Child Focus : « C’est comme si Facebook passait dans le Darknet »

Child Focus a-t-il été trop loin avec sa dernière campagne? Le débat mérite d'exister, mais il éloigne l'attention publique du coeur du problème : les chiffres de la pédopornographie sont affolants.

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Depuis le début de cette semaine, les médias belges reviennent sans cesse sur la nouvelle campagne de Child Focus pour sensibiliser à la pornographie enfantine, qui reconstitue la scène du viol d’une enfant de 8 ans avec des comédiens adultes. Chacun y va de sa petite critique : « Est-ce trop choquant ? », « Fallait-il vraiment aller jusque-là ? », ou même « Est-ce que ça ne risque par d’être contre-productif ? » Effectivement, avec tout ce brouhaha médiatique, la forme du message est peut-être en train de surpasser le fond, pourtant essentiel. Un chiffre pour rappeler tout ce petit monde à l’ordre : 19 millions d’images pédopornographiques sont diffusées et échangées dans le monde. Chaque jour ! L’an dernier, Child Focus a reçu 1.728 signalements de la part des citoyens belges (une augmentation de 136% par rapport à 2017!). 530 étaient effectivement des contenus problématiques. Une nette différence au final, même si le chiffre reste consternant. On s’est donc demandé comment l’organisation procédait.

« En vertu d’une loi qui nous autorise à visionner les images d’abus sexuels d’enfants, nous avons quatre collaborateurs qui analysent tous les jours les contenus signalés par le public« , explique Stephan Smets, directeur de la communication chez Child Focus. Leur rôle est de vérifier s’il s’agit véritablement d’un mineur sur les images et s’il a effectivement été abusé sexuellement. « On ne demande pas aux gens d’analyser eux-mêmes les images qu’ils rencontrent sur internet. Parfois, ce sont des images d’enfants nus qui n’ont pas été agressés mais, dans le doute, mieux vaut tout de même nous le signaler. C’est ce que nous demandons. » 

Les 530 contenus problématiques signalés à l’organisation l’an dernier ne concernent pas systématiquement la Belgique. Child Focus, qui fait partie d’une organisation internationale appelée Inrope, les transfère alors à des collègues à l’étranger pour les pays concernés. Ceux effectivement en lien avec le royaume sont transmis à la police fédérale, à la cellule spécialisée dans l’exploitation sexuelle des enfants. Au cours des dernières années, la police a pu identifier 200 enfants belges. « Une fois que la victime est identifiée, on retrouve très facilement l’auteur puisque dans 85% des cas, il s’agit de quelqu’un de l’entourage proche de l’enfant. Et alors on peut aboutir à des condamnations. » 

L’effet pervers de la protection des données

À côté des signalements rapportés par Child Focus, la police fédérale a également reçu 18.000 rapports (!) liés à des contenus pédopornographiques en provenance des États-Unis. « Toutes les entreprises de la tech (réseaux sociaux, nouvelles technologies) basées aux USA ont une obligation légale de signalement de contenus problématiques. Ils doivent les transmettre à notre organisation sœur à Washington qui, l’an dernier, en a reçu 45 millions de rapports en direct des entreprises tech. 18.000 d’entre-elles avaient attrait à la Belgique, dont 42% ont été identifiées comme étant un réel abus d’enfant« , déplore Stephan Smets, qui ne cache pas son inquiétude face aux ambitions de Mark Zuckerberg de crypter les échanges de contenus sur Facebook au nom de la protection de la vie privée. « C’est une noble cause en soi. Mais c’est la dernière chose que nous souhaiterions en tant qu’organisation pour la protection des enfants parce que ça donnerait libre-court à tout échange caché. Comme si Facebook passait dans le Darknet. Nous nous battons justement pour qu’on signale ces images afin qu’on puisse les retirer d’internet et quelque part couper le pas à une demande croissante dans le monde.« 

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