Le koala menacé en Australie: le vrai du faux

Les koalas sont en danger. L’espèce a été déclarée comme "fonctionnellement éteinte" par une organisation de défense des marsupiaux. Ce ne serait cependant pas le cas. Du moins pas encore. On fait le point.

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Lewis était devenu un symbole. Celui des incendies qui terrassent une partie de l’Australie et qui menacent les koalas. 8.000 d’entre eux sont décédés depuis le début des incendies, soit un tiers des individus de l’espèce et « les survivants ont perdu près de 30% de leur habitat, laissant craindre une décroissance de leur population, déjà menacée », comme le rappelle Le Soir dans ses colonnes ce jeudi. Aussi, 480 millions d’animaux auraient péri. Pour tenter de sauver les koalas et le reste de la faune australienne, plusieurs levées de fonds ont été lancées et ont permis d’amasser des millions de dollars. Les zoos et autres services de protection des espèces s’activent pour sauver un maximum d’animaux. La situation risque d’aller de mal en pis étant donné les prévisions météorologiques qui prévoient 44°C dans les prochains jours.

Les koalas sont-ils en danger ?

C’est certain. Malgré les efforts pour les sauver, des milliers de koalas ont été tués dans les incendies ces dernières semaines. Le taux de survie des marsupiaux secourus, brûlés et asphyxiés par les fumées, ne dépasse pas 20%. Et cela ne devrait pas s’arranger en janvier et février : les températures seront encore plus fortes et la sécheresse aussi.

Les koalas sont particulièrement vulnérables face à ces incendies qui sont en partie une conséquence du réchaufement climatique. Si un kangourou peut sauter très vite et s’enfuir, si un oiseau peut voler, un koala, lui, est très lent et ne peut quitter son arbre protecteur. Il monte au sommet de l’eucalyptus, qui lui sert de maison et de garde-manger, en attendant que les flammes s’estompent. L’eucalyptus lui-même semble un abri sûr. Il est l’un des arbres les plus adaptés au feu sur la planète, capable de repousser juste après les incendies. Dans des conditions d’incendie normales, le feu n’atteint pas le sommet des eucalyptus, laissant les koalas à l’abri. Mais les incendies actuels, alimentés par le changement climatique et la mort des méthodes traditionnelles de gestion des feux par les autochtones, sont d’une ampleur sans précédent. Remplis d’huile, les eucalyptus brûlent rapidement et, parfois, explosent, projetant des morceaux d’écorce et des flammes dans tous les sens.

Les koalas sont-ils « fonctionnellement éteints ? »

C’est alarmiste. L’Australie abrite quelque 329.000 koalas, selon un recensement mené en 2016. Cela représente une baisse de 24% de la population au cours des trois dernières années. Mais un comptage précis est en fait très difficile en raison de l’étendue du territoire et de la timidité de l’animal. En mai 2019, l’Australian Koala Foudantion (AKF) estimait qu’il n’y avait plus que 80.000 koalas et estimait l’espèce « fonctionnellement éteinte ».

L' »extinction fonctionnelle » vise une population qui n’arrive plus à se renouveler et qui n’est plus capable d’assurer son rôle dans l’écosystème. Les koalas sont aujourd’hui placés sur la liste rouge des espèces menacées et sont considérés comme « vulnérables » et « en déclin ». Mais il s’agit d’un classement inférieur à en « danger critique », par exemple. C’est là le constat posé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Par rapport aux pandas, la situation critique des koalas est ainsi très relative. La population des pandas géants ne tourne plus qu’autour de 1800 individus dans le monde. Les annonces alarmantes sont donc exagérées même si l’avenir des koalas n’est effectivement pas assuré sur le long terme.

L’habitat des koalas a-t-il été réduit de 80%?

C’est exagéré. Si les feux de brousse ont détruit plus de 2 millions d’hectares, la superficie forestière où vivent les marsupiaux dépasse les 100 millions d’hectares, selon les scientifiques. « En outre, le simple fait qu’une zone ait été touchée par des incendies ne signifie pas qu’elle ait été détruite, et qu’elle ne peut plus être occupée par des koalas », explique aussi un chercheur spécialisé en écologie du paysage, cité par National Geographic. Mais le doute existe tout de même à ce stade.

Les scientifiques s’inquiètent aussi de la disparition de l’habitat du koala. Si les koalas ne se nourrissent que d’eucalyptus, ils ne vivent pas forcément dans ces arbres. Lorsqu’il fait très chaud, cet animal, qui ne boit presque pas, recherche l’ombre d’arbres aux feuillages plus touffus. Or, avec le réchauffement climatique, ces arbres disparaissent autant que les eucalyptus, ce qui n’était pas pris en compte jusqu’à présent. En plus des incendies actuels, les koalas sont menacés par l’aménagement du territoire, la dégradation de ses aliments, la sécheresse et d’autres facteurs.

Reste que ces centaines de koalas brûlés ont de quoi retourner le cœur. S’il est interdit d’en tuer, l’habitat naturel est devenu extrêmement vulnérable, et peu de ces zones sont protégées par les autorités.

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