Pourquoi les fumeurs jettent-ils encore leurs mégots à terre ?

Alors que la Ville de Bruxelles a annoncé la mise en place d'un vaste « plan mégots » avec des amendes allant jusqu'à 200 euros pour les fumeurs-pollueurs, on se demande quand même pourquoi ce comportement est si difficile à changer...

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137.000. C’est le nombre de mégots jetés par terre dans le monde. Chaque seconde. Tous les jours, 10 millions nouveaux petits détritus jonchent le sol de la Belgique… Des chiffres tout simplement inconcevables, qui rappelle à quel point l’industrie du tabac reste toute puissante. Et qui effraie quand on sait qu’un seul de ces petits détritus met 10 à 15 ans à se décomposer et peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau s’il parvient jusqu’à la mer via un avaloir ou un égout… À Bruxelles-Ville, 30 % des déchets collectés par les services communaux sont des mégots, particulièrement difficiles à ramasser lorsqu’ils se glissent entre les pavés. Et les autorités en ont plus qu’assez.

L’échevine de la Propreté publique, Zoubida Jellab (Ecolo), a annoncé la mise en place d’un vaste « plan mégots » pour sensibiliser le public et condamner plus fermement les fumeurs-pollueurs. Jeter son mégot de cigarette à terre est un délit, et coûte désormais 200 euros – contre 50 il y a quelques semaines – aux contrevenants (l’augmentation du montant de l’amende doit encore être validée par le conseil communal). En plus du côté répressif, un réseau de cendriers urbains va être installé et une signalétique plus claire sera apposée sur les poubelles publiques déjà équipées d’éteignoirs et de cendriers. 

« Énormément de fumeurs et fumeuses jettent leur mégot à terre, sans y penser ou parce qu’il n’y a pas de cendrier à proximité » explique l’échevine à La Libre. « La Grand-Place est particulièrement touchée par ce phénomène, tout comme les lieux où les gens sont statiques, comme les arrêts de tram ou les sorties des écoles. » Des endroits déterminés pour une problématique globalisée. Davantage de cendrier pourrait limiter le problème mais, à moins que tous les fumeurs se promènent avec un cendrier de poche dans leur veste – comme ceux fabriqués par la start-up belge WeCircular à partir de… mégots -, il ne sera pas résolu tant que les mentalités, elles, n’auront pas changé. Et il y a du boulot.

Pollution socialement acceptée

« Beaucoup de fumeurs et de fumeuses ne sont pas des personnes malintentionnées. Ils ne vont pas jeter leur canette ou leur emballage plastique par terre. Mais bien leurs mégots de cigarette. C’est principalement dû à un gros manque d’information et de sensibilisation par rapport à ce que ce déchet représente. Certains fumeurs pensent que le mégot est biodégradable et qu’il est même autorisé de le jeter dans les avaloirs… » déplore Adel du mouvement Leo Not Happy qui, en avril dernier, a récolté plus de 270.000 mégots (!) au cours d’une action de ramassage à Bruxelles. « Un autre aspect propre au mégot, c’est que c’est un déchet qui sent très fort. Même avec un cendrier de poche, c’est très odorant et on a vite envie de s’en débarrasser, contrairement à une canette avec laquelle on peut attendre de croiser la première poubelle. » 

Selon ce citoyen engagé, si jeter son mégot par terre est un geste aussi banalisé, c’est parce qu’il est en quelque sorte « socialement accepté ». Par les fumeurs, comme les non-fumeurs. « Ce n’est seulement que depuis deux ou trois ans et la prise de conscience écologique qu’on s’intéresse à ce déchet. Les industriels du tabac ne se sont jamais soucié de son impact sur l’environnement et ont bien sûr une grande part de responsabilité, mais il y a une sorte de culture derrière le mégot de cigarette, développée notamment à travers les films où l’on voyait les acteurs fumer une cigarette et ensuite écraser le mégot avec leur chaussure en gros plan. » C’est ancré dans les habitudes. De fait, lorsqu’un non-fumeur accompagne un ami faire sa « pause-clope » au cours d’une soirée dans un café ou un restaurant – à l’intérieur desquels il est interdit de fumer depuis le 1er juillet 2011 -, rares sont ceux qui vont réagir quand celui-ci jette son mégot à terre. « Il n’y a pas de pression sociale. On laisse le fumeur agir. » 

« Être constructif et positif« 

Adel applaudit l’initiative de la Ville de Bruxelles. Mais il est indispensable selon lui d’accompagner une politique plus répressive avec davantage de sensibilisation. « Je pense que dans le cas du ramassage de déchets, il faut être plus constructif et positif. Lorsqu’on fait une action de ramassage et qu’on croise un fumeur qui jette un mégot, ça fonctionne bien parce qu’ils nous voient ramasser, ils sont dans une situation embarrassante et certains décident même symboliquement de ramasser des mégots de cigarettes avec nous. Et là, c’est gagné.« 

Pixabay

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