Ces choses que vous ignorez (peut-être) sur les toilettes

Combat humanitaire, mouvement politico-féministe ou... abreuvoir insoupçonné, les toilettes en disent plus qu'on ne le pense sur notre société.

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2.500. C’est le nombre de fois que nous allons en moyenne aux toilettes sur une année. À l’échelle de notre existence, cela équivaut à trois années entières de notre vie (à titre de comparaison, nous passons 26 ans à dormir). Cela méritait bien une « Journée mondiale des toilettes » pour mettre en lumière cet objet banal mais bien utile, auquel plus de la moitié de l’humanité n’a pas accès… Bien plus que de simples cuvettes, les toilettes incarnent bien des problèmes de notre société actuelle.

Un combat humanitaire

Pour la Journée mondiale des toilettes 2019, le mot d’ordre de l’ONU est d’agir en ne laissant personne de côté. C’est l’un des enjeux fondamentaux du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Celui-ci vise à instaurer, d’ici à 2030, l’accès général à l’eau et à l’hygiène, de même qu’une gestion durable des ressources en eau. Aujourd’hui, 4,2 milliards de personnes vivent sans installations sanitaires.  À défaut de services d’assainissement hygiéniques, les personnes n’ont souvent pas d’autre choix que d’utiliser des toilettes rudimentaires, qu’elles partagent parfois avec de nombreuses familles, ou de déféquer en plein air. Selon les estimations, les services d’assainissement inadéquats causent chaque année 432.000 morts dues à la diarrhée et constituent un vecteur important de maladies telles que les vers intestinaux, le trachome et la schistosomiase.

Un mouvement politico-féministe

L’an dernier, au cours des élections communales, le parti « PISS-OFF » récoltait 0,6% des suffrages à Gand. Aucun siège décroché au conseil communal de la cité flandrienne donc, mais une certaine visibilité qui a permis de dénoncer le manque de toilettes publiques dans les rues. Car c’était l’objectif principal de ce mouvement qui, s’il est moins actif aujourd’hui, n’a pas disparu. Se revendiquant féministe, « PISS-OFF»  proposait un programme en 10 points pour la mise en place de nouvelles installations sanitaires. Mais attention, pas de vulgaires urinoirs réservés uniquement à la gente masculine et qui excluent les femmes, dispositif que le mouvement qualifie de « forme primaire de sexisme« . Le collectif plaidait donc pour la mise en place de cabinets standards « inclusifs » dans lesquels filles et garçons pourraient effectuer leurs besoins en toute équité. Une situation qui reste, à l’heure actuelle, encore très déséquilibrée. À Gand comme partout ailleurs dans le pays.

Un abreuvoir insoupçonné

Dans beaucoup d’habitations, l’eau de la chasse d’eau est la même que celle qui sort du robinet et est tout à fait potable ! Comme un pied de nez à cette situation aberrante – en plus d’être un désastre écologique (10 litres d’eau pour une seule chasse d’eau) – un restaurant de Kuurne, près de Courtrai, propose à ses clients une expérience inédite en Europe: boire de l’eau recyclée issue des toilettes. L’établissement n’étant pas rattaché aux égouts, il fallait trouver un système de purification d’eau. Et la solution dénichée permet de transformer de l’eau des toilettes en eau potable. Ca semble loufoque mais ça ne change pour le consommateur : l’eau, qui part avec la chasse d’eau ou des éviers des cuisines, est d’abord purifiée en servant d’engrais pour les plantes. Un deuxième dispositif permet alors à l’eau de devenir potable. Celle-ci est proposée sous la forme d’une carafe gratuite ou d’un café. Et permet aussi de brasser de la bière !

Les Flamands ont décidément de la suite dans les idées puisque, en 2016 déjà, des chercheurs de l’université de Gand s’était associés à la brasserie De Wilde Brouwers pour créer une bière… à base d’urine. Le résultat (baptisé « From Sewer To Brewer » – de l’égout au brasseur, NDLR) n’était pas si repoussant que ça, puisque cette bière blonde a obtenu la notre de 3,48/5 sur l’application Untappd… Comme quoi.

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