La Belgique n’a plus de vrai gouvernement depuis près d’un an: qui s’en préoccupe?

La mission de Paul Magnette pourrait être sérieusement compromise. Mais cela n'émeut plus personne. Même pas ceux qui par le passé avaient lancé de vastes manifestations.

18-nov-2007

Paul Magnette a réuni en secret six partis qui pourraient potentiellement former un gouvernement arc-en-ciel au fédéral. Une alliance sans les nationalistes et sans le CD&V. Voilà qui a rendu furieux les deux partis ainsi écartés qui ont eu beau jeu de clamer que l’informateur jouait aux apprentis formateurs de gouvernement, mission que le Roi ne lui a pas officiellement confiée.

On peut se demander pourquoi le secret sur cette réunion a été éventé. L’indiscrétion montre qu’au moins un des six partenaires n’est pas au diapason de cette union. On peut lorgner, par exemple, vers le MR de Georges-Louis Bouchez, bien décidé à garder la N-VA comme futur partenaire. Le nouveau président des libéraux francophones n’a non seulement jamais caché son amitié en Flandre pour Théo Franken mais, en plus, il a fait savoir ces derniers jours que sa préférence allait toujours à une coalition incluant la N-VA. Or la meilleure manière de faire capoter la tentative de Paul Magnette d’imposer une alliance sans la N-VA, c’est évidemment de la faire fuiter. Qu’à cela ne tienne. Paul Magnette avait annoncé la transparence totale et la publicité de ses tractations. Une réunion secrète apparaît dans ce contexte aussi maladroite et aussi indélicate qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Les Belges devraient trembler : ce n’est pas le cas

Il reste une semaine à l’informateur. Sa mission semble compromise. Voici près d’un an que le pays est sans gouvernement de plein exercice et six mois que les Belges ont été voter. Le constat devrait choquer. Et les derniers évènements, faire trembler. La vérité, c’est que cela n’est pas le cas.

À l’époque, on avait peur que le pays disparaisse. Aujourd’hui, ce n’est plus la même chose.

Par le passé, les Belges étaient descendus dans la rue pour réclamer un gouvernement et dire tout leur attachement à l’unité du pays. Cette fois, rien de tout cela. C’est comme si le Belge était profondément lassé. « À l’époque des manifestations, on avait peur que le pays disparaisse. Tout le monde était d’accord pour dire que la situation était catastrophique. Aujourd’hui, ce n’est plus la même chose. On se dit qu’il trouveront bien un truc, comme ils l’ont chaque fois fait », explique Jean-Marie Delwart. Cet homme d’affaires wallon avait organisé avec le dirigeant d’Opel Belgique Van Roy (aujourd’hui décédé) deux manifestations pour la Belgique qui avaient rassemblé près de 50 000 Belges au début des années 90. « Je suis revenu sur la position de l’époque. J’avais peur pour l’unité du pays. Je n’ai plus peur. J’ai même une certaine admiration pour la Flandre et Bart De Wever» Pour lui, la Belgique devrait s’inspirer de la Suisse et instaurer la possibilité de referendum qui associeraient la population. « La Belgique est un pays de compromis et la vie est un compromis. C’est merveilleux en soi », estime-t-il encore.

À l’époque on avait encore un vague espoir d’avoir droit à des hommes politiques raisonnables. Plus aujourd’hui »

Jacques de Sellier est le créateur du drapeau belge avec un cœur au milieu. Il était l’emblème des 35 000 Belges qui manifestaient pour le pays en 2007. « Ca n’a servi à rien. Les politiciens s’en foutent. A l’époque on avait encore un vague espoir d’avoir droit à des hommes politiques raisonnables. Plus aujourd’hui. Le pays tout entier est contre la séparation mais les politiciens par bêtise ou par intérêt vont dans ce sens quand même. C’est la petitesse des démocraties actuelles », commente Jacques de Sellier, très amer. Nostalgie, espoir et indignation ne font plus recette. Il est loin le temps où les fenêtres se couvraient de drapeaux en guise de protestation aux centaines de jours de crise.

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