« L’écologie reste au cœur des préoccupations et les gens sont prêts à bouger »

Il y a un an, il était l’un des instigateurs de la marche pour le climat du 2 décembre. Aujourd’hui, Nicolas Van Nuffel dresse avec nous le bilan, après un an de mobilisation sur fond de crise climatique et politique.

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Le 2 décembre 2018, ils étaient plus de 70.000 à marcher dans les rues de Bruxelles pour demander une politique climatique plus ambitieuse. À l’origine de cette marche historique ? Le collectif Climate Express et la Coalition Climat présidée par Nicolas Van Nuffel. « On ressent un réel engouement pour l’écologie aujourd’hui, les gens n’attendent plus qu’on aille les chercher« , nous disait-il quelques jours avant la fameuse marche. Un an après, son discours a-t-il changé ?

Il y a un an, vous nous expliquiez que le défi de Claim The Climate était de « créer la plus grande mobilisation climatique jamais vue en Belgique ». Si vous relanciez cet objectif aujourd’hui, pensez-vous que vous rassembleriez autant de personnes ?

Si aujourd’hui on essayait de faire la même chose, on le ferait moins bien. Pas parce que les gens sont moins intéressés ou mobilisés par le climat, mais parce que les modes de mobilisation ont changé. Il y a un an, on voulait faire entendre nos voix. On a dépassé de très loin les objectifs qu’on s’était fixé. Aujourd’hui on est passé dans un autre temps. Les gens sont toujours autant mobilisés, mais différemment, notamment parce qu’on est dans un temps post électoral. Il y a plus d’actions de désobéissance civile. Les gens changent aussi des choses dans leur quotidien, mais on sait que ça ne suffira pas et qu’il faut des décisions politiques. Notre objectif du 2 décembre était de mettre le climat au cœur de la campagne électorale. On a réussi. Maintenant, le but est de traduire ça dans des accords de gouvernement. Quand je vois que 60.000 personnes se sont mobilisées financièrement pour construire une banque du climat, cela démontre bien que le sujet reste au cœur des préoccupations et que les gens sont prêts à bouger.

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Vous n’avez pas l’impression que les gens en ont marre qu’on leur parle du climat et de l’écologie ?

Non. Je pense que ceux qui ne voulaient pas en entendre parler n’en ont toujours pas envie. Mais pour la majorité des gens, cela reste une grande préoccupation. On sent qu’il existe une minorité qui est dérangée par ces mobilisations ou qui doute de la réalité du réchauffement climatique. Elle existe, elle a existé et elle continuera à exister. Je ne le sens pas du tout quand je vais donner des conférences ou quand je rencontre des gens. Il y a aujourd’hui une génération montante, les 15-30 ans, pour qui c’est vraiment le sujet de préoccupation numéro 1. Ça ne veut pas dire qu’ils ne se préoccupent de rien d’autre, mais ils ont compris que c’est leur avenir personnel qui est en jeu et je ne crois pas qu’ils décrocheront.

Un an après, quel bilan politique ?

Oui, il y a eu des avancées réelles. Évidemment, on voudrait toujours que ça avance plus vite, mais on était les premiers à pointer quand ça n’allait pas, donc quand ça va dans le bon sens, il faut le dire. Il est possible que certaines personnes aient l’impression que tout ça n’a servi à rien. Je pense que ce serait une grosse erreur de penser ça. On a un accord de gouvernement wallon qui est, d’un point de vue strictement climatique, extrêmement ambitieux. Selon cet accord, la Wallonie passera à 55% de réduction d’émission d’ici 2030, sans attendre de décision européenne. C’est ce que nous réclamons au niveau européen. Il est évident que si il n’y avait pas eu toutes les mobilisations pendant le premier semestre, et tout le travail politique qu’on a fait derrière, ça aurait été inimaginable ! À tous les niveaux de pouvoir, le mouvement climat est devenu incontournable pour les partis politiques. Nous avons été reçu par les négociateurs à Bruxelles et en Wallonie, et maintenant par l’informateur fédéral. Ils ne peuvent plus laisser ce sujet de côté, ce qui n’était absolument pas le cas dans le passé. Au niveau bruxellois, il y a aussi un rehaussement des ambitions. Aujourd’hui, le plan climat proposé par la nouvelle présidente de la Commission européenne va vraiment dans la bonne direction et obtiendra probablement une majorité en Europe. Il y a un an, notre slogan était : il nous reste deux ans pour décider et dix ans pour agir. l’un de nos objectifs était qu’à Glasgow lors de la COP 26, l’Europe arrive avec des ambitions qui sont à la hauteur de l’accord de Paris et donc de ces fameux -55% d’ici 2030. Aujourd’hui, la décision n’est pas encore prise, mais il y a très probablement la majorité suffisante en Europe pour s’embarquer dans cette direction, ce qui était aussi très difficile à imaginer avant que les grandes mobilisations commencent.

