Alibaba, de la camelote en ligne?

Le géant chinois de l'e-commerce s'apprête à casser les prix à l'occasion du Black Friday et du Cyber Monday. Le site est pourtant connu pour vendre des contrefaçons et des produits de piètre qualité. En cherchant bien, on peut tout de même faire la bonne affaire.

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Basé à Hangzhou, en Chine, Alibaba a décidé de faire de l’aéroport de Liège son centre logistique européen. C’est pourquoi depuis octobre 2018, les médias parlent souvent du géant de l’e-commerce chinois qui n’a jamais eu autant de succès chez les consommateurs belges. Entre janvier et octobre 2019, 272 millions de colis sont arrivés en Wallonie. Tous n’étaient évidemment pas destinés aux Belges. La plupart ont été redistribués par camions dans l’ensemble des pays d’Europe occidentale. La marque de fabrique du géant asiatique, qui gère le site AliExpress.com, résulte dans les petits prix. Lors d’événements comme le « Single Day » le 11 novembre dernier, mais aussi le Black Friday (29/11) et du Cyber Monday (02/12), l’entreprise parvient à brader ses produits encore un peu plus.

Les petits prix cachent souvent une réalité peu réjouissante. À commencer par des produits et un service de piètre qualité. Dans une enquête menée cette année, Test-Achats a mis en lumière une série de problèmes allant des longs délais de livraison (voire pas de livraison du tout) aux frais supplémentaires imprévus en passant par des difficultés lors des retours de produits. L’organisation protectrice des consommateurs souligne en outre le risque relativement élevé de tomber sur une contrefaçon. C’est pourquoi elle conseille de ne pas dépenser plus de 22 euros par achat et de payer avec une carte de crédit avec assurance afin de pouvoir récupérer l’argent en cas d’arnaque…

La vigilance est de mise

Difficile, évidemment, d’évaluer la qualité de tous les articles proposés sur le site web. D’autant que les sites d’Alibaba ne contiennent pas exclusivement des produits chinois. Une vingtaine d’entreprises belges utiliseraient déjà ces plateformes. « Et un tas de PME vendent à l’international grâce à Amazon. Pourquoi pas Alibaba? Il s’agit d’un potentiel à l’export important », appuie l’administrateur délégué de l’Union wallonne des entreprises Olivier de Wasseige. Si la méfiance est donc de mise, il est tout de même toujours possible de réaliser de bonnes affaires sur des sites chinois comme AliExpress, Wish ou Joom. Il est pour cela conseillé de ne pas acheter trop vite, ni trop bon marché (c’est louche). Mais également de regarder le nombre de commandes et les avis.

Bonnes affaires en toute conscience

Acheter sur Alibaba et plus généralement à l’autre bout de la planète pose des questions d’ordre éthique. Profiter du Black Friday et du Cyber Monday revient à jouer le jeu de la surconsommation. Pour la planète, c’est généralement un jour noir. L’an dernier, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (Ademe) a tenté de chiffrer cet impact. D’après elle, une maison française compte en moyenne 2,5 tonnes d’objets, soit l’équivalent en poids d’un hippopotame. Or pour les fabriquer il faut en moyenne 45 tonnes de matières premières, soit 8 éléphants. À côté de la production d’objets, il y a par ailleurs la publicité, l’impression d’affiches pour le Black Friday, l’envoie massif d’e-mails et de requêtes en ligne… Soit un tas de pratiques très polluantes.

« Faire du commerce avec la Chine pose aussi la question des Droits de l’Homme. Alibaba est lié au pouvoir chinois, un régime dictatorial, qui applique une surveillance généralisée et oppresse des minorités comme les Ouïghours », ajoute l’initiateur du mouvement Watching Alibaba et conseiller communal à Liège François Schreuer (Vega). On ne dit pas qu’il faut renoncer au Black Friday, mais d’au moins en profiter intelligemment… En évitant d’acheter, par exemple, 10 articles livrés dans 10 colis différents sur le même site.

Pour en savoir plus, lisez notre article « Alibaba: la caverne aux emplois » en pages 28-30 de notre dernier numéro. Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

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