« Entre petites brasseries, on a souvent cette idée qu’on est les David contre les Goliath de la bière »

Après des années de monopole, la scène brassicole européenne signe son grand retour, plus diversifiée que jamais. Parmi les nouveaux acteurs, un grand nombre de brasseries indépendantes.

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On l’imagine prêt à se servir une belle mousse, le sourire aux lèvres, à l’heure d’écrire ces quelques mots : « C’est fantastique de pouvoir annoncer la 10 000ème brasserie de l’Union européenne ! », se réjouit Pierre-Olivier Bergeron, le secrétaire général des Brasseurs d’Europe, dans la toute dernière étude sortie par l’association. C’est que le rapport annuel qu’il introduit est particulièrement réjouissant, si l’on en croit l’organisation internationale : après des années de déroute et alors même que le secteur semblait définitivement aux mains de multinationales plus intéressées par la quantité que la qualité, le monde du houblon opère un virage radical. En cette fin de décennie, les petits acteurs indépendant se multiplient et se diversifient, répondant notamment à la demande d’un public exigeant.

Le nouveau règne du micro

« Bon nombre sont des PME et des microbrasseries, et nous sommes vraiment stimulés par leur rôle dans la diversification et l’amélioration du secteur », peut-on lire dans le rapport 2019 de Brewers of Europe, un consortium d’associations de 29 pays européens. « À travers toute l’Europe, les volumes de production de bière ont à nouveau grimpé, dépassant la barre des 400 millions d’hectolitres pour la première fois en dix ans. Nous avions déjà annoncé que le secteur de la bière avait rebondi après la crise économique, mais ce que nous pouvons désormais dire, c’est qu’elle en est revenue différente et meilleure que jamais ».

>> Micro-brasseries : une bulle prête à exploser ?

Dans le brouhaha d’une ouverture imminente, François Simon complète : « En Belgique, on perçoit enfin ce qui s’est déjà produit il y a quelques années dans d’autres pays, comme l’Italie ou l’Angleterre », à savoir l’ouverture d’une multitude de microbrasseries indépendantes et artisanales, qui viennent chambouler le marché. Ce brasseur de 29 ans a commercialisé sa première bière avec deux amis en 2017. Près de trois ans plus tard, la brasserie de l’Ermitage s’apprête à ouvrir un bar, en addition de leur « taproom » — l’espace de dégustation dont ils disposent déjà en plein centre-ville, juste à côté de leurs cuves. À la pompe, une quinzaine de bières du monde entier, qui viennent démontrer la diversité et la vigueur de la scène artisanale. « On a longtemps subi le poids des traditions de la bière belge. À Bruxelles, il y avait déjà les résistants comme Cantillon ou les précurseurs de la Brasserie de la Senne, mais on voit de plus en plus de projets débarquer, y compris dans des plus petites villes. Il y a cinq ans, on n’en était pas du tout là. Mais aujourd’hui, même les bars généralistes qui n’ont jamais été intéressés par les bières artisanales se mettent à en commander, avec la pression des consommateurs ».


Nassim et François, deux des trois fondateurs de la brasserie de l’Ermitage.

Les nouveaux chiffres révèlent ainsi qu’en 2018, 304 brasseries étaient installées en Belgique, plus grande exportatrice de bières en Europe, pour un secteur qui emploie 6 300 personnes. Mais la palme du nombre de microbrasseries revient au Royaume-Unis, avec 1 978 petits acteurs actifs. 

David contre Goliath

« Mais comme toujours dans ce genre de moment, il y a un revers de la médaille », déplore François Simon. « Certains voient la possibilité de faire de l’argent et veulent tirer la couverture à eux. Ils vendent des bières avec des étiquettes qui ont un beau design, mais qui ont des saveurs très standardisées et sont brassées ailleurs, et par d’autres. Ils trompent le consommateur, qui est aujourd’hui notamment à la recherche d’un produit local. Et ça, c’est un vrai problème ». Le brasseur évoque la naissance d’un label ou d’une garantie, telle que le fameux « mis en bouteille à la propriété » que l’on retrouve sur les bouteilles de vin, comme une possible solution. Mais pour François Simon et ses associés passionnés, c’est surtout l’authenticité de la démarche qui prime aujourd’hui. « Entre petites brasseries, on a souvent cette idée qu’on est les David contre les Goliath de la bière. Du coup, on se serre les coudes. Ces trois dernières années, on a eu l’opportunité de faire des rencontres incroyables et de beaucoup voyager. Ce nouveau bar qu’on ouvre, c’est aussi un moyen de rendre tout ce que ces brasseries nous ont donné. À la pompe, il n’y a que des copains ».

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