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Dernièrement, le gouvernement a approuvé le volet fédéral du Plan national Energie-Climat. C’est une belle avancée ?

Ce document apporte une série de précisions, mais l’ambition n’a pas changé. Pourquoi ? Parce que le gouvernement est en affaires courantes. Cette version révisée améliore la situation par rapport à celle qui avait été remise il y a un an, mais on est toujours dans une optique où la Belgique ne réduirait ses émissions que de 35% pour 2030, ce qui est son obligation actuelle au niveau européen, mais c’est totalement insuffisant pour respecter l’accord de Paris. Il reviendra donc au prochain gouvernement d’aller une étape plus loin. Ce que nous allons attendre du prochain gouvernement, c’est de se donner de nouvelles ambitions. On a pris du retard, il faut accélérer très fort pour que les effets soient ressenti d’ici 2025 et 2030.

Qu’attendez-vous de la COP25 qui s’ouvre aujourd’hui ?

Les COP n’ont pas toute la même importance. Celle-ci donnera lieu à des discussions plus techniques qui doivent préparer la COP 26 qui sera la plus importante depuis celle de Paris. Ce qu’on attend de la COP25, c’est qu’un maximum d’États revoient leurs ambitions à la hausse pour respecter l’accord de Paris. Il faut accélérer le processus décisionnel. On espère que la COP25 provoquera une émulation entre États pour qu’à Glasgow, ça avance. Des choses techniques vont être discutées comme le Paris Rule Book. Le gros de la négociation s’est fait l’année passée, mais certains points sont restés en suspens, dont l’article 6 qui règle les mécanismes de marché du carbone. L’un des points-clé des négociations de cette année va être d’aboutir à un accord sur cet article. Or, quasiment aucun pays ne respecte l’accord de Paris aujourd’hui…

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Comment expliquer que ce processus soit si long ?

Les mécanismes internationaux sont compliqués. Chaque État a ses lois, et certains ont intérêt à ce que ça n’avance pas, notamment les gros vendeurs de pétrole. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas dans les COP qu’on négocie les mesures les plus précises. Les actions concrètes à mener pour résoudre le problème, c’est dans les pays que ça se joue, et en Belgique c’est beaucoup au niveau des Régions. Les COP sont très importantes pour fixer les ambitions, se mettre d’accord sur les règles. Maintenant qu’on a l’Accord de Paris, c’est surtout au niveau européen, belge, régional et même communal qu’on doit mettre en œuvre un tas de mesures ultra concrètes pour résoudre le problème. Au-delà du fameux -55%, on sait qu’en Belgique, le cœur de l’action va devoir se concentrer sur deux choses : le transport et les bâtiments. On a pris du retard au niveau de l’isolation des bâtiments et de la transformation de nos modes de transport. Ça, c’est pas à la COP que ça se gère. On sait ce qu’il y a à faire. Ce qu’il faut c’est qu’on ait des gouvernements qui investissent pour revoir notre modèle énergétique, pour développer des transports en commun qui permettent aux gens de se passer d’une voiture, pour isoler les logements sociaux. On a un accord cadre, ce qu’il faut maintenant ce sont des politiques très concrètes à mettre en œuvre.

Vous avez encore de l’espoir pour sauver la planète du réchauffement climatique ?

Il est trop tard pour éviter le problème. Le réchauffement est déjà là, la Terre s’est déjà réchauffée de 1,1 degrés et les conséquences sont déjà dramatiques dans toute une série de pays. La question maintenant c’est l’étendue des dégâts. Il y a un an, on a dit que c’était possible de rester sous les 1,5 degrés si des décisions sont prises dans les deux ans. Il reste un an et le virage va s’effectuer dans les dix ans qui viennent. Ensuite, de 2030 à 2050, il faudra aller au bout du chemin qui aura été pris. Clairement, on est maintenant dans une période où on prend le virage ou pas. Cela demande une mobilisation générale de la société. De toute façon, le monde va changer. La question c’est : est-ce qu’on veut subir une transition vers un monde catastrophique ou est-ce qu’on veut choisir d’aller vers un monde où on vit mieux ? Le choix est celui-là : faire des efforts et prendre les choses en main ou laisser faire et aller à la catastrophe.

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