Venise peut-elle disparaître à jamais?

La ville des amoureux connaît les pires inondations de ces 53 dernières années. Le réchauffement climatique y est pour beaucoup. Même le maire craint pour l'avenir de la cité…

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Le gouvernement italien, par la voix de son Premier ministre Giuseppe Conte, a décrété jeudi l’état d’urgence. Venise connaît en effet la plus grande marée haute en 53 ans. Elle a atteint mardi 1,87 mètre (la ville de Venise est située à 1,30 mètre au-dessus du niveau de la mer). L’eau envahit chaque jour un peu plus d’églises, de commerces, de musées, d’hôtels, de logements… Ce vendredi matin à 11h20, un autre pic de 1,45 mètre a été enregistré par le Centre de surveillance de la mairie. Les dégâts causés par cette « acqua alta » sont actuellement estimés à plusieurs « centaines de millions d’euros ». Un décret en vigueur immédiatement permettra à l’État de verser 5.000 euros aux particuliers et 20.000 aux commerces touchés…

Les choses ne se calmeront vraisemblablement pas tout de suite, car la météo annonce encore de fortes averses et beaucoup de vent dans la région. Venise devrait cette fois-ci s’en sortir, mais la plupart des experts craignent que la catastrophe se répète dans les mois ou années à venir. Le maire Luigi Brugnaro en est conscient : « Nous avons besoin que tout le monde nous aide à faire face à ce qui relève clairement d’effets du changement climatique ». Et il s’est interrogé sur l’avenir de la ville la plus prisée des amoureux: « L’avenir de Venise est en jeu ».

L’existence même de Venise serait donc menacée. Bien sûr, l’Acqua alta de 1966 prouve que des inondations de grande ampleur peuvent avoir lieu sans réchauffement climatique. Mais les choses sont cette fois différentes. D’abord, le changement du climat augmenterait la fréquence des inondations et leur ampleur moyenne. Ensuite, la montée des eaux est une réalité mondiale. Une récente étude estime qu’en 2050, 340 millions de personnes pourraient être forcées de migrer vers l’intérieur des terres pour ne pas se faire inonder.

Venise a cependant la particularité de ses canaux. Elle est donc une victime facile. Une étude de l’Institut national de géophysique et de volcanologie italien sortie en 2017 évoquait déjà le risque de voir la cité disparaître au plus tard en 2100. La disparition de la ville italienne n’est donc pas qu’une menace en l’air.

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Un mur pour protéger la ville

L’Italie ne se laisse évidemment pas faire. Le projet « Mose » (pour Module expérimental électromécanique) a pour but de sauver la ville. Il consiste à installer 78 digues flottantes qui doivent se lever automatiquement pour fermer la lagune en cas de montée de la mer Adriatique et ainsi protéger la cité. Sauf que les travaux lancés en 2003 sont à l’arrêt et ne devraient pas reprendre avant les 2 ou 3 prochaines années à cause de surcoûts et de scandales de corruption qui ont retardé le chantier à 7 milliards d’euros. Difficile de dire s’il sera fini à temps… Un autre projet vise à soulever littéralement Venise en injectant de l’eau dans ses sous-sols. Ce chantier n’a là même pas encore commencé.

Le meilleur moyen de sauver la ville reste donc d’agir mondialement contre le réchauffement climatique comme l’a demandé le ministre de l’Environnement Sergio Costa jeudi. Pour être sûr d’avoir une chance de revoir encore Venise, ne tardez cependant pas trop, au cas où, en faisant le trajet en train, évidemment.

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