ou plusieurs catégories de contenu. Distributeurs et exploitants communiquent alors les pictogrammes sur tout support de promotion. Cette classification peut éventuellement faire l’objet d’une plainte motivée de la part des citoyens qui l’estiment erronée.

Banalisation de la violence

Avant de juger, il faudra laisser à ce nouveau système le temps de faire ses preuves, et voir si ce « logiciel automatique » sera suffisament fiable. En attendant, on peut tout de même de demander si, pour certains types de contenus, bannir l’interdiction est réellement une bonne idée. « À l’origine, l’interdiction a une fonction de prévention. Quand on interdit un contenu à caractère violent ou à caractère sexuel, c’est d’abord dans le but de protéger« , rappelle Maurice Johnson-Kanyonga, psychologue et expert en éducation. « La recommandation, c’est un peu dans l’air du temps. Aujourd’hui, on fonctionne beaucoup de ce principe. Il y a certainement une volonté de faire preuve de modernité mais je pense qu’il faut rester attentif aux contenus. L’interdiction n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Et le fait qu’un système soit vieux ne signifie pas forcément qu’il est archaïque et qu’il faut le jeter à la poubelle.« 

Il ne faut pas non plus être naïf. Aujourd’hui, n’importe quel jeune est potentiellement exposé ou peut accéder à des contenus violents ou à caractère sexuels sur internet (30% des enfants de 13 ans ont déjà visionné de la pornographie en ligne). Interdire l’accès à une salle peut effectivement paraître dépassé. Et pourtant : « On considère généralement qu’en dessous de 16 ans, un jeune est conscient que la violence qu’il voit au cinéma est de la fiction. Il le sait, mais il n’a pas le bagage ni la maturité suffisante pour prendre du recul par rapport à ça« , poursuit notre expert. « Et donc, d’une manière ou d’une autre, il est impacté par ce contenu. Souvent, la violence est banalisée dans les films et le premier danger est que le jeune intègre cette banalisation. En dessous de 16 ans, le risque reste important.« 

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