80% des ados trop peu actifs: « Le problème était déjà le même dans les années 70 »

Selon une étude de l'OMS parue ce vendredi, 80% des adolescents scolarisés dans le monde ne sont pas suffisamment actifs et mettent leur santé en péril. Éléments de réponse avec Philippe Godin, psychologue du sport.

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Le constat est le même depuis quinze ans et les chiffres n’évoluent pas : sur 1,6 millions d’élèves âgés entre 11 et 17 ans, plus de 80% ne respectent pas les recommandations. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, nos ados devraient pratiquer au moins une heure d’activité physique par jour. Pour Philippe Godin, psychologue du sport, le problème est le même depuis bien plus longtemps que ça : « J’ai été professeur d’éducation physique dans les années 70 et je constatais déjà le manque d’activité physique des jeunes« . Le nouveau rapport de l’OMS n’étonne donc pas du tout ce spécialiste. « Les raisons sont à chercher un peu partout : dans l’éducation, la famille et la société. Les activités physiques sont compliquées à organiser même au sein de l’école. Il n’y a pas suffisamment d’installations, pas de douches mises à disposition, etc. Prenons l’exemple de la piscine, s’y rendre exige un temps monumental !« 

Philippe Godin pointe également du doigt le manque d’attrait général qu’a le Belge – et le reste du monde car le problème serait sensiblement identique partout – pour le sport. « Le citoyen lambda n’est pas un sportif dans l’âme. La culture sportive n’est pas implantée en Belgique. » À échelle internationale, le Bangladesh fait figure de bon élève en suivant les recommandations de l’OMS à 66%. La Corée du Sud endosse le rôle de dernier de classe avec ses 94%. La Belgique se trouve elle en milieu de classement avec un pourcentage qui n’a pas bougé d’un iota depuis les dernières analyses en 2001.

Les filles moins actives

L’étude de l’OMS démontre aussi que les jeunes filles ont une activité physique moindre que celle des garçons. Sur les 80% mentionné précédemment, 85% sont des filles et 78% des garçons. « Les écarts les plus importants étant observés aux États-Unis et en Irlande. Dans la plupart des pays couverts par l’étude, cet écart s’est creusé entre 2001 et 2016 », détaille le rapport.

Pour Philippe Godin, les inégalités entre hommes et femmes sont toujours bien ancrées, même dans le milieu sportif. « Les jeunes filles sont désavantagées. À part quelques exceptions comme Nafi Thiam ou Dominique Monami, les sportives sont toujours regardées par les hommes avec un petit sourire en coin. Ça a tendance à évoluer mais on débarque de la préhistoire. Entre 12 et 16 ans, les jeunes filles subissent beaucoup de modifications hormonales et physiques et tout ce qui a trait aux changements corporels reste un grand tabou. Pourtant, la pratique d’un sport nécessite parfois de dévoiler une partie de son anatomie. Beaucoup de freins culturels subsistent.« 

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Risques pour la santé

Même peu étonnants, ces chiffres restent alarmants. Le manque d’activité physique a un impact direct sur la santé actuelle et future des adolescents (diabète, addictions, diabète, obésité, difficultés pulmonaires). Les nécessités de pratiquer un sport sont aussi nombreuses qu’importantes. « On ne se demande pas pourquoi il faut se brosser les dents matin et soir. C’est exactement la même chose avec le sport« , illustre le psychologue.

L’OMS – appuyée par de nombreux médecins – préconise de pratiquer au moins une heure d’activité physique par jour. Une moyenne qui peut paraître compliquée à atteindre lorsque l’on considère toutes les autres activités des adolescents. Philippe Godin nuance : « une activité physique ne signifie pas forcément la pratique d’un sport. Aller à l’école en vélo, marcher davantage, opter pour les escaliers, plusieurs réflexes sont bons à prendre pour facilement atteindre au moins la demi heure d’activité quotidienne« .

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