Compenser son empreinte carbone en plantant des arbres: comment ça marche?

Reboiser pour moins polluer, en voilà une bonne idée ! Mais gare à la solution facile...

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Cette année, on y réfléchit à deux fois avant de réserver notre prochain voyage en avion, dont le coût en pollution commence à peser sur les consciences. Les Suédois ont même un mot pour ça : « Flygskam », la honte de prendre l’avion. Et quand il est impossible d’échapper à un voyage par les airs, certains ont trouvé la solution: compenser leur empreinte carbone… en plantant des arbres.

« L’arbre absorbe le CO2 que les humains émettent. Or, nous détruisons les forêts. 20% des gaz à effets de serre émis par l’humanité viennent de la déforestation. C’est dix fois plus que tous les avions qui volent sur la planète. Le problème est lié à l’arbre: il faut donc replanter », explique Frédéric Debouche. Il y a dix ans, ce notaire Hainuyers a créé Graine de Vie, une association visant à planter des arbres dans les pays en voie de développement. « On va voir les populations locales. On les sensibilise à la déforestation. On met des arbres utiles pour eux à disposition dans une pépinière, et nous les leur donnons à condition qu’ils participent à des journées de reboisement dans les collines. C’est du donnant-donnant, et ça marche du tonnerre ».

Pour acheter ces arbres, l’ONG peut compter sur les dons de particuliers et d’entreprises cherchant à compenser leur trop grande empreinte écologique. Une pratique qui a le vent en poupe, en témoigne Frédéric Mathot, certificateur carbone pour les entreprises. « Quand j’ai commencé cette activité il y a sept ans, j’étais pris pour un extraterrestre. Mais depuis un ou deux ans, je constate une vraie prise de conscience. Les jeunes descendus dans la rue y ont très certainement contribué ». L’effet Greta Thunberg. Les sociétés deviennent alors très demandeuses. « Elles viennent me voir pour que j’analyse leurs émissions sur un large périmètre (énergie, déplacement, déchets…). Ensuite, on réfléchit ensemble pour voir comment elles peuvent diminuer ces émissions, et on met en place un plan d’action. Ce qu’il reste est converti en nombre d’arbres à planter pour arriver à l’équilibre ».

Parmi ses clients, Frédéric compte des entreprises mais aussi des institutions publiques, des universités, des associations, des municipalités… Les particuliers eux, trouvent leur bonheur sur diverses plateformes comme « Greentripper » qui permet par exemple de calculer et compenser son empreinte CO2 sur un trajet en fonction du moyen de transport, puis de verser le montant en euro à un projet humanitaire lié à la déforestation.

Une forêt pour une vie

Et donc, combien ça coûte ? Les compensations financières demandées varient en réalité beaucoup en fonction de la plate-forme ou de l’ONG utilisée. Chez Graine de Vie, on a calculé : compenser l’empreinte carbone moyenne d’un européen sur toute une vie – estimée à 1000 tonnes de CO2 – nécessite la plantation d’une forêt de 10.000 arbres. Coût total: 2.500 euros. « Planter un arbre nous coûte très exactement 0,25 centimes d’euro », explique son fondateur. Une somme qui paraît dérisoire face à des calculs parfois 10 à 30 fois plus élevés chez d’autres partenaires. « Nous sommes tous bénévoles et mécènes. On a aucun frais de fonctionnement, donc 100% de l’argent reçu ne sert qu’à la plantation d’arbres. Demander cinq ou dix euros par arbre, c’est une honte ! ».

Depuis 2009, l’association a replanté 14.200.000 arbres à Madagascar et au Togo, de quoi compenser l’empreinte écologique de 6000 européens par an. Avant d’arriver aux 510 millions, il y a encore du chemin, mais Frédéric Debourse y croit. « Avec un tout petit peu de nos excès, on peut faire de grandes choses ». Sauf que cette ‘solution facile à la pollution’, ne nous donne pas pour autant le droit de continuer à perpétuer ces fameux excès. Planter un arbre pour continuer à rouler en voiture ou prendre l’avion, voilà une idée bien ridicule. « Ce n’est pas un échange, nuance Thierry Bréchet, professeur d’économie de l’environnement à l’UCLouvain. Les émissions de carbone que l’on émet sont des flux continus, alors que l’arbre est un stock. Il absorbe le CO2, mais cela prendra des dizaines d’années pour qu’il compense ce que l’on a émis dans le passé. Il y a un problème temporel entre la pollution émise maintenant et la solution naturelle qu’offre l’arbre. Il faudrait arrêter aujourd’hui d’émettre des gaz à effet de serre pour que dans 20 ou 30 ans, les choses se calment ».

Ne nous satisfaisons donc pas d’un calculateur d’empreinte carbone et d’un petit don pour dédouaner notre pollution. « C’est évidemment trop facile de juste compenser comme cela, répond Frédéric Debouche. Nous conseillons et préconisons d’abord de diminuer les émissions avant de penser à compenser. Mais en même temps, tout le monde devrait le faire, car il est temps de se mobiliser ». Avant de crier au greenwashing, n’oublions pas que chaque année, l’équivalent en forêt de la superficie de la Grande-Bretagne disparaît de la surface de la terre. Et 2019 ne fait pas figure de ‘bonne’ année. En matière de déforestation elle serait même une des pires.

Pour en savoir plus, lisez notre dossier « Les arbres, meilleurs amis de l’homme? «  en pages 46-48 de notre dernier numéro. Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

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