Les cancres du climat : « Un élève sur dix pense encore que le charbon est une énergie renouvelable »

Ils ont manifesté pour faire entendre leur colère et leurs inquiétudes. Sauf que nos ados affichent de grosses lacunes sur le sujet du changement climatique. Conscientisés mais pas informés?

belgaimage-157357423-full

Dès le début de l’année dernière, les élèves belges se sont mobilisés dans les rues de la capitale ou d’ailleurs pour crier leur détresse face au changement climatique. Encouragés par l’initiative personnelle de Greta Thunberg, nos ados ont brandi pancartes et slogans témoignant autant de leur mécontentement envers les politiques que de leurs peurs face au monde qui les attend. Cette jeunesse que l’ont croyait perdue dans ses écrans de smartphone et inconsciente des principaux enjeux de notre siècle…

D’une façon générale, la jeune génération sait qu’elle devra subir les dégâts du réchauffement climatique. Cette conscientisation est renforcée par certaines écoles qui enchaînent les activités en faveur du climat: recyclage, apprentissage du zéro déchet, potagers collectifs, encouragement à la mobilité douce, etc. Mais au-delà de ces actions utiles, les jeunes ont-ils les connaissances scientifiques nécessaires pour comprendre le réchauffement climatique? Apparemment pas, d’après une récente étude de l’Appel pour une école démocratique (APED).

Entre avril et mai dernier, 3.259 élèves du troisième degré secondaire, issus de 67 écoles francophones et 75 néerlandophones ont répondu au questionnaire. Ayant déjà procédé à ce type d’enquête en 2008 et 2015, l’Aped voulait vérifier si les mobilisations lycéennes de l’année scolaire 2018-2019 reflétaient une augmentation généralisée du niveau de conscience et de connaissance des problèmes climatiques chez les jeunes ou si elles traduisaient seulement un surcroît d’engagement de la part de la fraction informée et conscientisée”. Le constat est sans appel: Lorsqu’on entre dans des raisonnements un peu complexes ou dans l’interprétation d’un graphique, la majorité des élèves sont largués, conclut l’enquête menée par Nico Hirtt.

Kanar Climat

L’exemple italien

À la question Par quel mécanisme principal le CO2 produit par l’activité humaine cause-t-il un réchauffement climatique?, seuls 13% donnent la bonne réponse (contre 19% en 2015), tandis que le nombre de “Je ne sais pas” est passé de 6% en 2015 à 17% aujourd’hui. Professeur de sciences et de religion, Nicolas observe aussi cette lacune chez ses élèves: J’ai récemment donné une interro à deux de mes classes et rares étaient ceux qui pouvaient m’expliquer l’effet de serre de façon assez claire. La plupart refaisaient le schéma de manière approximative. Il reste du travail”. Nicolas a intégré le cycle du carbone dans son cours et insiste souvent sur le changement climatique.Je ne suis pas certain que je sois obligé de le faire. J’imagine que certains profs s’y attardent moins que moi.”

J’ai récemment donné une interro à deux de mes classes et rares étaient ceux qui pouvaient m’expliquer l’effet de serre de façon assez claire. La plupart refaisaient le schéma de manière approximative. Il reste du travail.

À vrai dire, les programmes scolaires intègrent plusieurs savoirs comme la fission nucléaire, l’effet de serre et le fonctionnement d’une centrale électrique nucléaire. D’après l’Aped, ne figurent dans aucun des programmes les conséquences du dérèglement climatique, les réfugiés climatiques/migrations, les effets sur l’agriculture, la hausse du niveau des océans, les conséquences en termes de production de CO2, les déséquilibres Nord/Sud en termes de production de gaz à effet de serre, etc.. Un manque que beaucoup de francophones (adultes et jeunes confondus) aimeraient voir comblé: 85% se déclarent en faveur d’un cours d’”éducation écologique” à l’école, d’après l’enquête d’iVOX, à l’image de l’Italie, premier pays au monde à intégrer le changement climatique dans ses programmes scolaires.

Lorsque le questionnaire demande aux élèves d’identifier les causes du dérèglement climatique, certains jeunes offrent des réponses surprenantes. Six élèves sur dix pensent (à tort) que les centrales nucléaires sont de grandes émettrices de CO2. Un sur quatre va même jusqu’à imaginer que les ondes électromagnétiques (GSM, télé, wi-fi) produisent du CO2… Sur ces deux points, les résultats sont encore pires que ceux de l’enquête de 2015”, indique l’Aped qui en conclut que l’augmentation de la conscience écologique des jeunes n’est pasfondée sur des savoirs solides. Un constat qui se vérifie encore plus cruellement quand un élève sur dix pense encore que le charbon est une énergie renouvelable…

Si des différences existent entre les élèves francophones et néerlandophones, les plus grands écarts de réponse dépendent du type d’enseignement (général ou technique) et du niveau social des élèves. Un constat également dressé par Guillaume, professeur de géographie dans une école à pédagogie Freinet. Formé en climatologie, il assure que ses élèves connaissent très bien les mécanismes, causes et conséquences du réchauffement climatique. En plus de ce qu’on leur apprend à l’école, ces connais– sances viennent de leur milieu familial et social. J’ai donné cours à des “professionnel” et c’était un thème qui ne les intéressait pas. Ils ont d’autres probléma– tiques, d’autres défis du quotidien”, explique-t-il.

Le scepticisme des ignorants

Mais les jeunes ont-ils besoin de ces connaissances pour faire face à demain? Ce n’est pas forcément l’avis de Nicolas. Je pense qu’ils n’ont pas besoin d’être des experts. Oui, j’aimerais bien qu’ils réussissent mes interros, mais je trouve que ce n’est pas un bon reproche à faire à la jeunesse de lui dire qu’elle ne comprend rien. Leur vie va être impactée, c’est suffisant pour qu’ils interviennent.” Il est par contre persuadé que si les adultes se bougeaient un peu plus, les jeunes suivraient ou n’auraient même pas à le faire”. Et en lisant les questions posées par l’Aped, nous, adultes “responsables”, on se dit qu’on n’aurait certainement pas fait mieux. C’est finalement toute la population, ou presque, qui devrait retourner sur les bancs de l’école pour un cours de climatologie…

Enfin, tous les jeunes ne sont pas forcément conscientisés par cette problématique. Un élève sur dix affirme ne pas croire au réchauffement climatique. Un constat à mettre en lien avec les lacunes précitées puisque 85% des élèves affirmant ne pas y croire affichent un indice “connaître et comprendre” inférieur à la moyenne. Ce qui entraîne l’Aped à conclure que“le climato– scepticisme se nourrit d’abord de l’ignorance”.

Pour en savoir plus, lisez notre dossier « Ecologie: cause perdue? » . Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Sur le même sujet
Plus d'actualité